XLII. — LA NORMANDIE
La décoration de l'escalier du Musée de Rouen comprend, outre la grande toile Inter Artes et Naturam, dont nous avons reproduit la partie principale, deux panneaux en hauteur, LA Poterie et LA CÉRAMIQUE (1891) que commandait la gloire des vieux ateliers rouennais autant que l'importance des collections de faïences du Musée.
Dans ces trois compositions ce fut une surprise de voir Puvis hardiment introduire le costume moderne. On se fût volontiers appuyé jusque là sur son exemple pour le proscrire de la peinture décorative. Et cependant rien chez Puvis ne Justifiait cette intransigeance.
Comme beaucoup d'artistes, Delacroix entre autres, il n'avait il est vrai pour son temps qu'une sympathie restreinte et il n'était pas porté à glorifier le présent dans ses œuvres. Mais cette indifférence un peu dédaigneuse tient à des causes plus profondes qu'à un respect superstitieux du passé. Fixer, telle quelle, une scène vue ne l'a jamais tenté. Il n'emprunte à la réalité que les éléments strictement indispensables pour donner du corps à son rêve. Guère plus que de «paysages u proprements dits, on ne trouve de portraits peints de sa main. (A peine en cite-t-on deux ou trois en dehors de ceux que nous avons reproduits.)
Une fois, vers 1880, il fut séduit par l'idée de représenter ses amis et ses élèves réunis dans l'atelier de Neuilly. Mais le projet n'aboutit qu'à quelques études partielles au fusain, fort belles d'ailleurs; la composition elle-même est restée à l'état d'ébauche, lisible seulement pour les initiés.
Ce n'est pas pour avoir trop feuilleté, comme on le lui a reproché, les gravures du Cabinet des Estampes, que Puvis a usé le plus souvent du nu et de la draperie. C'est, selon son système immuable, pour éviter tout ce qui particularise, tout ce qui retient l'attention au détriment du sentiment principal, tout ce qui obscurcit la lisibilité du geste humain. En y regardant de plus près, on verrait peu à peu apparaître dans son œuvre au milieu des étoffes drapées à l'antique des vêtements aux plis plus humbles, plus mouvants. Qu'y a-t-il de moins antique que le vague « peignoir » de l'Espérance ou les haillons de l'Enfant Prodigue et du Pauvre Pêcheur ? Dès lors qu'il avait trouvé le moyen d'habiller à sa mode Sainte Geneviève ou Fra Angelico, rien ne s'opposait à ce que le costume moderne ne fût aussi simplifié et généralisé par lui pour prendre place dans son oeuvre.
C'est ce qui était arrivé d'ailleurs de bonne heure, peu après 1870, dans le Ballon et le Pigeon Voyageur. C'est ce qu'il a fait plus souvent encore, à la date de l'œuvre de Rouen, dans quelques petites toiles assez peu connues, comme la Normandie reproduite ci-contre.
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XLii. ~ La Normandie
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