‹ Puvis de Chavannes, notices rédigéesChapitre 6 sur 51 · VI. — BELLUM · texte numérisé non relu

VI. — BELLUM

Exposée dans une sorte de salon d'honneur au premier étage du Musée de Picardie, sur un panneau symétrique à celui de la Paix, cette compositon avait figuré d'abord en sa compagnie au Salon de 1861. L'artiste en fit don à la ville d'Amiens pour que les deux œuvres jumelles ne fussent pas séparées quand l'architecte Diet eut fait attribuer la première toile au monument récemment terminé.

Si l'œuvre n'avait pas bénéficié d'un achat de l'État, c'est qu'on l'avait en général jugée inférieure à CONCORDIA. Et peut-être n'avait-on pas tort. Comme le remarquait justement Maxime du Camp, le sujet convenait moins au style de Puvis : « le calme est difficile à concilier avec la violence ». L'artiste avait tourné l'obstacle en choisissant le moment qui succède aux mêlées et aux combats, alors que les villes et les récoltes incendiées remplissent l'horizon d'une lourde et tragique

fumée et qu'au milieu des blessés et des captives les vainqueurs font entendre leurs sonneries triomphales.

Le peintre avait donné à ces derniers une tournure superbe, et on ne manqua pas de le constater : (( Heureusement — écrivait Paul de Saint- Victor — un groupe admirable surgit dans le vide de cette toile déserte et lui communique sa grandeur... Ce sont trois cavaliers accoutrés de peaux de bétes, qui, d'un même jet, dressent vers le ciel trois longues trompettes perpendiculaires et sonnent leur victoire. Rien de grandiose comme ce triple geste ».

Mais tout n'était pas encore ((au point» dans la technique de Puvis. Les personnages se juxtaposent sans se lier nécessairement : trois par trois, ils font un peu bande à part, selon le mot d'Olivier Merson, et chacun des groupes vit dans une atmosphère un peu différente. Il y a encore plusieurs palettes, plusieurs systèmes de modelé et de dessin dans cette mosaïque décorative. L'on comprend l'inquiétude de l'honnête Thoré, se demandant si, malgré toutes les promesses de son talent, Puvis de Chavannes parviendrait à être lui-même, à se dégager des réminiscences qu'engendre nécessairement cette sorte de symbolisme conventionnel et s'il aurait le génie tout neuf, la puissante originalité nécessaire pour « renouveler le personnel et le matériel du vieux théâtre allégorique ».

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