LAME LYONNAISE
reusement leur grâce féminine et leur virile beauté, leur imposante violence et leur riante douceur, c’est le Rhône, majestueux, calme, superbe, qui féconde les vallées, les plaines; et, après avoir rempli sa mission naturelle, s’endort voluptueusement sous le radieux soleil de Provence, avant de disparaître dans la mer bleue. Les hautes montagnes verdoyantes, qui enceignent la cité, la préservent du mistral et de la bise, lui font, avec les eaux, une atmosphère humide et douce, et l’enveloppent parfois d’une brume légère, qui la mélancolise poétiquement, dans le contraste subit de la clarté abondante dont F illumine ensuite un soleil presque méridional.
C’est là l’âme lyonnaise, à la fois timide et hardie, mystique et positive, énergique et douce , claire et voilée , qui , à la ténacité méthodique et méditative du Nord, allie l’inspiration spontanée et décisive du Midi ; et, de la politique, de la philosophie, de la religion, n’a jamais aimé et pratiqué que ce qui est la bonté, la charité, l’indépendance, et la liberté; comme dans son art, dans son industrie, et dans son commerce, d’instinct, par atavisme, et par traditions, elle est toujours allée aux œuvres et aux produits caractérisés
PUVIS DE CHAVANNE S.
par la grâce, l’élégance, le bon goût, et l’originalité. C’est cette âme que donna à Puvis de Chavannes l’éducation première de la femme d’esprit et de cœur qui fut sa mère.
L’influence féminine, si bienfaisante à son enfance, fut continuée, dans sa maturité, avec une puissance d’action non moins féconde, par une autre femme, qu’il aima passionnément, comme Michel- Ange avait aimé Vittoria Colonna, et à qui le maître d’Amiens, du Panthéon, et de la Sorbonne, faisait, avec une vénération et une reconnaissance profondes, hommage de sa vie et de son œuvre, parce que, disait-il, ému et attendri, c’est à elle que je dois tout : ce que je suis et ce que j’ai produit. Cette femme était la princesse Marie Cantacuzène. Puvis de Chavannes la connut dans l’atelier de Théodore Chassériau, peu de temps avant la mort de cet artiste, en 1856. Charmée par les grâces de l’esprit, par la noblesse des sentiments, et par la foi artistique du jeune peintre, elle s’attacha à lui, avec toute la tendresse et tout le dévouement que pouvait inspirer une amitié basée sur une estime et une confiance mutuelles. D’une haute intelligence, et d’une instruction supérieure,