‹ Puvis de Chavannes, un maǐtre de ce tempsChapitre 15 sur 28 · LUDTJS PRO PAT R IA · texte numérisé non relu

LUDTJS PRO PAT R IA

« rester sans travaux, je me tournerai peut- « être de ce côté; en attendant, j’accomplis « le travail testamentaire de mes réductions, cc Fade besogne si elle n’était relevée par la « volonté de la mener à bout dignement. »

Mais, la foi est plus forte que la raison. L’artiste, spontanément, à ses frais, entreprend le carton du « Ludus pro Patria ». A ce propos, il écrit humoristiquement à un ami : « Depuis votre départ, aucune brise ne s’est « levée du côté d’Amiens, et j’en suis réduit « à souffler moi-même dans mes voiles. A « défaut d’autres, je peux prétendre à un prix « de poumons. » L’œuvre, exposée au Salon de 1881, produisit une grande émotion; l’Etat en fit l’acquisition; et commanda, pour le Musée de Picardie, la peinture, qui, au Salon de l’année suivante, valut à l’artiste la Médaille d’honneur de la Société des artistes français.

Dans la composition précédente, le peintre a représenté le peuple picard sous son expression d’activité physique, ayant pour but de mettre en œuvre les richesses du sol et des eaux : cc Ave Picardia nutrix ». Une autre inspiration va apporter à la composition nouvelle un caractère plus élevé encore, en faire le cou-

PUYIS DE CHAVANNES.

ronnement d’une série d’iclées, qui, en se développant dans leur ordre naturel, ont pris constamment une portée morale supérieure, en même temps que leur réalisation picturale devenait plus parfaite. Cette inspiration est celle du patriotisme : « Ludus pro Patria ».

Sur les bords d’une rivière, qui coule avec lenteur entre les bouquets de frênes et de peupliers, et les chaumières, dans un vaste paysage de champs de blé, de prairies, et de bois, le village en fête est assemblé. Les hommes s’exercent au jeu de la lance. Le juge est un vieillard assis sur un tertre, près du tronc d’ormeau qui sert de but. Deux jeunes mères de famille et un chasseur de canards lui servent d’assesseurs bénévoles. Pendant ce temps, les femmes préparent le festin rustique qui suivra le jeu ; ou se reposent, étendues sur l’herbe, assises au pied des arbres. C’est tout; et cela suffit pour constituer une composition qui emplit les yeux et l’esprit d’une superbe vision d’humanité.

Je visitais le Musée de Picardie un lundi de la Pentecôte ; le palais était bondé d’ouvriers et de paysans. Dans l’escalier et sur le palier du premier étage, tous les arrivants se retournaient; et, appuyés contre la rampe, sur la

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