partie céphalique
Les palpes (fig. 27 et 28) comptent 8 articles et non pas 9, comme je
l’avais écrit dans la diagnose préliminaire de l'espèce. En examinant les palpes avec
beaucoup de soins et avec des Fig. 28. — Ammothea communis Bouv. — Palpe
srossissements divers, j'ai
d'une ©. Gr. 46.
constaté que le huitième article, assez long, forme bien l'extrémité libre
de ces appendices, et qu’il ne se termine point par un neuvième article
distal trèsréduit; la ligne articulaire que j'avais cru apercevoir sur l’article n’est pas une formation normale (1). En fait, les palpes se terminent par un huitième article assez long, que précèdent trois articles subégaux et
notablement plus courts, d’ailleurs ornés comme lui de poils nombreux
et sétiformes. Les quatre autres articles ne présentent que des poils courts et rares ; le premier et le troisième sont très réduits ; les deux autres sont grands et de longueur à peu près égale.
Les ovigères (fig. 24, 26, 29, 30) comptent bien 10 articles : le premier dilaté et court, le cinquième remarquablement plus long que tous les autres, même que le quatrième, dont les dimensions longitudinales sont sensiblement plus réduites. Le troisième article est moins long que le deuxième et à peu près autant que le septième ; les sixième, huitième et neuvième sont
Fig. 29 (en bas) et 30 (en haut). — Ammothea communis Bouv. — Ovigère de la précédente ©, en totalité au gr. 46 (fig.
29) et réduit à sa partie terminale au gr. 96 (fig. 30).
plus courts encore et subégaux ; enfin le dernier ou dixième est
extrêmement réduit. Ce dernier article et les trois qui le précèdent
(1) Voici le passage inexact : « L'article prominal (distal) étant fort petit et précédé par un long article suivi de trois autres plus réduits et subégaux » (1906, 20).
(fig. 30) portent tous en avant et en dedans une paire d’épines plates latéralement denticulées.
Les pattes (fig. 31, 32) se distinguent par les bords irréguliers de leurs principaux articles et par les soies raides qui occupent les saillies de ces bords; leur plus long article est le deuxième tibia ; viennent ensuite le premier tibia et le fémur, qui sont à peu près également longs et qui égalent en longueur les trois articles coxaux réunis. Le premier article coxal présente distalement, sur sa face supérieure, une paire de saillies; il est à peu près aussi long que le troisième article
Ra me UN fig. 52 deuxième FDF droite d’une ©, face postérieure, avec les œufs vus court que le separ transparence. Gr. 23.
cond, qui est plus étroit dans sa partie proximale. Le fémur est plus dilaté que les autres articles; à son angle distal supérieur, il se prolonge en une saillie qui fait suite à une dépression notable. Les deux tibias sont à peu près d’égal diamètre et remarquables ordinairement par l’irrégularité de leur bord supérieur; on aperçoit sur les faces du second une ligne longitudinale qui représente vraisemblablementles restes de la ligne latérale. Le tarse présente une paire de soies spiniformes et le propode une série longitudinale de trois soies semblables, mais plus fortes. La griffe principale est plus longue que la moitié du propode et presque deux fois autant que les griffes auxiliaires.
La surface des pattes est presque partout recouverte et comme hérissée de très courts poils raides, invisibles à l'œil nu. Les pattes de la deuxième paire sont un peu plus ongues que celles des deux paires avoisinantes ; les postérieures sont les plus petites, mais il n’y a pas de très grandes différences de longueur entre les appendices de ces diverses paires.
C’est à peu près exclusivement dans les pattes qu’on observe des différences sexuelles. Chez les mâles (fig. 31), les deux saillies dorsales de la première coxa sont très élevées, les fémurs sont peu dilatés et les orifices sexuels se localisent sur la deuxième coxa (fig. 24) des pattes des deux dernières paires, où ils occupent le sommet d’une fortesaillie conique inféro-distale. Dans la femelle (fig. 28), les saillies de la première coxa sont faibles, les fémurs apparaissent très dilatés et les orifices sexuels, répartis sur la deuxième coxa de toutes les pattes (fig. 26), ne se trouvent pas au sommet de saillies.
Les dimensions des diverses parties du corps sont les suivantes :
Millim.
Longueur totale de tout le corps, y compris la trompe.......... 2:95 — delatrompe, entavantdu iront e-"e e-e -e 1,20
— ICE RAIO DEEE cadence me Cie 7 100
— DURDONORREE cesse ins oem CCC 0,70
= HOADAOMEN MS ME Len meer ct ee ei 0,67 ParseurmMmaRinmatde lANrOMpE. ee ee 0,44 — — UURCÉPRAlON re So ea 0,73
— — AURÉLONC en ne ces ee 1,36 Longueur des trois articles coxaux des pattes II............... 1,40 — (OL RTS ENT AN EN nn eo Me LS ON 4,34
— AIDANT nue ntente se one in 1,30
— DU AO AT e arease tac bee io 1,44
— RAS CROUNPrOPOUe Ce --AC-cerer er Le 0,88
— ENST) PrNCIpAle, ee eee erec 0,34
Ces mesures ont été prises sur un mâle dont l’abdomen, à peu près horizontal, avait été placé horizontalement de même que la trompe.
Hagirar, pisrriBuTion. — N° 33 et 38, février 1904 ; île Moureau, baie des Flandres, assez nombreux exemplaires qui ont conservé, dans l’alcool, une teinte brun-marron prononcée. Mâles avec des œufs.
N° #1, 17 février, sur les galets, à mer basse ; plage de l’île Moureau,
Expédition Charcot. — Bouvier. — Pycnogonides. 1
dans la baie des Flandres. Deux beaux exemplaires : un mâle porteur d'œufs et une femelle.
N°77, 17 février, sur les galets, à mer basse; île Moureau, dans la baie des Flandres. Assez nombreux exemplaires, les uns femelles, les autres mâles, ces derniers souvent avec des œufs.
N° 670, 8 novembre ; plage de l’île Booth-Wandel. Deux exemplaires : un mâle porteur d'œufs et une femelle.
N° 582, 29 octobre: sur les galets à mer basse; plage de l’île Booth- Wandel. Deux mâles.
N° 699, 4 décembre; ile Booth-Wandel. Six exemplaires de belle taille, presque tous femelles.
N° 788, 29 décembre, 20 mètres; île Wiencke. Assez nombreux exemplaires, dont les types mâle et femelle de l’espèce. Tous les spécimens dépourvus d'œufs.
J'ai dit plus haut que M. Hodgson a trouvé deux exemplaires d’A. communis dans les matériaux recueillis par l'expédition écossaise aux Orcades du Sud. à
Affinités. — Cette espèce tient à la fois de l’A. echinata Hodge et de PA. gracihs Verrill, l’une et l’autre de l'hémisphère septentrional; elle s'éloigne beaucoup plus, à tous égards, de l’A. Æoeki Pfeffer de la Géorgie du Sud, cette dernière espèce ayant des pattes inermes et un rostre presque rétréci en pointe. La trompe est également bien plus rétrécie en avant dans l’A. gracilis, qui d’ailleurs, d’après M. Cole (1904, 318) présente des palpes de 7 articles et un tubercule oculaire bien plus court, sans segmentation du corps apparente. L’A. echinata est certainement beaucoup plus voisine, encore qu'elle ait des appendices plus irréguliers, une armature de 2 ou 4 épines sur le second article coxal et un tubercule oculaire bien plus long et plus incliné.
Ammothea affinis nov. sp.
(Fig. 33-36 du texte.)
Les trois exemplaires pour lesquels je crois devoir établir cette espèce sont des immatures avec des chélicères en pince et des ovigères nuls ou à l’état’ de bourgeons. Le plus grand mesure à peu près 2 millimètres de lon-
PYCNOGONIDES. 51 gueur, depuis l'extrémité libre dela trompe jusqu’à"celle de l’abdomen ; il n’est pas encore adulte, puisque ses ovigèressont imparfaits, ses chélicères en pinces et ses orifices sexuels indistincts; ses palpes ont 7 articles, comme on le voit dans la figure ci-jointe, mais il semble bien que l’avantdernier doive se diviser plus tard en deux autres. Dans tous les exemplaires, les pattes sont bien développées.
Le céphalon (fig. 33) est très large, contigu en arrière avec les prolongements latéraux antérieurs, et muni dorsalement d’un petit tubercule sétifère près de chaque angle latéro-antérieur. Son tubercule oculaire est large, à peu près vertical, d’abord subcylindrique ou plutôt subconique, puis brusquement rétréci en cône ; au sommet de la partie subconique, il porte quatre yeux jaunâtres bien développés.
Les segments du fronc ne présentent pas de lignes articulaires du côté dorsal, mais on voit deux de ces lignes (en avant et en arrière du deuxième segment), à peine
DR INR Re indiquées d’ailleurs, sur la face ventrale. Les pi, 33 4mmothea afinis nov. sp.
— Face dorsale sans les pattes, sauf
segments sont absolument dépourvus de 5 éuier article coxal Gr. 30.
toute saillie sur leurs deux faces. Les prolongements latéraux sont presque contigus et munis chacun, près de leur bord dorsal libre, d’une paire de protubérances coniques hérissées de quelques soies rigides à insertion subapicale. L'ahdomen est un peu obliquement relevé; il se dilate assez régulièrement de la base jusqu’au voisinage du sommet, puis se rétrécit jusqu'à l’anus. Il atteint à peu près l'extrémité dorsale du premier article coxal
des Fig. 34.— Ammol des pattes postérieures. Enis pa
Fr ùl x LI Le h li 1 Les chélicères (fig. 33, 34) sont courtes et n’atteignent fe "éupérioure
2° . Ê . D AGE: pas le milieu de la /rompe, qui est plus ou moins inclinée 4 et semblable à celle de l'A. communis; leur pince est presque aussi
longue que l’article basilaire. Les palpes (fig. 35) se distinguent par
les deux saillies latérales sétifères de leur avant-dernier article.
Les pattes (lg. 36) présentent des soies inégales et rigides, dont les plus grandes occupent souvent le sommet d'une légère saillie tégumentaire. Leur premier article coxal présente dorsalement, près de son bout h externe, une paire de tuberculessétifères semblay bles à ceux des prolongements latéraux (fig. 33); { le deuxième article coxal est subeylindrique et un
Fig. 35. — Ammothea affinis nov. Fig. 36. — Ammothea affinis nov. sp. — Une patte antérieure.
sp. — Palpe droit. Gr. 64. Gr. 35.
peu plus long que les deux autres; il est dépourvu de tubercules, comme le suivant. Le fémur se fait remarquer par une protubérance plus ou moins forte, qui se développe sur son bord dorsal au voisinage du premiertibia ; ce dernier article est à peu près aussi long que le fémur et à peine plus court que le second tibia. On observe une forte soie spiniforme sur le bord inférieur du tarse, et deux soies semblables un peu plus loin, sur le bord inférieur du propode: d’autres soies plus réduites se trouvent ensuite sur le même bord de ce dernier article. Les deux griffes auxiliaires égalent à peu près la moitié de la griffe principale, qui est très forte.
Hamirar. — Trois exemplaires trouvés par M. Billard sur des Übeha longissima Pallas, recueillies dans la baïe des Flandres, station 24.
AFFINITÉS. — M. Hodgson, à qui j'ai communiqué les trois précédents exemplaires, trouve qu'ils ressemblent beaucoup aux jeunes d'Ammothea Wilsoni Schmikewitsch, mais ne se prononce pas définitivement sur leur identité spécifique.
Il est certain, en effet, que ces exemplaires présentent des ressemblances étroites avec les jeunes de 4. W/soni figurés par M. Schimke-
witsch dans les figures 19 et 20 de son mémoire (1). Pourtant ils en diffèrent à beaucoup d'égards : 1° les jeunes de l'A. Wi/soni se distinguent par le très long article basal de leurs chélicères, qui dépasse le milieu de la trompe et égale plus de trois fois la longueur de la pince ; 2 ils présentent comme l’adulte un tubercule oculaire long, étroit et incliné en avant au-dessus de la base des chélicères ; 3° leurs segments IT et [II présentent dorsalement chacun une saillie impaire ; ces deux saillies se développent chez l’adulte, où la première est bifurquée ; 4° leur abdomen allongé atteint à peu près l'extrémité distale du deuxième article coxal des pattes postérieures ; »° cet article coxal, sur toutes les pattes, présente des protubérances comme le premier ; 6° le second tibia est beaucoup plus long que le premier; 7° les griffes auxiliaires dépassent largement le milieu de la griffe principale.
Ces différences sont importantes et ne permettent certainement pas de rapporter les spécimens du « Français » à l'A. W/sonr.
Nos trois spécimens se rapprochent de l'A. communis, dont toutefois ils diffèrent : 1° par leur céphalon et leur tubercule oculaire plus larges; 2° par les segments inarticulés de leur tronc ; 3° par leur abdomen plus allongé; # par les tubercules plus forts de leurs prolongements latéraux et par ceux plus réduits de leur premier article coxal; 5° par leur deuxième article coxal, qui nese dilate pas sensiblement en massue ; 6° par leurs griffes auxiliaires plus courtes.
En somme, les spécimens du « Français », quoique immatures, paraissent appartenir à une espèce nouvelle que j'appellerai À. affinis, en raison de ses affinités étroites avec l'A. communis d’un côté et avec l'A. Wo/soni de l’autre. On sait que la première de ces espèces fut trouvée par le « Français » dans les mêmes parages que le nouveau type ; quant à la seconde, elle fut recueillie dans l'archipel des îles Chonos, Chili méridional.
(1) W. Scaimkewirseu, Sur les Pantopodes recueillis par M. le lieutenant G. Chierchia pendant le voyage de la corvette « Vettor Pisani » en 1882-1885 (Atti R. Accad. dei Lincei, ser. quarta, Memorie, vol. VI, p. 329-347, et Planches, 1889).
LEIONYMPHON K. Môbius.
Le genre Leionymphon Môbius a été rangé jusqu'ici dans la famille des Nymphonidés, à la suite des Boreonymphon (Voy. Môbius, 1902, 183). Mais il suffit de jeter un coup d'œil sur les caractères que nous avons attribués aux Ammothéides et aux Nymphonides, pour acquérir la conviction que le genre établi par M. Môbius diffère essentiellement des Nymphonides et qu'il doit prendre place parmi les Pycnogonomorphes cryptochélates, dans la famille des Ammothéides ; c’est aussi l’opinion de M. Hodgson (1907 1). Par leurs chélicères imparfaites, mais d'assez grande taille, leurs palpes de 9 articles, leurs ovigères qui en ont 10, leurs tarses très courts et leurs propodes arqués, les espèces du genre Lerionymphon se rapprochent étroitement des Ammothea et s’éloignent de tous les Nymphonides. Mais elles se distinguent essentiellement des Ammothéides les plus normaux par la structure de leurs ovigères, qui sont dépourvus d’épines différenciées (1), par la dilatation et la brièveté du Septième article de ces appendices chez le mâle, par la longueur de leurs pattes et aussi par leurs dimensions ordinairement assez grandes, alors que les autres Ammothéides sont toujours de petite taille. Par là, elles méritent de constituer dans la famille un groupe spécial, qui d’ailleurs se rattache à la souche commune des Cryptochélates, ou aux Eurycydides, dont ils diffèrent surtout par l’atrophie des épines denticulées des ovigères et par la brièveté des tarses.
Le genre Leionymphon se distingue en outre par la présence de courts poils très nombreux sur les téguments (abstraction faite de la trompe), par le céphalon large et court, par la forme conique ou subconique du tubercule oculaire qui porte quatre yeux, par le tronc assez puissant dont les somites présentent des bourrelets dorsaux élevés et des prolongements latéraux convergents à la base, par l'abdomen plus ou moins relevé, et par le grand développement de la trompe, qui est largement
(1) Il est curieux de constater que les genres Austrodecus et Austroraptus, récemment établis
par M. Hodgson (1907, 1), pour des types de la « Discovery », sont des Ammothéides antarctiques dépourvus, comme les espèces du genre Leionymphon, de soies ovigères différenciées.
PYGNOGONIDES. 55
obtuse au sommet. Les chélicères sont réduites chez l’adulte et-leur doigt est rudimentaire; mais, dans le jeune âge, elles conservent assez longtemps une pince parfaite. Des orifices sexuels se voient sur toutes les pattes dans les femelles et sur les deux paires postérieures chez les mâles (1).
Les Pyenogonides qui appartiennent à ce genre, malgré leur taille ordinairement assez grande, ne sont pas sans analogie avec les Amothea, et leurs premières espèces furent décrites sous ce nom générique par Pfeffer (1889) ; c’est également dans le genre Amumothea que j'ai rangé les deux espèces L. antarcticum et L. grande recueillies par le « Français » (1905, 295, 296). Frappé tout d'abord par les ressemblances très grandes qui existent entre le Z. grande et la Colossendeis gibbosa de Môbius, je l'avais rangé provisoirement dans le même genre que cette dernière espèce, non sans faire observer d’ailleurs qu’à l'exemple de la Colossendeis gibbosa il «ne présente aucun des caractères du genre Colossendeis… et se rapproche bien plus des Ammothéides ». Je considérais alors les exemplaires du « Français » comme les types d’une espèce nouvelle qui fut désignée sous le nom de Colossendeis (?) Charcot; mais M. Hodgson, à la suite d’un voyage qu'il fit à Paris, eut l’aimable obligeance de me faire observer que cette dernière forme devait être rapportée à l'Ammothea grande de Pfeffer, et qu’elle devait, comme elle, se ranger dans le genre Leionymphon. En fait, les Leionymphon ne ressemblent en rien aux Colossendeis, si ce n’est par leur taille parfois assez grande et aussi, dans une certaine mesure, par la forme de leur trompe. Mais ces caractères sont de valeur bien subordonnée dans le groupe des Pycnogonides.
Le genre Leionymphon est actuellement représenté par neuf espèces, toutes propres aux régions antarctiques: L. grande Pfeffer, L. Clausi Pfeffer, L. striatum Môbius (type du genre), L. gibhosum Môbius, L. antarcticum Bouvier et les quatre espèces nouvelles suivantes, trouvées par M. Hodgson (1907), dans les matériaux de la « Discovery » : L. minor, L. australe, L. spinosum et L. qlaciale. La première et la cin-
(1) C’est du moins ce que j'ai observé très nettement dans le L. grande et le L. antarcticum.
quième de ces espèces se trouvent seules dans les matériaux recueillis par le « Français ».
Leionymphon antarcticum E.-L. Bouvier. (Voy. les fig. 4 et 5 de la PI. IT, et dans le texte les fig. 37-39.)
4905. Ammothea antarctica, E.-L. Bouvier, Bull. du Muséum, p. 296. 1906. Ammothea antarctica E.-L. Bouvier, C. A. Acad. des sciences, t. CXLII, p. 19.
Cette espèce est très voisine d’une espèce de la Géorgie du Sud, l'Ammothen Clausi Pfeffer et, comme ce dernier Pyenogonide, appartient au genre Leionymphon; elle est représentée par deux spécimens qu’il sera bon de décrire en les comparant avec la description de M. Pfeffer (1889, 45).
Le corps et les pattes de l’A. Claus, d'après M. Pfeffer, sont « très grêles, peu chagrinés, les pattes ayant de longs poils épars». Ilen est à peu près de même dans le L. antarcticum, encore que les poils un peu longs soient très rares dans cette espèce et que les téguments y présentent, particulièrement sur les pattes (fig. 39), de nombreuses ponctuations munies de poils excessivement courts.
Le céphalon est à peu près aussi long que large et à peine rétréci en arrière ; sa face supérieure, presque en totalité, sert de base au tubercule oculaire (fig. 37), qui a la forme d’un cône subvertical. Dans l'A. Clausi, le tubercule, au-dessus des yeux, « se
rétrécit brusquement pour
Fig. 37. — Leionymphon antarcticum Bouv. — Un exemplaire former une petite pointe »;
© vu de côté. Gr. 7. PSE -
dans notre spécimen, il
n’en est pas tout à fait de même: sur la face antérieure, les génératrices
du cône oculaire sont rectilignes ou même légèrement concaves en
avant ; sur la face postérieure, elles s’infléchissent un peu au-dessus des yeux, mais sans aucun rétrécissement brusque.
Les trois segments antérieurs du tronc (fig. 37) se terminent dorsale-
ment en arrière par un bourrelet transversal peu saillant ; du côté dorsal, ce bourrelet s'élève davantage au milieu, où il se termine par une sorte de pointe obtuse, qui, dans notre spécimen, est légèrement dirigée en arrière. Les prolongements coxaux, dans les deux espèces, sont séparés par des intervalles médiocres ; leur largeur augmente progressivement du côté externe ; ils sont longs presque autant que la largeur du segment correspondant et présentent dorsalement, sur leur bord distal, deux tubercules marginaux. Dans le Z. Clausi, ces deux tubercules sont petits et punctiformes ; dans notre spécimen, ils sont fort irrégulièrement développés, le tubercule postérieur étant plus volumineux et formant une sorte de saillie conique dirigée en arrière et en dehors. Au surplus, les dimensions relatives du corps ne semblent pas les mêmes dans les deux espèces : dans la nôtre, la plus grande largeur du tronc égale presque la distance qui sépare le bord antérieur du front du sommet de l’angle formé par la réunion des prolongements coxaux de la paire postérieure, tandis que, dans le Z. Clausi, cette largeur dépasse d’un quart ce que M. Pfeffer appelle ici la « longueur totale du corps », c’est-à-dire, vraisemblablement, la distance indiquée plus haut (1).
L'abdomen du Z. Clausi «est une pointe grêle verticalement dressée et mesurant presque la moitié de la longueur totale du tronc et du céphalon (Mittelleib) (1); dans notre espèce (fig. 37), il est beaucoup plus fort (à peu près du diamètre du second tibia), en cône obtus et manifestement incliné en arrière, de sorte que sa base ne refoule pas en arc le bord postérieur du dernier segment du tronc.
La trompe (fig. 37) paraît également bien différente dans les deux espèces. Dans la Z. Clausi, elle égale la longueur du corps (Leibeslänge (1), comprenant sans doute le céphalon, le tronc et l'abdomen), se renfle jusqu’à l'extrémité distale de l’avant-dernier tiers, puis se rétrécit ensuite très fortement, l’ensemble de l'appareil ayant la forme d’un grain de blé. Dans le L. antarcticum, la trompe se renfle très peu et s’incurve
(4) Les termes employés par M. Pfeffer ne me semblent pas avoir toujours la même signification, faute d’avoir été bien définis; c’est ainsi que le terme de « longueur totale du corps » (Gesammtlänge des Leibes) signifie parfois la totalité des longueurs de la trompe, du céphalon, du tronc et de l'abdomen, et tantôt la longueur du céphalon et du trone, ces deux parties étant ailleurs dési-
gnées sous le nom de Mittelleib.
Expédition Charcot. — Bouvier. — Pycnogonides. 8
notablement dans son tiers basilaire ; puis elle se dilate brusquement, et, presque de suite, atteint son diamètre maximum ; après quoi elle se rétrécit peu à peu pour atteindre, au sommet, très sensiblement le même diamètre qu’à la base. Ces deux parties de la
trompe sont d’ailleurs assez dissemblables :
le tiers basilaire ayant un contour arrondi
assez régulier, tandis que les deux tiers
Fig. 38. — Leionymphon antarcti- {erminaux se présentent plutôt sous la forme
cum Bouv. — Ovigère de l'exem-
D de d'un trone de pyramide triangulaire, dont les
arêtes sont largement obtuses et les faces longitudinalement déprimées dans le milieu. Au surplus, la trompe du L. antarcticum est plus longue que la largeur du corps, tandis qu’elle est beaucoup plus courte dans le Z. Clausi.
Pour le reste, les deux espèces semblent à peu près identiques et caractérisées par l’étatrudimentaire de la pince de leurs chélicères (fig. 37), où l’on observe à peine les traces d’une bifurcation terminale ; par le développement prédominant du deuxième article des palpes (fig. 37), qui comptent 9 articles, dont la figure ci-jointe donne les dimensions relatives ; par la structure de leurs ovigères (fig. 38), qui sont très semblables Fig. 39. — Leionymphon antarcticum Bouv. — à ceux du ZL. grande, leurs ar- Troisième patte gauche du même ©. Gr 3 1/2.
ticles 2, 4 et 5 étant d’ailleurs
subégaux ; par la longueur relative des divers articles des pattes (fig. 39),
le fémur égalant le premier tibia, et le second tibia la longueur totale du fémur et du dernier article coxal, enfin par les dimensions des griffes accessoires, qui égalent plus de la moitié de la longueur de la griffe principale. Dans le Z. Clausi, le fémur, les tibias et le propode sont fortement comprimés, tandis qu’ils ne le sont pas d’une manière sensible dans le L. antarcticum.
Je relève ci-contre quelques-unes des dimensions de chacune des deux'espèces :