CLASSIFICATION
La découverte des Pycnogonides décapodes permet de caractériser, avec une précision assez grande, la forme ancestrale plus primitive d’où sont issues les diverses branches du groupe. M. L.-J. Cole (1905, 412) observe justement que #ette forme devait sans doute se rapprocher beaucoup de l’Archipycnogos ‘on imaginé par M. Hoek (1) et, comme ce genre ancestral hypothétique, présenter de puissantes chélicères pluriarticulées et parfaitement chéliformes, des palpes de 10 articles et des ovigères également de 10 articles avec plusieurs rangs d’épines foliacées sur leurs quatre derniers articles. M. Hoek attribuait à son Archipycnogonum des griffes auxiliaires ; mais, si ces formations existent dans les Pentanym-
(4) P.-P.-C. Horx, Nouvelles études sur les Pycnogonides (1884, Arch. zool. exp., vol. IX, p. 495).
phon, elles manquent totalement chez les Decolopoda, et on peut à bon droit les considérer comme le résultat d’une adaptation secondaire qui ne s’était pas produite encore dans le type ancestral. Ajoutons que ce type devait ressembler aux Pycnogonides décapodes actuels par ses tarses allongés et ses propodes à peu près droits, par la griffe terminale de ses ovigères et par ses dimensions grandes ou médiocres; il avait pour le moins cinq somites librement articulés et munis chacun d’une paire de longues pattes ambulatoires. Ce type ancestral hypothétique diffère des Pentanymphon par ses épines ovigères simples, par ses chélicères quadriarticulées et par ses palpes de dix articles, du genre Decolopoda par ses somites pédifères nettement articulés; on ne saurait donc, à l'exemple de M. Cole, l’identifier avec ce dernier genre; mais il en est fort voisin, et peut-être trouvera-t-on quelque jour, dans les mers australes, sa descendance directe à peine modifiée.
M. Cole a été bien inspiré en groupant les Pycnogonides en deux séries évolutives à partir de la forme ancestrale ; mais on a vu que cette forme ne saurait être identifiée avec les Mecolopoda et, d'autre part, je ne crois pas qu’on puisse réunir, dans une même lignée, les Eurycydides et les Ammothéides avec les Colossendeis. Cette dernière lignée correspond aux Cryptochelata de Sars et constitue pour M. Cole l’ordre des Colossendeomorpha; Vautre est représentée par l’ordre des Pycnogonomorpha, qui embrasse le reste des Pycnogonides (Æuchelata et Achelata de Sars), sauf, bien entendu, les Decolopoda. Mais M. Cole ne caractérise nullement ces deux ordres, et il me semble ne pas tenir compte des affinités naturelles en considérant les Eurycydides comme des formes intermédiaires entre les Decolopoda et les Ammothéides d’une part, les Colossendeis de l’autre. Par leur facies bien caractéristique, par la structure deleur corps, par la position relative de leurs palpes et de leurs ovigères, par la brièveté et l’égalité de leurs articles coxaux, par la présence de pores sexuels sur tous les appendices (1) et par la denticulation faible ou nulle des épines-de leurs ovigères, les Decolopoda se rapprochent
(1) M. Cole note que les pores sexuels des Colossendeis sont localisés sur les pattes des deux dernières paires; mais ce n’est pas exact, et M. Hodgson (1905, 255), d'après les observations de M. Hoek, remarque très justement que, dans les Colossendeis adultes, les pores sexuels sont développés sur toutes les pattes comme chez les Decolopoda, et à la même place que dans
étroitement des Colossendeis et constituent avec eux un groupe homogène. Tandis que les Eurycydides et les Ammothéides ont un facies tout autre, les segments du tronc généralement mobiles, des palpes différemment disposés relativement aux ovigères, des articles coxaux ordinairement assez longs et inégaux, des pores sexuels localisés sur les pattes des deux paires postérieures chez les mâles, et des épines fortement denticulées sur les quatre derniers articles de leurs ovigères ; et tous ces caractères leur sont communs avec la plupart des Nymphonides, c’est-àdire avec les formes les plus typiques et les plus primitives de ce que M. Cole appelle la lignée des Pycnogonomorphes.
Il y a donc bien deux lignées évolutives distinctes dans le groupe des Pycnogonides, mais elles ne sont point telles que M. Cole les a conçues. Elles partent l’une et l’autre de la forme ancestrale définie plus haut et comprennent : d’un côtéles Decolopoda et les Colossendeis ; de l’autre, les Pentanymphon avec tout lereste du groupe, qui peut être divisé, suivant la méthode de Sars, en £uchelata, Cryptochelata et Achelata. Les Pycenogonides constituant une sous-classe dans la classe des Arachnides, il convient de considérer les deux lignées comme deux ordres; et, afin de ne pas compliquer par de nouveaux termes la momenclature zoologique, il me paraît sage de conserver à ces ordres les dénominations de M. Cole, en leur accordant toutefois la valeur différente nettement établie par le tableau suivant.
CLASSE. — ARACHNIDA.
SUBDIVISION. — ANOMOMERISTICA E. Ray Lankester. SOUS-CLASSE. — PFYCNOGONIDEA. Latr. (Pantopoda Gerst.).
PREMIER ORDRE. — COLOSSENDEOMORPHA. L.-J. Cole (pro parte).
Partie coxale des pattes beaucoup plus courte que le fémur et formée de trois articles très courts et subéqaux. Palpes et ovigères d'un méme côté ayant leurs bases presque contiquës et situées du côté ventral ; segments du
ces derniers. J'ajoute que M. Hodgson (4905:) a très nettement mis en évidence les affinités étroites des Colossendeis avec les Decolopoda.
tronc inarticulés, souvent méme sans ligne de séparation distincte. Les quatre derniers articles des ovigères sont munis, sur leur bord interne, de plusieurs rangées d'épines plates, obtuses el non dentivulées.
La trompe est très puissante, large et obtuse en avant, droïte ou recourbée vers le bas; le céphalon est court; les palpes ont ordinairement 10 articles (rarement 9); les ovigères comptent également 10 articles et présentent une forte épine terminale; les pattes sont très longues et, sauf chez quelques Colossendeis probablement immatures, toutes munies de pores sexuels dans les deux sexes; les tarses sont plus longs que le propode et, comme ce dernier, dépourvus d’épines sur leur bord inférieur ; les griffes auxiliaires font défaut. Pycnogonides de grande taille, adaptés aux eaux froides des grands fonds ou des pôles.
PREMIÈRE FAMILLE. — Decolopodidæ nov. fam. — Décapodes, avec de puissantes chélicères quadriarticulées et en pinces. Palpes à 9 ou 10 articles. Un seul genre: Pecolopoda Eights représenté par deux espèces propres aux mers antarctiques.
DeuxiÈME FAMILLE. — Colossendeidæ Hoek. — Octopodes, sans chélicères ou avec des chélicères imparfaites à l'état adulte. Palpes à 10 articles. Un seul genre : Colossendeis Jarzynsky 1870, qui comprend d’asseznombreuses espèces répandues partout dans les abysses et, plus près du littoral, au voisinage des pôles.
La famille des Colossendéidés, telle qu’elle fut établie par Hoek, correspond à peu près exactement aux Pasithoïdés de M. G.-0. Sars et de M. Cole. Mais on ne saurait accepter cette dernière dénomination, car le genre Pasithoe Goodsir ne rentre en aucune facon dans la même famille que les Colossendeis. Le genre Pasithoe fut établi par Goodsir (1) pour une petite espèce, longue d’un demi-pouce, qui ressemble aux Ammothéides et diffère des Colossendeis par son facies général, ses tarses très courts, ses propodes arqués, ses fortes griffes auxiliaires et ses palpes de huit articles; il est vrai, comme l’observe M. Sars, que cette espèce (?. vesiculosa) ne possède pas de chélicères; mais on sait que les Ammothéides du genre Discoarachne Hoek sont également dé-
(1) H. Goonsrm, Descriptions of some New Crustaceous Animals found in the Firth of Forth (Edimburgh New Phil. Journ., vol. XXXIIF, p. 27, PI. VI, fig. 17-18, 1842)
pourvus de ces appendices, et que d’autres représentants de la même famille n'en possèdent que de rudimentaires (C/o/henia Dohrn, très voisin de Discoarachne) où de fort réduites (rygeus Dohrn). M. Dohrn (1) considère la Pasithoe vesiculosa de Goodsir comme une Ammothée ; mais, étant dépourvue de chélicères, elle me paraît plus voisine des Discoarachne et des Clothenia, auxquels d’ailleurs elle ressemble par son corps discoïde. En tout cas, la famille qui renferme le genre Colossen-
deis ne saurait recevoir la dénomination de famille des Pasithoidæ.
DEUXIÈME ORDRE. — PYCNOGONOMORPHA R.-1. Pocock (emend.)
Partie coxale des pattes ordinairement plus courte que le fémur et formée de trois articles relativement longs par rapport aux dimensions des pattes, ces trois articles le plus souvent inégaux, le second étant presque toujours plus allongé que chacun des deux autres. Palpes assez souvent absents ou rudimentaires, quand ils existent, insérés latéralement sur les côtés du bord frontal, sans rapport avec la base des ovigères. Segments du tronc presque toujours séparés par une articulation mobile. Ovigères parfois absents chez la femelle, inermes sur leurs articles terminaux ou avec des épines aiguës, le plus souvent avec des épines denticulées en série. Espèces rarement grandes, ordinairement méme de petite taille.
Ce groupe correspond aux PyenogonomorphesdeM.Cole,mais comprend en plus les Eurycydides et les Ammothéides, que ce dernier auteur, à l'exemple de la plupart des zoologistes, rapproche fâcheusement des Colossendeis. Abstraction faite de ce dernier genre, il embrasse les trois subdivisions des Nymphonomorphes, des Ascorhynchomorphes et des Pyenogonomorphes, établies par M. R.-I. Pocock dans l’ordre des Pycnogonides et admises par M. Ray Lankester.
Dans l’état actuel de nos connaissances, le mieux est de conserver, pour cet ordre, les coupes suivantes de M. G.-0. Sars, encore que leur auteur
les ait établies pour la sous-classe tout entière.
(1) A. Dourx, Die Puntopoden des Golfes von Neapel, p. 228, 1881.
PREMIER SOUS-ORDRE. — £UCHELATA G.-0. Sars. — Chélicères à 3 ou 4 articles, les deux derniers formant une pince parfaite.
PREMIÈRE FAMILLE. — Vymphonidæ Hoek. — Palpes de 5 articles, rarement de ? ; ovigères de 10 articles, rarement de 8, présents dans les deux sexes, avec une griffe terminale et, sur les quatre derniers articles, des épines en lames aiquès, simples ou denticulées ; pattes lonques, au nombre de cing (Pentanymphon) ow quatre paires, à propode droit ou peu arqué et parfois moins long que le tarse, qui n'est jamais très court. Les mâles n'auraient jamais d'orifices seæuels sur les pattes antérieures. — Pentanymphon Modgson, Vymphon VFabr., Chætonymphon Sars, Boreonymphon Sars, Paranymphon Caullery.
DEUXIÈME FAMILLE. — Pallenidæ Hoek (vestr.). — Palpes absents ou rudimentaires (Neopallene): ovigères présents dans les deux sexes, de 10 articles, avec ou sans griffe terminale et des épines simples ou denticulées sur les quatre derniers articles ; quatre paires de pattes à tarse court, à propode arqué, à griffes auxiliaires parfois absentes. Des orifices sexuels sur toutes les pattes de la femelle, parfois seulement sur les deux paires postérieures du male. — Neopallene Dohrn, Pallene Johnst., Pseudopallene Wilson, Parapallene Carp., Cordylochele Sars, Hannonia Hoek.
TROISIÈME FAMILLE. — Phoxichilidiidæ G.-0. Sars. — Palpes absents ; ovigères développés seulement chez le male, de 5 ou 6 articles, avec des épines simples et sans griffe terminale ; quatre paires de pattes à tarses très courts, à propodes arqués, à griffes auxiliaires parfois rudimentaires. Des orifices sexuels sur loutes les pattes dans les deux sexes. Chélicères de 3 ou 4 articles. — Phoxichilidium Edw., Anoplodactylus Wilson, Oomerus Hesse (?), Pallenopsis Carp.
DEUXIÈME SOUS-ORDRE. — CRAYPTOCHELATA G.-0. Sars (emend.).
Chélicères de l'adulte réduites, à pince imparfaite, souvent rudimentaires ou nulles, parfois à 4 articles dans les jeunes. Palpes bien développés : ovigères dans les deux sexes. Toujours quatre paires de pattes. Orifices sexuels
Expédilion Charcot. — Bouvisr. — Pyenogonides. 3
sur les quatre paires dans les femelles, sur les deux ou trois paires postérieures dans les mûles.
PREMIÈRE FAMILLE. — Æurycydidæ G.-0. Sars. — Palpes de 17 articles ; ovigères également de 10 articles avec épines denticulées et griffe terminale. Tarses des pattes assez grands, propode droit ou peu arqué, pas de griffes auxiliaires. Scape des chélicères formé parfois de 2 articles. La trompe fusiforme est mobile, articulée sur un scape, et plus ou moins ramenée sous le corps. — Eurycyde Schiüdte(— Zetes Kr.), Ascorhynchus Sars (— Scænorhynchus Wils.), Barana Dohrn et probablement, d’après Sars, Parazetes Selater, Nymphopsis Schimk., A/cinous Costa (1).
DEUXIÈME FAMILLE. — Ammotheidæ Dohrn. — Palpes ayant de 4 à 9 articles ; ovigères de 6 à 10 articles, le plus souvent avec épines denticulées, mais toujours sans griffe terminale. Pattes plutôt courtes, à tarse court, à propode arqué et à griffes auxiliaires. La trompe n’est pas ramenée sous le corps.
M. Sars range avec certitude, dans cette famille, les genres Ammothea Leach, ZT'anystylum Miers, Paribæa Philippi, Oiceobates Hesse, Oorynchus Hoek, Clothenia Dohrn, Trygeus Dohrn, etavec douteles genres Bühmia Hoek, Phanodesmus Costa, Pephredo Goodsir, Platycelus Costa et Lecythorhynchus Bühm. Dans la même famille, on peut également placer, avec certitude, le genre Discoarachne Hoek (près des Clothenia) et le genre Pasithoe Goodsir (entre les Clothema et les Trygeus). M. Dohrn (2) observe justement que le genre Endeis, établi en 1843 par Philippi (3), est constitué par deux espèces, qui appartiennent en réalité à des genres différents : l'£ndeis didactyla Phil. estune Ammothée et probablement l'A. fibulifera Dohrn, tandis que l’£nders gracilis doit
(1) Le genre Rhynchothoraz Costa est rangé par M. Dohrn dans la famille des Pycnogonidés, tandis qu'il devrait prendre place, d’après M. Sars, dans les Colossendéidés. Ce serait plutôt, semble-t-il, un Eurycydidé sans chélicères el à tarses courts, présentant les orifices sexuels des Pycnogonum avec des palpes courts (8 articles dans R. mediterraneus Costa) et des denticules aigus au lieu d’épines sur les ovigères. En somme, le genre ne rentre nettement dans aucune famille, mais il appartient sûrement à la série des Pycnogonomorphes. M. Hodgson (19077, 43) attribue au même genre le R. Australis Hodgson, dont les orifices sexuels seraient localisés sur les pattes de la deuxième paire et qui a des palpes de5 articles, avec des chélicères rudimentaires et des épines denticulées sur les ovigères.
(2) A. Done, loc. cit., 228.
(3) Paizrppr, Ueber die Neapolitanischen Pycenogoniden (Arch. f. Natury., Bd. IX, 176, Taf. IX, fig. 1-2, 1843).
se ranger dans le genre Phoxichilus et s'identifier peut-être avec le Ph. vulgaris Dohrn.
Avec M. Hodgson (1907), je range dans la même famille les trois genres Leionymphon Môbius, Austrodecus Hodgson et Austroraptus Hodgson, qui, pourtant, sont dépourvus d’épines sur les ovigères. Ces trois genres aberrants sont propres aux mers antarctiques; les deux derniers proviennent des récoltes de la « Discovery ».
TROISIÈME SOUS-ORDRE. —4CHELATA G.-O. Sars.
Les chéhicères et les palpes manquent complètement chez l'adulte, et les ovigères chez les femelles ; les ovigères des müles n'ont que quelques épines aiquès, simples et non sériées. Les tarses sont toujours très courts et les propodes arqués. Quatre paires de pattes.
PREMIÈRE FAMILLE. — Phorichhidæ Dobrn (restr.). — Pattes et corps longs et grèles, griffes auxiliaires bien développées ; ovigères de T articles sans griffe terminale. Orifices sexuels sur toutes les pattes de la femelle et sur les pattes des trois paires postérieures dans le male. — Phoxichilus Latr.
DEUXIÈME FAMILLE. — Pyenogonidæ Dohrn. — Pattes et corps peu allongés el robustes, griffes auxiliaires ordinairement absentes. Ovigères de 9 articles avec une griffe terminale. Orifices sexuels sur les pattes de la dernière paire dans les deux sexes. — Pycnogonum Brünnich.
Il n’est guère possible, dans l’état actuel de nos connaissances, d’indiquer avec un peu de précision les affinités relatives des diverses familles qui constituent l’ordre des Pycnogonomorphes ; mais on peut bien dire, avec une grande vraisemblance, que le genre Pentanymphon n’est pas la forme primitive d’où sont issus tous les représentants de cette série. Avec leurs chélicères à 3 articles, les /’entanymphon semblent à un stade moins primitif que les Eurycyde, dont les jeunes ont des chélicères à 4 articles, et que certains Phoxichilidium, chez lesquels ce caractère persiste jusqu’à l’âge adulte. Et; d'autre part, au point de vue de ses palpes, qui sont de 5 articles, le genre Pentanymphon est à un stade évolutif plus avancé que les Paranymphon(palpes de 7 articles), les Leionymphon (9 articles), les Ewrycydidés (palpes de 10 articles) et la plupart des
Ammothéidés. On peut conclure de ces faits que la forme commune d’où sont issus tous les Pycnogonomorphes était une sorte de Pertanymphon présentant des palpes à 10 articles et les chélicères tétra-articulées
- du genre Decolopoda.
Famille des DECOLOPODIDÆ L.-J. Cole.
Cette famille ne renferme, jusqu'ici, pas d’autres représentants que le genre Decolopoda Kights ; elle doit être considérée comme la souche des Colossendéomorphes et présente un ensemble de caractères primitifs dont on trouvera l’exposé à la page 13 du présent mémoire. M. Cole (1905, 409) à eu le premier l’idée de l’établir, mais avec quelque doute et en se bornant à lui donner un nom, parce qu'il ne savait pas si elle devait comprendre les Pentanymphon, qui présentent également cinq paires de pattes.
Cette hésitation n’a plus sa raison d’être, les Penfanymphon étant les plus typiques des Pycnogonomorphes, tandis que les Hecolopoda présentent tous les caractères des Colossendéomorphes. Rien ne ressemble moins à un Colossendeis qu'un Pentanymphon ; mais il en est tout autrement du genre Décolopode, surtout quand on le compare aux Colossendeis, dont le tronc est largement ovalaire : au point de vue de la forme générale du corps et des appendices, on peut dire qu’il y a une ressemblance étrange entre le Colossendeis proboscidea Sab. et la Decolopoda antarctica Bouvier ; ces deux formes sembleraient même représentatives l’une de l’autre, n'étaient les différences familiales qui les séparent.
Malgré leurs caractères primitifs, les Décolopodidés s’éloignent déjà quelque peu de la forme ancestrale des Pycnogonides, car leur corps ne présente plus d’articulations mobiles, et parfois même il a perdu toutes traces de lignes articulaires. A ce point de vue, ils sont moins rapprochés
de la forme ancestrale que les Pentanymphon.
DECOLOPODA Eights
Les caractères de ce genre ont été exposés par Eights (1834), puis complètement décrits par M. Hodgson (1905°), qui a, en outre, très bien
mis en évidence les affinités des Colossendeis et des Decolopoda. Ces caractères sont les mêmes que ceux de la famille.
Celle-ci ne comprend que deux espèces, la 1). australis Eights et la D. antarctica découverte par la Mission du « Français », l’une et l’autre
propres aux régions antarctiques.
Decolopoda antarctica E.-L. Bouvier.
(Voy. la fig. 1, PI. I; les fig. 1-5 de la PI. IT, et, dans le texte, les fig. 1 et 2.) 1905. Colossendeis antarctica E.-L. Bouvier, Bull. du Muséum, 1905, p. 294. 1906. Decalopoda antarctica E.-L. Bouvier, C. R. Acad. des sciences, t. CXLIT, p. 17,
Par sa forme, sa coloration et son aspect général (PI. I, fig. 1), cette espèce ressemble à la /). australis Eights ; mais elle en diffère beaucoup au fond, et il ne sera pasinutile de décrire simultanément ces deux formes, en les comparant l’une à l’autre au cours de la description. Pour la D). antarctica, je me servirai du type unique rapporté par M. Charcot ; pour la Ÿ. austrahs, des travaux d’Eights (18384) et de M. Hodgson (1905", 1905°), ainsi que d’un exemplaire des Orcades du Sud {île Laurie) envoyé au Muséum par M. Lahille.
Le corps. — Le cépuaLon (PI. IE, fig. 1 et 3) de la 1). antarchca arrive à peu près au même niveau que les processus latéraux des pattes antérieures, et la partie médiane presque droite de son bord frontal se trouve légèrement en retrait sur les parties externes. Le tubercule oculaire a pour base un rectangle obtusangle, légèrement étranglé à la base; il s'élève d’abord en parallélipipède, mais bientôt se transforme presque en un cône à sommet subaigu. Les yeux, très développéset fortapparents, sont disposés aux quatre angles du parallélipipède basilaire. Ce dernier occupe une position transversale ; sa largeur est notablement plus grande que sa longueur et égale pour le moins la moitié du bord frontal.
Dans la D. austrahs Kights (PI. Il, fig. 8), le céphalon dépasse de beaucoup les processus latéraux des pattes antérieures, et Le tubercule oculaire à des dimensions fort réduites ; c’est une sorte de cône obtus, à pente plus rapide vers le sommet; sa base non rétrécie tend vaguement vers la forme quadrangulaire, et son plus grand diamètre égale tout au plus la même étendue que l’une des parties latérales du bord frontal. Les
22 PYGNOGONIDES.
yeux sont plus petits, plus rapprochés et moins apparents que ceux de la D. antarctica.
A la partie antéro-inférieure du céphalon se rattache la TRoMPE, ou ProBosCis (PI. II, fig. 3), qui estlargement mobile sur son articulation basilaire. Dans les deux espèces, elle se termine par une bouche en fente triangulaire, s’infléchit obliquement vers le bas dans sa partie antérieure et, se renflant un peu (fig. 1), présente son diamètre maximum dans la région infléchie. Au surplus, la trompe de la Ÿ). antarctica est complètement inerme, fort peu dilatée au point d’inflexion (fig. 1) et à peine un peu moins longue que le reste du corps. Dans la /). australis (PI. IT, fig. 8), d'autre part, la trompe est armée dorsalement de nombreuses spinules; elle est bien plus dilatée au coude et présente une longueur beaucoup plus faible, qui égale à peu près la distance comprise entre le bord antérieur du céphalon et la limite distale du premier
tiers de l'abdomen.
Le rroxc de la /). antarctica (PI. TI, fig. ! et 2) est
Fig. 4. — Decolopoda antaretica Bouv. — Chélicères et trompe dans leurs rapports avec le
ea UP D, australis (PI. IL, fig. 6 et 7), surtout dans sa partie
un peu plus long et plus étroit que celui de la
médiane indivise, qui forme une sorte de disque ovalaire entre les processus latéraux. Dans la première espèce, en effet, la longueur totale du tronc et du céphalon égale la distance qui sépare le bord externe du troisième prolongement latéral du bord externe du premier article coxal immédiatement opposé; en outre, la plus grande largeur du disque central n’égale pas la moitié de la plus grande largeur du tronc. Dansla 1. australis, la longueur totale du tronc et du céphalon est relativement plus réduite, tandis que la grande largeur du disque égale sensiblement la moitié de la plus grande largeur du tronc. Au reste, les prolongements latéraux sont à peu près identiques dans les deux espèces; s’ils présentent dorsalement d'assez nombreuses saillies spiniformes dans la D. australis décrite par M. Hodgson, ils en sont dépourvus dans l’exemplaire des Orcades et en présentent un très petit nombre dans le type de
PYCGNOGONIDES. 23
la D. antarctica. Les mèmes variations se manifestent dans les restes de la segmentation du tronc; les sillons transversaux segmentaires sont très nets dans le type de D. australis figuré par Eights et dans celui de M. Hodgson; ils n'apparaissent que du côté ventral dans l’exemplaire des Orcades et sont à peu près totalement indistinets sur les deux faces dans la 2). antarctica.
L’agpomen atteint, chez les deux espèces, le milieu du deuxième article coxal des pattes postérieures. Dans la Ÿ. antarctica, il est à peine dilaté en arrière et présente en avant une articulation basilaire peu apparente, mais encore mobile. Cette articulation est beaucoup plus nette dans la D. australis, où, d’ailleurs, l'abdomen est plusnettementdilaté en arrière, surtout dans le type figuré par Eights.
Appendices du céphalon.— Les caéricères (fig. 1)se composent de quatre articles, soit un scape basilaire et une pince terminale, ces deux parties étant l’une et l’autre biarticulées. Dans les deux espèces, le premier article du scape est beaucoup plus long que le second; les doigts sont courbes et séparés par une large hiatus, la portion palmaire de la pince étant bien moins longue que les doigts; au surplus, les chélicères de la D. antarctica (PLIL fig. #) sont plus longues et plus grêles que celles de la D. australis (PI. I, fig. 9) et d’ailleurs terminées par une pince assez différente.
Dans la D. antarctica, en effet, le premier article du scape atteint presque le bord distal du troisième article coxal des pattes antérieures ; il égale juste la longueur du tronc, et sa largeur maxima ne vaut pas tout à fait le cinquième de sa propre longueur; en outre, dans la mème espèce, les pinces ont les doigts peu arqués, le hiatus médiocre et la portion palmaire assez longue, le bord antérieur de cette région égalant à peu près le tiers de la longueur totale de la pince. Dans la Ÿ. australs, par contre, le premier article du scape dépasse à peine le bord proximal du troisième article coxal des pattes antérieures ; il égale au plus les deux tiers de la longueur du tronc, et sa largeur maxima équivaut à très peu près au tiers de sa propre longueur; au reste, les pinces sont remarquables par leurs doigts extrêmement arqués, par leur très large hiatus et par la brièveté de leur portion palmaire, dont le bord antérieur égale
environ le quart de la longeur totale de l'organe. J'ajoute que, dans la D. australis, la pince est à peu près aussi longue que le premier article du scape, tandis qu’elle n’en égale pas tout à fait la moitié dans la D. antarctica.
Les papes de la Ÿ. anfarclica (PI. IL, fig. 3) se composent de 9 articles, dont les rapports et la dimension relative sont indiqués dans la figure 3 de la Planche Il; le troisième article est le plus long, le cinquième est un peu plus court et plus fort, les quatre derniers sont subégaux, l’antépénultième, toutefois, étant légèrement plus long que les autres. Il en est à très peu près de même dans la Ÿ. australis; mais les palpes de cette espèce présentent un dixième article, qui est légèrement plus long et un peu moins large que les trois précédents.
Les oviGÈres sont à peu près identiques dans les deux espèces, avec leurs trois articles basilaires fort réduits (PI. IT, fig. 2 et 7), leur quatrième article très développé, mais pourtant un peu moins long que le sixième, leurs quatre derniers articles subégaux, légèrement recourbés et formant par leur ensemble une sorte de crosse presque fermée, les larges et courtes épines qui forment pour le moins trois rangées longitudinales sur le bord interne de ces articles, enfin la puissante griffe courbe qui occupe la partie distale de l'organe. Les épines de la crosse terminale sont des protubérances chitineuses, articulées à leur base, où elles sont à peu près contiguës et infléchies en avant; dans le type de la D. antarctica (PI. IE, fig. 5), elles sont moins nombreuses, à raison d’une ou deux unités dans chaque série, que dans l’exemplaire de 1). australis recueilli aux Orcades.
Pattes. — Les pattes de la . antarctica sont fort longues (PL. I, fig. 1), mais très sensiblement inégales ; celles de la deuxième paire ont la prédominance sur toutes les autres ; viennent ensuite, dans l’ordre de la longueur décroissante, celles de la troisième paire, de la quatrième, de la première et enfin de la cinquième; c’est par suite d’une erreur de mensuration que j'ai attribué antérieurement la plus grande longueur aux pattes de la troisième paire (1906, 17). Les pattes sont relativement plus courtes et plus fortes dans la D. australis.
Les TROIS ARTICLES cOxAUx sont courts et subégaux, celui du milieu étant
toutefois légèrement plus long que les deux autres. Le premier article présente distalement une paire de bourrelets transversaux bien isolés l’un de l’autre sur la ligne médiane; ces bourrelets saillants existent sur les deux faces, mais sont particulièrement développés du côté dorsal ; la dépression qui les sépare se prolonge par un sillon vers la base de l’'appendice. Dans la D. australis (PI. IT, fig. 6 et 7), ce sillon est au contraire bien développé, surtout du côté ventral, où il traverse l’article sur toute sa longueur. Au surplus, dans cette dernière espèce, tous les articles coxaux sont beaucoup plus larges que longs et, d’une patte à l’autre, à peu près contigus, tandis qu'ils sont à peine moins longs que larges dans la D. antarctica (PI. I, fig. 1 et 2) et par suite fortement séparés les uns des autres. Cela suffit pour donner à chacune des deux espèces un facies des plus typiques. M. Hodgson signale une épine courte à l'extrémité distale des sillons dorsaux et ventraux de la D. australis; cette épine n’est pas développée dans l’exemplaire des Orcades, et on n’en trouve pas même la trace dans le type de la D. antarctica.
Ce dernier exemplaire présente un orifice sexuel très apparent sur le deuxième article coxal de toutes les pattes ; cet orifice est situé sur la face inférieure de l’article, un
peu au delà du milieu,
Fig. 2. — Decolopoda antarctica Bouv. — Deuxième patte droite, face postérieure, Réd. de 1/3.
où il apparaît sous la forme d’une fente ovale assez grande et inclinée en arrière par rapport au grand axe de l'appendice (PI. IT, fig. 2). Dans la 9. australis des Orcades, on trouve également un orifice sexuel sur la face inférieure du deuxième article coxal de toutes les pattes (PI. IT, fig. 7); mais cet orifice a des dimensions très réduites, une forme presque circulaire, et se trouve à l'extrémité distale de l’article, sur le bord arrondi par lequel ce dernier article va se rattacher au troisième. Étant données les intéressantes observations de M. Hodgson (1905', 255), on sait aujourd'hui que les sexes de la D. australis (comme aussi des Colossendeis) se distinguent par des différences de cette sorte, et qu'il faut considérer comme des mâles les
Expédilion Gharcol. — Bouvier. — Pycnogonides. 4
individus à petit orifice distal et comme des femelles ceux à grand orifice sub-médian. Le type de la 1. antarchica est donc une femelle, tandis que notre 1. australis de l’île Laurie est un mâle.
Le rémur (fig. 2 du texte, fig. 1 de la PI. 1) présente, dans les deux espèces, un petit nombre de soies spiniformes sur son bord distal; ces soies sont aisément caduques, et souvent on n’en voit que la base, aussi bien dans la 2. australis (exemplaire de lile Laurie) que dans la D. antarctica. D'ailleurs, cette dernière espèce présente du côté dorsal quelques soies analogues, dont on ne trouve aucune trace dans la D. australis.
Le PREMIER ARTICLE TIBIAL de la ). antarctica présente, du côté dorsal, une rangée de soies spiniformes assez nombreuses et, sur son bord antérieur, quelques soies plus réduites; il est d’ailleurs beaucoup plus court que le DEUXIÈME ARTICLE TIBIAL, lequel est totalement inerme, sauf sur sa face ventrale, où il présente en avant une très faible soie et, sur son bord antérieur, où se trouve un groupe de soies spiniformes beaucoup plus longues et plus fortes. Dans la D. australis, le premier article tibial ne présente pas de soie et, d’après M. Hodgson, serait à peine plus court (a trifle shorter) que le suivant.
Les deux derniers articles paraissent également beaucoup plus inégaux dans notre espèce, le raRse y étant d’un tiers plus allongé que le PRopoDe. Tarse et propode sont dorsalement inermes, mais ils présentent l’un et l’autre ventralement une série longitudinale de deux fortes soies spiniformes. Au bord inférieur antéro-distal du tarse, on voit une rangée de trois soies spiniformes plus fortes encore et, au bord correspondant du propode, un groupe de deux soies analogues. La GRiFrE est aiguë, arquée et un peu plus courte que le propode. D’après M. Hodgson, les tarses et le propode de la Ÿ. australis ne présenteraient pas d’autre armature que les soies du bord inféro-distal, et ces soies seraient toujours au nombre d’une paire.
La coloration du type de la Ÿ). antarctica, conservé dans l'alcool, est le brun clair légèrement olivâtre, moins accentué au bout de la trompe et des palpes, plus foncé et tirant au noir sur le tarse, le propode et la griffe. La ligne latérale (fig. 2) noirâtre est représentée sur les deux faces
de chaque patte. Elle apparaît à peine sur le premier article coxal, où elle se déplace et occupe l'axe médian du côté dorsal comme du côté ventral; elle est déjà latéralement située sur les deux articles suivants sans présenter encore sa netteté définitive et en décrivant une forte courbe à convexité ventrale. Sur les autres articles, elle est très apparente et rigoureusement rectiligne ; on n’en trouve aucune trace sur les griffes.
D'après M. Hodgson, les exemplaires de 1. australis conservés dans l'alcool sont de couleur variable, tantôt d’une teinte paille clair, tantôt d’un riche brun-olive, les extrémités des palpes, des chélicères et de la trompe étant plus foncées. Eights décrit l'animal vivant comme rouge écarlate, et M. Hodgson (1905, 38) tantôt de cette couleur, tantôt d’un rouge foncé avec la trompe presque noire.
Les dimensions des deux espèces sont relevées dans le tableau de la page suivante.
En résumé, la /). antarctica se distingue de la 2). australis :
1° Par la structure de ses palpes, qui ont 9 articles au lieu de 10;
2° Par la dimension du tronc, qui est plus allongé et plus étroit, le rapport de la largeur à la longueur étant de 0,83 au lieu de 0,76;
3° Par le développement beaucoup plus grand des pattes, celles de la deuxième paire égalant plus de douze fois la largeur maxima du tronc, au lieu de huit à neuf fois comme dans la /. australis ;
4° Par la longueur et la gracilité plus grandes du premier article des chélicères, cet article égalant les 48 centièmes de la longueur du corps sans la trompe et étant à peu près six fois plus long que large; tandis que, dans la D. australis, il est à peine trois fois aussi long que large et n’égale guère que les 30 centièmes de la longueur du tronc;
5° Par la forme des pinces des chélicères, qui ont une portion palmaire assez longue et des doigts médiocrement arqués, tandis que la portion palmaire est courte dans la Ÿ). australis, où elle se termine par des doigts fortement infléchis en arceau demi-circulaire ;
6° Par le développement de la trompe, qui est bien plus longue [les 91 centièmes de la longueur du corps au lieu de 75 centièmes) et notablement plus étroite ;
7° Par le très grand développement du tubercule oculaire, qui est plus
PYCGNOGONIDES
Longueur totale du corps (sans la trompe)...
— JUTLONC ANAL ER Largeur maxima du tronc................
— — du disque central ......
Loneueur du) Céphalon "PEER Largeur = ati Les ie CCR —dutubercule oculaire. ECC Monsteurde latfrompe meer PEER Largeur maxima de la trompe.............
Longueur du 1° article des chélicères...... Darsenr distale: 202 Ve Mere DER {Longueur des trois coxa.....".
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DECOLOPODA AUSTRALIS.
Er ——— Figuré Capturé
par M. Hodgson. aux Orcades.
Millim. Millim.
16,0 14,0 6,8 6,3 10,2 8,4 D;2 4,2 3,4 3,2 5,0 4,7 1,6 1,4 11,0 10,6 3, (appr.) 3,0 5,7 4,2 1,6 LE 8,3\ 6,6 17,0 | 14,2 17,0 } 82,2 16,0 19,0 | 16,9 24,0 ! »
8,4 7,0 is | 15,1 19,8 } 87,5 »
DECOLOPODA
ANTARCTICA,
Millim.
large que la moitié du céphalon, tandis qu’il est bien plus étroit dans la
D. australis ;
8° Par la plus grande longueur du deuxième article tibial ;
PYCNOGONIDES. 29 9° Par les soies spiniformes, qui sont bien moins nombreuses sur le tronc et bien plus sur les pattes ;
10° Par de nombreux caractères moins importants, qui ont été signalés plus haut.
HaBrrar. — N° 254, 4 avril 1904, 40 mètres. Exemplaire type, pris au filet à Port-Charcot, par 64 longitude ouest et 65° latitude sud.
La D. australis a été trouvée plus à l’est et un peu plus loin du pôle : aux Shetland du Sud (exemplaires d’Eights), c’est-à-dire par environ 60° longitude ouest et 63° latitude sud, et aux Orcades (Orkneys) du Sud, qui sont situées vers 45° longitude ouest et6l"latitude sud (exemplaires de l’Expédition écossaise antarctique pris à Scotia Bay par 9 à 10 brasses; spécimen de M. Lahille capturé à l’île Laurie).
Famille des NYMPHONIDÆ P.-P.-C. Hoek.
Les Nymphonidés sont représentés par les quatre genres Pentanymphon Hodgson, VNymphon Fabr., Chateonymphon Sars et Boreonymphon Sars, tous caractérisés par des palpes à 5 articles, des ovigères à 10 articles, dont les quatre derniers sont munis d'épines denticulées et de griffes auxiliaires plus ou moins fortes à l'extrémité des pattes. Ils s’éloignent à tous cespoints du genre Paranymphon Caullery, qu’on rattache pourtant à la même famille, encore qu’il présente, d’après M. Meinert (1), despalpes de 7 articles, des ovigères de 8 articles, dont l’armature se réduit à quelques simples épines disposées sans ordre, enfin un propode dépourvu de griffes auxiliaires.
Avec les articulations généralement très nettes et mobiles de leurs somites pédifères, le développement de leurtarse et la structure complexe deleursovigères, ils peuvent passerà bondroit pour des Pycnogonomorphes assez primitifs, mais leur évolution se manifeste déjà par la réduction des chélicères à trois articles, par la disparition des pores sexuels sur les pattes antérieures des mâles, par le développement de griffes auxiliaires et par les variations de longueur considérables que présente le tarse ; chez les Nymphon, ce dernier est souvent plus long que le propode, tandis qu'il est beaucoup plus court dans les Boreonymphon.
(1) F. MeERT, loc. cit., p. 46.
PENTANYMPHON T.-V. Hodgson.
En faisant connaître cette curieuse forme, M. Hodgson (1904, 459) a justement fait observer « que le caractère important qui la distingue du genre VNymphon est la présence d’une cinquième paire de pattes ». Cette observation reste parfaitement juste, tous les autres caractères du genre étant ceux des Vymphon : doigts des chélicères finement denticulés, corps grêle et nu avec des somites bien articulés, tarses de longueur assez considérable.
Ce dernier caractère présente pourtant quelques variations. Dans les vingt-huit spécimens types de Pentanymphon antarcticum Hodgson capturés parla « Discovery » dans la baie Mac-Murdo, letarseest manifestement plus long que le propode, tandis qu’il est à peu près de même longueur, d’après M. Hodgson (1905, 35), dans un exemplaire recueilli aux Orcades du Sud par l’Expédition antarctique écossaise, et presque toujours notablement plus court dans les spécimens pris par le « Français » à l’île Booth-Wandel. Peut-être se trouve-t-on en présence d'une nouvelle espèce ? Mais le caractère présentant quelque variation chez ces derniers spécimens, il convient de rester dans l’expectative en attendant de nouveaux matériaux.
Quoi qu'il en soit, le genre Pentanymphon est, de tous les Pycnogonomorphes, le plus voisin de la forme ancestrale, bien que ses palpes soient réduits à cinq articles, ses chélicères à trois, et bien que les pattes y présentent des griffes auxiliaires.
Par ces trois caractères, il se montre moins primitif que le genre Decolopoda, mais il l’est davantage par l'articulation mobile très nette que présentent entre eux ses somites pédifères.
Les deux genres paraissent d’ailleurs localisés dans les mers antarc-
tiques.
Pentanymphon antarcticum T.-V. Hodgson.
(Fig. 3-6 du texte.)
1904. Pentanymphon antarcticum T.-V. Hodgson, Ann. and Mag. Nat. Hist., (7), vol. XIV, p. 459, et PI. XIV.
1905. Pentanymphon antarcticum L.-J. Cole, Ann. and Mag. Nat. Hist., (T), vol. XV, p. 405.
1906. Pentanymphon antarcticum E.-L. Bouvier, C.R. Acad. des sciences, t. CXLIT, p.18. 1907. Pentanymphon antarcticum T.-V. Hodgson, Pvenogonida (Discovery), p. 28-30, BICANE
Cette très curieuse espèce est représentée dans la collection par trois exemplaires, qui ressemblent, presque à tous égards, au type figuré et décrit par M. Hodgson.
Hagrrar. — N° 115, 15 mars 1904, 20 mètres, île Booth-Wandel. — Un exemplaire dont la longueur totale du corps (trompe y compris) mesure 5°*,5. Cet exemplaire n’est pas moins richement muni de soies et de poils que le type figuré par M. Hodgson en 1905, et les quatre derniers articles de ses palpes sont même plus fortement et plus longuement pileux. Quelques caractères essentiels distinguent pourtant du type cet exemplaire : ainsi Le cinquième article des ovigères n’est pas sensiblement plus long que le quatrième (il l’est beaucoup plus dans le type), et, dans toutes les pattes, le tarse est parfois plus court d’un quart que le propodite (tandis qu'il est au contraire pluslong d’autant dans lespécimen figuré par M. Hodgson); au surplus, les pattes sont relativement plus courtes que dans le type. Peut-être ces différences sont-elles dues à la taille médiocre du spécimen, qui n’est pourtant plus un immalure, puisque les ovigères y sont bien développés. Je n’ai pu apercevoir les orifices sexuels.
N° 116, 15 mars 1904, 20 mètres, île Booth-Wandel, Port-Charcot. — Un exemplaire plus petit que le précédent (4 millimètres) et présentant les mêmes caractères: il est toutefois un peu moins riche en poils, et le cinquième article de ses ovigères dépasse notablement en longueur le quatrième.
N° 669, 8novembre 1904, île Booth-Wandel. — Un exemplaire degrande taille (10 millimètres) pris à marée basse sur les galets de la plage. Ce spécimen me paraît être une femelle à cause deses fémurs un peu renflés; 1l est d’ailleurs beaucoup moins riche en soies que les précédents. Ses ovigères (fig. 3) diffèrent de ceux du type par le moindre allongement de leur cinquième article et par l’armature de leurs épines marginales (fig. 4), qui portent trois ou quatre paires seulement de denticules latéraux et ne s’atténuentpas en pointes dès leur base. Le tarse est quelquefois égal au
PYCGNOGONIDES.
propodite, rarement à peine plus long (fig. 6), souvent un peu plus
court. Des orifices sexuels près de l'extrémité distale de la deuxième coxa.
Distribution. — Les premiers exemplaires de cette curieuse espèce, au
nombre d’une trentaine, furent capturés par la « Discovery »
dans ses quartiers