‹ Puvis de Chavannes, un maǐtre de ce tempsChapitre 7 sur 28 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

ayant des choses d'art une intuition profonde, qui s’était développée en science véritable par l’étude des œuvres des maîtres, au cours des voyages, elle fut bientôt la confidente de ses idées, de ses projets, et de ses travaux. D’elle seule il acceptait, sans les discuter — ainsi qu'il le faisait toujours avec ses amis, — des conseils, des critiques, des indications, et des remarques, tant il avait une confiance absolue dans la sûreté de son jugement, dans la finesse de ses vues, et dans la sincérité de son opinion. Pendant la période de préparation d’une peinture , elle venait s’asseoir dans un coin de l'atelier, lisait, ou travaillait à quelque ouvrage féminin; et, quand l'artiste avait esquisé un personnage, disposé un groupe, il la priait de lui dire ce qu'elle en pensait; et la réponse était la décision qui mettait fin à toutes les hésitations, à toutes les perplexités, à toutes les inquiétudes. Passionnée d’art jusqu’au dédain de tous les préjugés d’éducation, dévouée à supporter les fatigues les plus pénibles, la grande dame, admirée dans le monde, pour sa grâce et pour son intelligence, n'hésitait pas à poser les figures de personnages ou d’allégories pour lesquelles les modèles de profession étaient impuissants à donner les

attitudes, les gestes, et les arrangements de draperies, avec l’aisance, la noblesse, la majesté ou le charme, rêvés par le maître.

Dans l’œuvre du Panthéon qui devait être son testament artistique , Puvis de Chavannes a voulu immortaliser le souvenir de cette femme, en la représentant en sainte Geneviève qui veille sur Paris endormi. Pour lui, l’austère et noble figure, drapée monacalement dans une modeste robe noire et dans un long voile blanc, qui ne laisse voir que le visage d’une douce et grave beauté, était la personnification de celle qui, dans les angoisses des longues luttes, dans les joies des triomphes tardifs, avait été toujours l’amie fidèle, dévouée, lui apportant la paix, l’encouragement, et l’espérance, de sa parole, de son sourire, et de son regard; et qui, dans le silence d’un foyer fermé au monde, avait fait deux parts de sa vie : l’amour de l’étude et des belles choses, symbolisé poétiquement par un vase de fleurs et par une lampe allumée; et la protection du génie que, la première, elle avait découvert, admiré, et à qui elle avait tout donné : son cœur et son âme. Tendrement reconnaissant, il voulut lui procurer la joie et l’orgueil d’assister officielle-

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