‹ Puvis de Chavannes, notices rédigéesChapitre 42 sur 51 · XLIV. — LE MODELE (PASTEL · texte numérisé non relu

XLIV. — LE MODELE (PASTEL

« Je vous écris de Neuilly, en attendant un modèle qui n'arrive pas, ce qui me partage entre le désir d'en être débarrassé pour la journée et le regret de ne pas le mettre à profit.

(( Depuis que je fais de la peinture, et il y a longtemps, j'ai toujours ce premier moment très pénible en face de la nature, et ensuite je voudrais ne plus m'en séparer. »

Cette appréhension, ce malaise passager devant le modèle, que l'artiste confesse dans une lettre de 1895, doit être retenue parce qu'elle nous fait toucher peut-être un des points les plus délicats de la question Puvis. S'il redoute l'étude d'après nature, ce n 'est pas — est-il besoin de le répéter — qu'il ne soit aussi capable que quiconque de copier ce qu'il a devant les yeux. Mais il n'est pas soutenu par cette certitude — la grande force des réalistes — qu'il est suffisant de copier et que la nature est toujours belle telle qu'elle est. Comme son grand aîné Delacroix, chez qui le même sentiment s'exprime en vingt passages de son Journal, il craint d'être détourné de son but par la poursuite des mille accidents inutiles que fournit le réel, n Le

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modèle — écrivait Delacroix — tire tout à lui et il ne reste rien du peintre. »

Or, d'un bout à l'autre de cet œuvre qui remplit plus de quarante ans de travail ininterrompu, à travers les différences de sujet et de facture, sous l'échafaudage parfois compliqué des allégories, ce qui se matérialise toujours sous des formes sans cesse renouvelées c'est la vision d'un monde où tout serait noble, calme, radieux comme l'atmosphère la plus sereine, pur comme l'eau la plus limpide, réconfortant comme la plus douce lumière. Et qu'il aborde en tremblant le modèle dont le premier contact semble brutal à des yeux moins prévenus que les siens, cela se conçoit puisqu'il ne s'agit pas seulement de prendre ce que donne la réalité, mais de lui arracher de vive force tout ce qui peut fournir un aliment nouveau à cette éternelle obsession.

Ce qui place Puvis bien haut au-dessus des mystiques, symbolistes ou préraphaélites avec qui on l'a souvent confondu, c'est qu'il n'a pas reculé ou biaisé dans cette lutte avec la nature. La solution qu'il a trouvée est une solution de peintre. Ce n'est pas par un parti -pris arbitraire qu'il réduit à leur plus simple expression les silhouettes et le modelé, ou qu'il orchestre ses couleurs claires en larges taches vibrantes. Cela, l'air et la lumière qui baignent les corps et en estompent les détails accessoires en ont livré progressivement le secret à un œil qui savait voir.

xLiv. Le Modèle (pastil)

COLLECTION PARTICULIÈRE

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