‹ Puvis de Chavannes, notices rédigéesChapitre 37 sur 51 · XXXIX. — LA SORBONNE · texte numérisé non relu

XXXIX. — LA SORBONNE

Le peintre est loin désormais de la période où il était contraint à se commander lui-même ses peintures. L'ceuvre de Lyon à peine terminée, on le pressentit pour l'exécution de l'immense frise qui décore la paroi du fond dans le grand amphithéâtre de la nouvelle Sorhonne construite par M. Nénot. Et cette fois c'est l'artiste qui faillit refuser la commande.

Le prix offert pour ce travail colossal, trentecinq mille francs, était peu engageant. De plus le thème ne séduisait qu'à demi le peintre, fort intransigeant en ces matières , et qui s'était déjà refusé en d'autres circonstances à accepter un programme qui ne lui laissât pas toute liberté. Puvis avait déjà écrit, dit-on, une lettre de refus dont l'heureuse intervention d'un ami retarda seule l'envoi. Il promit de réfléchir pendant trois jours, et la réflexion fut salutaire, puisqu'elle lui permit de voir le beau parti qu'il pouvait tirer de son sujet.

En voici tracées de sa main, les lignes essentielles : « Dans la clairière d'un bois sacré, assise sur un bloc de marbre, la Sorbonne : à ses côtés, deux génies porteurs de palmes ; à ses pieds une source

jaillissante. A droite, les Lettres : l'Éloquence debout ; la Poésie représentée par les Muses éparses , en diverses attitudes, sur le gazon ; l'Histoire et l'Archéologie fouillant les entrailles du passé ; la Philosophie discutant le mystère de la vie et de la mort. A gauche, les Sciences: la Géologie, la Physiologie, la Botanique, la Chimie symbolisées par leurs attributs; la Physique entr'ouvrant ses voiles devant un essaim de jeunes gens 'qui lui offrent comme prémisses de leurs travaux une flamme d'électricité ; à l'ombre d'un bosquet, la Géométrie méditant sur un problème ». Un des éléments principaux de la composition est l'admirable paysage, dont nous sommes malheureusement obligés de fragmenter ici la majestueuse ordonnance. Comme d'habitude, il avait été fait avec rien. « J'ai cueilli une branchette de chêne — écrivait Puvis en 1888 — il vient d'en pousser un massif dans mon tableau. » Et, un autre jour, montrant à M. Durand-Tahier un rameau de sapin accroché au mur de son atelier, le peintre lui disait: « Voici la forêt de la Sorbonne. » M. Paul Baudouin enfin, maniant naguère avec précaution, au fond du tiroir oii il conserve quelques souvenirs de son maître et ami, quelques menus coquillages, quelques débris de cristaux, un bout de corail, qui ont passé, grandis, sur la toile, caractérisait en une formule pittoresque ce rare pouvoir d'ennoblissement : « Ses scènes épiques et ses paysages virgiliens, Chavannes les a vus dans son trajet quotidien de la place Pigalle au boulevard Bineau ».

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