‹ Puvis de Chavannes, notices rédigéesChapitre 41 sur 51 · XLIIL — LA CARDEUSE DE CHÈVRES · texte numérisé non relu

XLIIL — LA CARDEUSE DE CHÈVRES

A la même série appartient aussi ce groupe si gracieux et si tendre, oij l'on reconnaît, légèrement modifiés, deux personnages de la composition de Rouen. La jeune mère qui abaissait vers son enfant une branche de pommier chargée de fruits, est devenue ici une Gardeuse de Chèvres, à la silhouette élégante et pure malgré le vêtement plus que misérable ; elle tourne le dos cette fois et approche la main du petit vers le fruit désiré.

C'était un repos pour Puvis, entre deux œuvres de longue haleine, que l'exécution de ces petites toiles où son style nous apparaît comme détendu. Toujours des « grandes opéras » — disait-il parfois plaisamment — quand donc me laissera-t-on chanter une petite chanson l » Mais il était le dernier à se permettre ces repos laborieux et il fallait pour l'y décider toute l'amicale insistance de M. Durand-Ruel.

Il se contentait le plus souvent de chasser la fatigue, vers la fin des journées trop chargées, à l'aide de quelqu'une de ces boutades que se rappellent encore ses élèves : « J'en ai assez, s'écriait-il, des femmes qui portent des lyres. Qu'on me donne à peindre un vidangeur l »

Qu'eussent dit de ces exclamations irrespecteuses les esthètes qui accablaient maintenant le maître de leurs louanges einbrumées ? Eut-il été inscrit parmi les patrons spirituels des diverses h gestes

esthétiques » destinées à « échauffer le Craal du battement fidèle de nos cœurs », à réaliser r « Arcane du Visionnaire ; les attractions sont proportionnelles aux destinées » à parfaire la « Subtilité, Orthodoxie troisième » et à réaliser enfin les autres tâches non moins urgentes auxquelles nous conviait à cette époque M. Joséphin Péladan, écrivain érudit et connaisseur délicat mais aussi a par la miséricorde divine et l'assentiment de ses frères, grand maître de la Rose i Croix du Temple et de Craal, en communion catholique romaine avec Joseph d'Arimathie, Hugues des Païens et Dante » ?

Eut-il inspiré des vers, comme ceux dont on allait composer un volume entier, et dont les plus inquiétants ne sont peut-être pas ce sonnet de Mallarmé :

Toute aurore même gourde A crisper un poing obscur Contre des clairons d'azur Embouchés par cette sourde

A le pâtre avec la gourde Jointe au bâton frappant dur Le long de son pas futur Tant que la source ample sourde

Par avance ainsi tu vis O solitaire Puvis De Chavannes

Jamais seul

De conduire le temps boire A la nymphe sans linceul Que lui découvre ta gloire.

« fl ne se publie pas une insanité qu'on ne me l'envoie, comme à un patron naturel » — constatait avec résignation l'artiste en 1896.

;liii. La Gardeuse de Chèvres

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