C LA PAIX )) ET (C LA GUERRE
rose aux ormeaux et aux yeuses, pour prendre leur part du champêtre festin. Tout est sérénité, expansion de joie et de vie.
Dans « la Guerre » , le groupe principal montre moins l’action, tumultueuse et horrible, que le but qui en explique, s’il n’en légitime, les atrocités et le sang. Les guerriers à cheval sonnent, avec leurs trompettes gigantesques, à tous les coins de l’horizon, les fanfares de la victoire, devant les dépouilles opimes amoncelées : des femmes et des bestiaux. L’aïeule crie ses imprécations devant le cadavre de celui qui est mort pour la défendre ; le paysan, attaché à un pieu, injurie les vainqueurs; des vaches beuglent d’épouvante.
A l’arrière-plan, dans la pénombre d’un ciel de crépuscule embrumé par les fumées de l’incendie qui brûle les fermes, on devine des scènes de pillage et de tueries.
Puvis de Chavannes a obéi là instinctivement à cette idée de profonde philosophie, à ce sentiment de délicatesse, qui, dans l’Antiquité grecque, faisaient toujours aux artistes choisir le moment psychologique, soit avant, soit après l’héroïque événement, où la figure humaine devait revêtir toute sa beauté, sous l’exaltation d’une idée ou dans la réalisation
PUYIS DE CHA. VANNES
d’un acte, de nature, l’un et l’autre, à mettre en jeu toutes les facultés d’audace, d’énergie, et de vigueur.
L’allégorisation la plus expressive du « Travail » sera, dans la pensée de l’artiste, la maternité pour la femme; pour l’homme, le labourage, la charpenterie, et le métier de forgeron. Ce dernier n’est-il pas de tous celui où le travail manuel atteint une telle expression de grandeur et de puissance, qu’il semble que sa pratique soit la plus belle forme de l’intelligence et de la virilité? « Si je n’étais pas un « peintre, disait un jour Puvis de Chavannes cc à Henry Havard, j’aurais voulu être un force geron. »
Près d’une forêt, sur un tertre qui domine le rivage de la mer, bien en évidence, car le métier est fier, on a établi une forge ; une ancre vient d’être achevée; cinq compagnons, superbes de mâle beauté, rangés autour d’une enclume, marteaux et tenailles en mains, vont forger une pièce nouvelle; deux autres attisent le foyer où rougit et s’amollit le fer. Non loin, sur le premier plan, deux charpentiers équarrissent des troncs d’arbres; l’un d’eux montre le chemin de la mer à une femme de cordier qui porte un câble à l’équipage d’un