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IV. — LE RETOUR DE CHASSE

En 1854, le frère de l'artiste ayant fait construire en Saône-et-Loire une maison des champs, Puvis s'offrit à revêtir de peintures les murs de la grande salle à manger. Il y représenta les Quatre Saisons, H légèrement modernisées », et exécuta, en guise de composition centrale, le Retour de l'Enfant Prodigue. « avec le veau de rigueur ».

« C'était du toupet de ma part — écrit-il vingt ans plus tard à un ami — et la famille à dû avoir une fière peur. Songez donc, une belle salle à manger toute neuve l

(( Evidemment — ajoute-t-il — s/ c'était à refaire ce serait mieux, je crois; inais cependant, pour mes débuts dans l'art décoratif, c'est supportable. Dans tous les cas, j'ai trouvé là mon Chemin de Damas. »

C'est en effet cet événement, conté avec tant de simplicité et de bonne humeur, qui allait « désenguignonner » Puvis. Une des quatre saisons, reprise et agrandie, fut envoyée par l'artiste au Salon de 1859, sous le titre : Un Retour de Chasse, fragment de peinture murale, et, cette fois, le jury se montra enfin moins récalcitrant.

Ce n'est pas seulement ce retour en grâce qui fait de notre peinture un des jalons importants dans la carrière de l'artiste. Par sa noble élégance et son allégresse juvénile, l'œuvre est déjà digne du maître, sa main se devine déjà à ces silhouettes stylisées, à ces modelés simplifiés, jusqu'à ces arbres grêles et dénudés du second plan dont il aima toujours la grâce un peu chétive. Enfin et surtout, c'est dans le Retour de Chasse que Pu vis semble avoir pris pleinement conscience de sa mission de décorateur.

(( M. Puvis de Chavannes — allait écrire Gautier deux ans plus tard — n'est pas un peintre de tableaux. Il lui faut non pas le chevalet, mais l'échafaudage et de larges murailles à couvrir... Le sens ornemental et décoratif perce jusque dans les moindres accessoires... Ce jeune artiste, dans un temps de prose et de réalisme, est naturellement épique et monumental. »

Malheureusement les occasions étaient rares pour un inconnu de s'essayer sur de u larges murailles. » Il eut bien, vers cette époque, la chance de pouvoir exécuter quatre figures symboliques : LA F.ANTAISIE, LA VIGILANCE, LE RÊVE, LA Poésie, pour l'hôtel de M^^ Claude Vignon, mais, faute de commande officielle, il dût se commander lui-même les deux grandes compositions qui allaient attirer définitivement sur lui l'attention du public.

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