‹ Puvis de Chavannes, un maǐtre de ce tempsChapitre 16 sur 28 · LUDUS PRO PATRIA · texte numérisé non relu

LUDUS PRO PATRIA

balustrade, regardaient le « Ludus pro Patria ». Pendant une heure, sur ces visages d’hommes, ignorants de toute esthétique et de toute philosophie, insouciants de l’œuvre d’art, j’épie la sensation éprouvée; ils ne paraissent ni étonnés ni surpris, et moins encore troublés; ils regardent longuement, sans mot dire, sans demander d’explications ; puis, ils s’en vont. Evidemment, à ces cerveaux rudimentaires, habitués aux éternels spectacles de la nature, et qui, pendant les travaux des champs, voient constamment des physionomies, des attitudes, et des gestes semblables à ceux des personnages de la composition, cette peinture n’apportait aucune sensation imprévue, et paraissait trop naturelle, trop simple. Mais, pour tout esprit ouvert, par effet de tradition, de milieu, ou d’éducation, à l’intelligence des idées générales, accessible à l’éloquence de la simplicité dans la grandeur, intéressé aux manifestations de Lame humaine, — qui, à travers les temps et les mœurs, sous une apparence extérieure de diversité , sont toujours d’une même inspiration de sentiments, — le « Ludus pro Patria » est d’une infinie séduction, et constitue une œuvre magnifique, imposante, par la pensée et par la forme d’art.

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