A L HOTEL DE VILLE DE POITIERS
enlisaient, il le saluait, lui, comme un grand peintre qu’il fallait laisser faire; toujours, il l’encouragea, le défendit; et il tenait à
« coup, il est sorti de l’ombre ; la lumière brille sur lui « et ne le quittera plus. Son succès a été grand, et cela « fait honneur au public, car M. Puvis de Chavannes ne « cherche pas, comme on dit, la petite bête. Son esprit « se meut dans la plus haute sphère de l’art et son am- « bition dépasse encore son talent. L’aspect même de « ses deux grandes compositions, « Bellum, Concor- « dia », intrigue le regard. Sont-ce des cartons, des ta- « pisseries ou plutôt des fresques enlevées d’un Fontai- « nebleau inconnu, par un procédé mystérieux, que ces « immenses toiles entourées d’un cadre de fleurs et « d’attributs, comme les peintures de la Farnésine? Quel « procédé a-t-on employé pour les peindre ? La détrempe, « la cire, l’huile? On ne sait trop, tant la gamme est « étrange, en dehors des colorations habituelles; — ce « sont les tons neutres ou savamment assortis de la « peinture murale qui revêtent les édifices sans réalité « grossière et font naître l’idée des objets plutôt qu’ils « ne les représentent. — M. Puvis de Chavannes, insiste tons sur ce point, à un moment où tant de palais et « de monuments s’achèvent, attendant leur tunique de « fresques, n’est pas un peintre de tableaux; il lui faut, « non pas le chevalet, mais l’échafaudage et de larges « espaces de murailles à couvrir. C’est là son rêve, et « il a prouvé qu’il pouvait le réaliser. Ce jeune artiste, « dans un temps de prose et de réalisme, est naturelle- « ment héroïque, épique et monumental, par une récur- « rence de génie bizarre. Il semble qu’il n’ait rien vu « de la peinture contemporaine et sorte directement de « l’atelier du Primatice ou du Rosso. »
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honneur de l’admettre dans son intimité. Le maître de « la Paix » et de cc la Guerre » s’amusa, pour faire plaisir au poète, à peindre les décors d’une pantomime, « le Tricorne enchanté », représentée dans sa maison de Neuilly. « Que de fois, — a écrit, le « gendre de Théophile Gautier, Emile Berce gérât, — n’ai-je pas entendu les familiers cc de l’impeccable, les arrivés, les célèbres, cc les hauts cotés, se jeter à l’oreille ce : cc Pauvre Chavannes! », où la sympathie pour cc l’homme se mêlait à la commisération pour cc le peintre dans un sourire. Seul, Théophile cc Gautier ne souriait point, car il savait, cc étant prophète. Il échangeait avec l’artiste cc un de ces regards profonds, très tendres à cc la fois et très assurés, où les vrais immor- (c tels s’entendent, se disent en silence ce cc qu’ils ont à se dire et parlent la langue cc des demi-dieux. Ceux-là sont assurés du cc temps qui peuvent se regarder ainsi; les cc autres ne le sont que de l’époque ». Jusqu’à leur mort, les deux amis se restèrent fièrement fidèles. Quelques jours avant de mourir, le poète recevait la visite du peintre. 11 était bien malade, et il savait que sa fin approchait. Après une heure d’entretien, il voulut accom-
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pagner son visiteur sur le palier de l’escalier qui conduisait à sa chambre. Au moment où celui-ci mettait le pied sur la première marche, il lui dit : « Pierre, descends lentement ». « Pourquoi? répondit le peintre. — Et, le poète, de sa voix la plus douce, répliqua : « Je te verrai plus longtemps. » Chaque année, à la Toussaint, Puvis de Chavannes allait, au cimetière Montmartre, déposer un bouquet de fleurs sur la tombe de Théophile Gautier.
Qu’ils pensent avec des mots ou avec des formes, les artistes ont des intuitions historiques, qui échappent bien souvent aux érudits les mieux informés. Quand il peignit Charles Martel rentrant à Poitiers, après la défaite des Sarrazins, à Cénon, au confluent du Clain et de la Vienne, Puvis de Chavannes ne s’était donné pour but que de traduire une idée plastique, sévère, majestueuse et logique, vraL semblable sinon vraie, en dehors de toute préoccupation de philosophie ou de littérature. Et, voilà que son œuvre devient l’évocation superbe du passé, s’identifie étroitement avec l’histoire, dans ses recherches sociales les plus profondes. Les Sarrazins, après avoir pillé Bordeaux, s’étaient avancés vers la Loire,
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PU VIS DE CHAVANNE S
ayant à leur tête Abderham, auquel la victoire avait toujours été fidèle. Il fallait lui opposer une nombreuse et vaillante armée. Dans la cruelle alternative de perdre la France ou de renoncer à la couronne, en mécontentant les évêques, — remarquent psychologiquement les historiens, — Charles Martel n’hésita pas. Il dépouilla le clergé pour enrichir les guerriers, marcha droit aux Sarrazins qu’il rencontra près de Poitiers; et, après un combat qui dura un jour entier, les vainquit.
J’ai bien surpris et égayé l’artiste, lorsque je lui ai demandé, — sans conviction, il est vrai, — s’il avait voulu continuer la leçon de ces historiens, en groupant au-devant du héros tant d’évêques qui le bénissent. Il n’avait point encore songé à cela; et, comme je l’interrogeais sur la source des documents historiques qui lui avait permis de donner à ses figures un si grand caractère et une physionomie si pittoresque, qu’elles en paraissent une véritable résurrection, il me répondit, en riant, que ce qui l’avait le plus suggestionné, comme documentation, était un vieux jeu d’échecs, avec ses grossières et farouches figures de cavaliers et de fous!
AU PANTHÉON
Les premières peintures exécutées au Panthéon par Puvis de Chavannes, qui représentent « l’Enfance de sainte Geneviève », ont été le début de la réalisation du patriotique projet de décoration d’un grand monument national, que le Gouvernement adoptait, au lendemain des terribles événements de la Guerre et de la Commune, en vue d'affirmer fièrement l'immortalité du génie artistique de notre pays. Dès que cette immense composition, divisée en deux panneaux avec frise, à laquelle le maître avait consacré près de quatre années d'un travail incessant, fut exposée dans son milieu définitif, elle lui conquit la popularité. Le public et les artistes furent unanimes à reconnaître et à déclarer que l’œuvre décore magnifiquement l’édifice; qu'à l’encontre de presque toutes les peintures murales modernes elle donne à l’archi-
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tecture plus de clarté et plus de grandeur, par ses fraîches couleurs d’une exquise harmonie, et par son ordonnance d’une majesté imposante. Pour tout le monde, c’est un enchantement de l’esprit et des yeux.
Dans l’exposé des motifs de l’arrêté ministériel qui approuve le programme de la décoration du Panthéon, le directeur des Beauxarts , à qui revient l’honneur d’avoir mis sur pied cette entreprise, si souvent projetée depuis un siècle, et toujours abandonnée, Ph. de Chennevières , qualifie le programme de : cc Vaste poème à la gloire de cette sainte ce Geneviève qui restera la figure la plus « idéale des premiers temps de notre race, « où la légende de la patronne de Paris se « combinait avec l’ histoire merveilleuse des ori- « gines chrétiennes de la France ». La genèse de : la composition de Puvis de Chavannes est tout entière dans cette noble inspiration d’associer le patriotisme et la religion, qui n’ont été si souvent qu’un même sentiment national, source de ces actes sublimes de foi et d’héroïsme, qu’on définissait jadis glorieusement : cc Gesta Dei per Francos ».
L’œuvre constitue la plus belle exprès-
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sion de l’art religieux dans l’école française contemporaine. Mais, dois-je employer ce terme d’art religieux? N’en a-t-on pas fait l’exclusive désignation d’une spécialité professionnelle? Or, dans leur conception et dans leur exécution, les peintures de Puvis de Chavannes au Panthéon sont l’antithèse même de ce qu’il implique pour le public, — d’après tant d’exemples qu’il en a sous les yeux, — de conventions traditionnelles, de formules académiques, d’accessoires, d’attributs, et de symbolisme pieux.
« L’an GDXXIX, dit l’inscription hagio- « graphique, rédigée parle peintre lui-même, ce saint Germain d’Auxerre et saint Loup de « Troyes, se rendant en Angleterre pour comte battre T hérésie de Pélage, arrivent aux ente virons de Nanterre. Dans la foule accourue te à leur rencontre, saint Germain distingue tt une enfant marquée pour lui du sceau divin, et II l’interroge ; et prédit à ses parents les « hautes destinés auxquelles elle est appelée. « Cette enfant fut sainte Geneviève, patronne tt de Paris. » Devant les évêques, les femmes se sont agenouillées dévotement ; les paysans restés debout regardent avec une curiosité res-
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pectueuse; des bateliers ont amarré leur embarcation à la rive; des potiers, au bruit, quittent l’atelier ; seul, le conducteur du char épiscopal demeure indifférent, accoudé lassement sur la croupe de ses mules; — au long des étapes, il a assisté à tant d’incidents de ce genre ! — Les parents d’un malade le sortent précipitamment de sa maison pour le présenter aux saints, dans l’espérance d’un miracle. Il fait chaud; la route a été poudreuse; les voyageurs doivent avoir bien soif; on s’empresse de traire une vache pour leur offrir des tasses de lait. Pendant que saint Germain, après une caresse sur la joue de la petite fille, comme il est d’usage, fait la prédiction de son avenir glorieux, les parents écoutent, avec les physionomies les plus expressives. La mère, anxieuse et fière à la fois, ne peut retenir sur ses lèvres le traditionnel (c Doux Jésus ! )) ; le père s’efforce de la tranquilliser, quoique les paroles mystérieuses de l’évêque ne laissent pas de le préoccuper : voilà la scène dans toute sa positive, simple, et naïve vérité.
Dans une note qu’il adressait à Ph. de Chennevières, l’artiste a synthétisé sa composition : (c J’ai choisi, dit-il, l’heure où l’his-
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ce toire prend possession de l’héroïne, devinée « et consacrée par saint Germain l’Auxerrois; ce ce n’est pas un vieillard et une enfant, ce « sont deux grandes âmes en présence. Leur « regard ardemment échangé est, au moral, le « point culminant de la composition. »
Sur le panneau voisin, Puvis de Chavannes a représenté la vie pastorale de sainte Geneviève. L’enfant est en prière devant une croix faite par elle de deux branches entrecroisées. Un bûcheron et sa femme, « groupe naïvement ébahi », la contemplent. Au dernier plan, un laboureur a abandonné sa charrue ; et, se dissimulant derrière un arbre, afin de ne pas intimider la petite sainte, s’associe à sa prière fervente pour écarter du pays les maux de la famine et de l’invasion.
La note précitée contient L explication de cette scène si charmante, et d’une si douce poésie : « Considérant le premier panneau « comme une sorte de prologue, j’ai fait appa- (c raître la petite sainte à un groupe idencc tique composé d’un bûcheron et de sa femme « portant un enfant. Contraint par la comte position de montrer de dos le personnage « principal, j’ai cherché à suppléer par une
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cc attitude d’ensemble à l’expression de sa « physionomie ; je l’ai donc représentée comme « en arrêt devant ce spectacle d’une grâce <c mystique. J’ai cru devoir aussi, au profit de cc l’émotion, donner à l’enfant en prière une « forme et un vêtement tenant plus de l’ange cc que de l’être réel, de la vision que de la « réalité. »
Au-dessus des deux panneaux de cc l’Enfance de sainte Geneviève » court une frise, qui en est le complément décoratif, si le sujet ne s’y rattache directement que sur un point ; elle leur sert, pour ainsi dire, de préface. Cette frise est divisée également en deux parties. Dans la première, — correspondant à la composition de sainte Geneviève en prière, — la Foi, l’Espérance et la Charité veillent auprès du berceau dans lequel est couchée l’enfant prédestinée, qui, par son patriotisme, aura la gloire de devenir la patronne de Paris. La seconde partie contient la théorie des saints légendaires de la France, dans l’ordre suivant : saint Paterne de Vannes, saint Clément de Metz, saint Firmin d’Amiens, saint Lucien de Beauvais , saint Lucain de Beauce, saint Martial de Limoges, saint La-
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zare de Marseille, sainte Solange de Berry, sainte Marthe de Provence, sainte Colombe de Sens, sainte Madeleine de Provence, saint Crépin et saint Crépinien de Soissons, saint Saturnin de Toulouse, saint Julien de Brioude, saint Austremoine de Clermont, saint Trophime d’Arles, et saint Paul de Narbonne.
Suivant la tradition artistique, le peintre a fait des figures de la plupart de ces personnages des portraits de contemporains. Saint Paterne de Vannes est Elie Delaunay; saint Victor de Beauvais, Victor Durangel; saint Martial de Limoges, Pollet le graveur; saint Trophime d’Arles, qui donne son bâton pastoral à saint Paul de Narbonne partant pour remplir son apostolat, et lui frappe amicalement sur l’épaule, symbolise le directeur des Beaux-Arts, Ph. de Chennevières , remettant à Puvis de Chavannesla commande de ses peintures pour le Panthéon.
En 1896, l’administration des Beaux-Arts offrait au peintre de « l’Enfance de sainte Geneviève » la décoration de la muraille gauche du chevet du Panthéon, que devait exécuter Meissonier, face à « la Mort de sainte Geneviève », par J. -P. Laurens. D’après les
inscriptions, les deux sujets représentés sont les suivants : ce Ardente dans sa foi et sa cha- <c rité, Geneviève, que les plus grands périls « n’ont pu détourner de sa tâche, ravitaille ce Paris assiégé et menacé de la famine » ; — ce Geneviève, soutenue par sa pieuse sollicite tude, veille sur Paris endormi. »
Au lendemain de la commande, Puvis de Chavannes écrivait à un ami : « Je vais choyer ce le Panthéon, quand j’en aurai fini avec ce l’Hôtel-de-Ville. Je veux en faire mon teste tament », A ce moment, cette déclaration n’était qu’une coquetterie d’artiste. Le maître se portait fort bien ; il n’avait encore éprouvé aucune atteinte de la maladie , qui devait le surprendre, et le tenir alité pendant plusieurs semaines, avant la période de son mariage. Mais, hélas! elle devait devenir une douloureuse réalité. Ces deux peintures du Panthéon ont été, en effet, le dernier travail de Puvis de Chavannes, qui l’a terminé héroïquement, au milieu des souffrances physiques et morales, les plus cruelles, pendant la maladie et après la mort de sa femme, si tendrement aimée. Mais, ni les triomphes de l’Hôtel-de-Ville de Paris et de la Bibliothèque publique de Boston, ni la maladie, ni la douleur, lui
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parurent une excuse à apporter, clans l’exécution de cette nouvelle décoration du Panthéon, moins d’ardeur, d’énergie, de sévérité, et de conscience. Au contraire, il semble que le grand peintre ait tenu à devoir, dans ce « testament » , de montrer, par son exemple, qu’un artiste, tant que Dieu lui conserve la vie de son cerveau, et la vigueur de ses mains, doit avoir l’ambition de faire plus et mieux encore.
Pendant cette période, Paul Baudouin recevait de Puvis de Chavannes la lettre émouvante que voici :
« Paris 19 septembre 98,
cc J’ai bien souvent voulu vous écrire, et puis ce le courage m’a manqué. Je dirais presque « la force, car depuis quelque temps je me sens « si mal, au point que ne sais plus au juste cc où je vais. Toute nourriture est devenue « pour moi un tel objet d’horreur que je ne cc vis plus que de lait cpie je déteste. Vous « voyez d’ici quels bras et quelles jambes cc cela me fait. On ne passe pas impunément « par où j’ai passé.
cc Et ce Panthéon qu’il faut finir. Heureu- « sement, la composition est faite, la frise au
(( fusain sur la toile (1), et avec du sang-froid cc j’en viendrai à bout, mais ce sera bien tout. « Je ne vois âme qui vive, mes souvenirs me ce suffisent. Rien n’est changé et ne sera « changé à l’appartement, il n’y manquera ce que l’être cher que je vois partout.
« Dès que pour moi les choses marqueront « moins mal, je vous le dirai.
« En attendant, chers et bons amis, dans « le passé, dans le présent, et dans l’avenir, « de tout mon cœur à vous. » Quelques jours après, le 24 octobre , Paul Baudouin fermait les yeux à son maître.
Du carton à la peinture définitive, ce le Ravitaillement de Paris » a subi des modifications de groupements et de personnages, pour réaliser des effets nouveaux, sinon pour faire disparaître ceux qui ne répondaient point exactement à la pensée première, ou qui ne l’exprimaient pas avec la force et la netteté voulues.
(1) Le ministère des Beaux-Arts s’est préoccupé de faire peindre, d’après ce fusain, une composition définitive, en aussi complète harmonie que possible de sentiment, de caractère, de dessin, et de couleur, avec les panneaux terminés. Peut-être, eut-il mieux valu laisser la paroi sans peinture. Ce vide, imposé par la Mort, aurait paru, à la foule émue, d’une philosophie grandiose.
AU PANTHEON
Je trouve le témoignage de ces recherches, et de ces inquiétudes constantes, provoquées par des études personnelles, ou par des critiques et des observations d’amis, dans les confidences de ceux de ses élèves qui le fréquentèrent pendant ce dernier travail, et dans des fragments de correspondances échangées à propos du Panthéon, entre le peintre et le camarade d’enfance, dont il appréciait fort la sûreté de jugement, J. Buisson. En lui envoyant les cartons du « Ravitaillement », Puvis de Chavannes écrivait : « J’ai fait se « croiser le ravitaillement et le peuple allant « à la sainte. 11 m’a semblé augmenter ainsi (( le mouvement général. En effet, quand « deux voitures se rencontrent, elles ont « l’une et l’autre l’air d’aller plus vite. Et, « puis, je faisais ainsi la composition se pé- « nétrer et s’unifier ». A la réponse de J. Buisson qu’après examen le parallélisme allait trop loin, et qu’en supprimant les porteurs de jarre la scène gagnerait en espace, aération, et simplicité, il répliquait : «Ce sera dur»; et finalement les porteurs de jarre ont disparu. On ne retrouve plus, aussi, dans la peinture deux autres personnages, que le correspondant de l’artiste avait vivement critiqués :
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« Qu’est-ce que cet émeutier mélodramatique (( dans un Puvis ? Et ce garde municipal qui cc le menace? Il est, il est — tu ne me tueras ce pas, — un poncif dans un Puvis!! » Disparu également, dans le panneau central, un porteur de sac peu original ; il a été remplacé par un homme qui avance péniblement par secousses lentes une immense banne remplie de pains.
Si persuasif qu’il ait pu se montrer, J. Buisson n’aurait pas obtenu gain de cause s’il n’avait trouvé en madame Puvis de Chavannes un avocat éloquent de ces critiques, qui provoqua elle-même plusieurs modifications importantes à la composition.
Dans la dernière peinture du Panthéon, la collaboration de cette femme, dont les années et la maladie semblaient avoir encore affiné, élevé l’esprit et l’âme, fut plus complète, plus décisive, que dans toutes les autres œuvres, même que dans l’hémicycle de la Sorbonne, et dans la décoration de l’escalier d’honneur de l’Hôtel-de-Ville de Paris, où elle a inspiré tant de belles et grandes figures. Pendant l’exécution du carton du cc Ravitaillement de Paris, » elle ne quitta pour ainsi dire pas l’atelier de Neuilly, oubliant ses
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souffrances, mentant à tous, au maître, à ses amis, aux médecins, par sa bonne grâce enjouée, par son sourire charmant. Sur chaque personnage, elle donnait son avis motivé, elle drapait le modèle, elle indiquait le mouvement, F attitude, le geste, qui convenait le mieux. Elle posa elle-même Geneviève bénissant la foule, à bavant du bateau. Peu de temps après l’exposition du carton au Salon du Champ de Mars, elle s’alitait. Alors, Puvis de Chavannes fit apporter un chevalet dans la chambre de la chère malade; et, près de son chevet, sous ses yeux, il prépara et peignit l’esquisse de ce panneau.
LE NATURALISME