XL. — LA SORBONNE (LES SCIENCES
Pour connaître les intentions de l'auteur, il faudrait ajouter à l'inscription déjà citée le commentaire publié dans le livret du Salon de 1887 — où figura le carton — et aussi une longue conversation que M. Vachon a rapportée.
Tout s'accorde à montrer l'importance que Puvis attachait à la structure allégorique de ses œuvres. Ce n'est pas le lieu de se demander, après Bûrger et Castagnary, si là est leur mérite et leur force. Mais ceux même pour qui toute allégorie, si débarrassée soit-elle de son relent scolaire, retarde et refroidit toujours un peu le plaisir des yeux et du cœur, constateront l'esprit de réflexion qui règle ces constructions intellectuelles.
Le groupe des Sciences , de notre planche suivante, est expliqué en ces termes à M. Vachon : «... Pouvais-je mieux faire que de figurer ensemble la Géologie et la Mer, sous les espèces de deux femmes, le corps simplement voilé d'une gaze transparente qui permet d'admirer leur beauté. L'une, au front couronné d'un diadème de corail, porte dans sa main une conque; l'autre, parée de pierres précieuses, montre un morceau de cristal naturel. La Minéralogie, une femme vieille comme le monde, mais solide, bâtie à chaux et à sable, assise par terre, s'appuie sur un fragment de roche, qui renferme un coquillage fossile. La
Botanique a sur ses genoux une gerbe de fleurs. Un enfant, le scalpel à la main, va saisir un lézard pour l'étudier, pendant qu'un autre examine avec curiosité un flacon de culture microbienne. La Physique est une sorte d'Isis mystérieuse, qui ne se dévoile qu'aux initiés, ardents, enthousiastes, convaincus : je l'ai placée sur un haut piédestal, comme une déesse; des jeunes gens, d'un commun élan, jurent de se consacrer à elle. Les Sciences mathématiques seront trois hommes absorbés dans l'étude d'un problème de géométrie ».
Mais si de ces préoccupations intellectuelles on était tenté de déduire un Puvis posant en «pontife » devant ses contemporains, il faudrait relire, dans une lettre intime, la relation pleine d'enjouement de l'inauguration solennelle de la Sorbonne (1889), à l'issue de laquelle lui fut remise la croix de Commandeur.
...(( La cérémonie faite, comme dit la chanson, j'étais assez embarrassé, car un mot du ministre, reçu dans la matinée, me prévenait que le Président de la République désirait me remettre les insignes. Or, la Marseillaise finissait, la foule s'écoulait, mon Président disparaissait : il fallait bien faire comme tout le monde, et je gagnais la porte, quand M. Gréard, un peu à ma recherche, met la main sur moi, — parfait hasard I — et nous voilà dans le salon réservé. M. Fallières prend l'écrin, le remet à M. Carnot qui me le donne, avec des paroles trop bienveillantes pour être répétées ici. M. Lozé me met la corde au cou, et voilà un commandeur de plus. Mais pas une glace pour me voir : c'était du guignon J »