‹ Puvis de Chavannes, notices rédigéesChapitre 8 sur 51 · VI IL — LE REPOS · texte numérisé non relu

VI IL — LE REPOS

Les personnages du Travail ne travaillaient pas assez au gré du public. Pour la symétrie, sans doute, on trouva que ceux du Repos ne se reposaient guère davantage. A-t-on idée de rester debout pour se reposer l

Empruntons au consciencieux Paul Mantz quelques appréciations moins mesquines dans leur sévérité. « Le Repos — disait-il — réunit quelques bergers autour d'un vieux pâtre, qui, chargé d'années et de souvenirs, raconte à son jeune auditoire les légendes des temps anciens. Les sujets sont sitnples, mais ils sont beaux, et, sous le pinceau d'un autre peintre, ils pourraient suffire.

« M. Puvis de Chavannes a malheureusement adopté un système d'exécution abrégée et de coloration arbitraire qui enlève toute réalité à ses figures. Ses paysages ont seuls de la vigueur : celui qui sert de fond au groupe... satisfait l'imagination, sinon le regard, par la grandeur de ses lignes noblement équilibrées. Mais le modelé intérieur des figures existe à peine... De cette insuffisance

première résulte l'absence absolue de mouvement et de vie... Les corps des femmes sont de pures abstractions ; ils ne sont exprimés que par des masses incolores, ou plutôt d'un blanc plâtreux, qui font des trous dans la toile et contrarient au dernier point la perspective et la vraisemblance. Le regard se perd en présence des plans accumulés qui ne sont pas à leur place rationnelle ; car, en ce qui touche la lumière et l'effet, tout est absolument systématique. Il ignore le soleil et l'ombre; il ne connaît ni le soir ni l'aurore: ses scènes se passent dans le jour voilé des limbes, et, sous ce rayon diffus, tout s'efface et s'éteint. Puisque M. Puvis manque à ce point de tout ce qui constitue la couleur, la réalité et la vie, il devrait, comme Cornélius ou Kaulbach, se bornera tracer avec du noir et du blanc de grands camaïeux ou des cartons monochromes... Mais M. Puvis de Chavannes a pour lui le sentiment des lignes heureuses, et nous aimons, alors même qu'elles s'égarent, les ambitions comme les siennes. »

Il va sans dire que la sévérité générale fut partagée par la commission des achats. LE Repos et le Travail restèrent dans l'atelier de l'artiste jusqu'au jour où l'architecte Diet vint lui exprimer le désir d'avoir encore deux compositions de sa main pour décorer l'escalier du Musée de Picardie. La municipalité manquait d'ailleurs d'argent pour les acquérir. Avec son désintéressement habituel, Puvis fit encore l'abandon de ces deux oeuvres.

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