OFFRANT SA LYRE A LA VILLE DE PARIS
Puvis avait horreur des plafonds et les surfaces fragmentaires qu'on lui offrait en outre n'étaient pas pour le séduire davantage. Aussi écrivait-il, au début de son travail : « de continue à me débattre avec mon escalier, que le diable emporte 1 Cela va cahin-caha, jusqu'au jour oii, enfin rompu à ce genre de travail, je pourrai parler sans trop ânonner. »
La nécessité de prendre le dessus sur un entourage aussi bruyant a sans doute hâté une évolution qui se laissait déjà prévoir et que favorisait d'ailleurs l'évolution parallèle de la peinture française. Si, par exemple, à ces tentures presque monochromes que sont l'AvE Picardia ou le LUDUS d'Amiens , l'on compare la grande fresque de la Sorbonne , oii les taches lumineuses chantent une des symphonies de couleurs les plus pénétrantes et les plus richement ordonnées qui puissent ravir un œil un peu sensible, on constatera que le gris joue un rôle de moins en moins nécessaire dans la gamme de l'artiste. Ce beau voile de brume s'est soudainement déchiré à l'Hôtel de Ville, où les violets, les ocres, les bleus surtout, ces bleus de vitrail que Puvis seniblait préparer et tenir en réserve depuis trente ans, ont surgi dans la pure lumière. Ce serait trahir l'œuvre et donner raison à ses critiques que d'en confier la traduction à la photographie et à l'encre d'imprimerie. L'allégorie n'en est pas des plus engageantes, mais il faut voir ces toiles en place si l'on veut avoir une idée un peu complète du coloriste et du décorateur.