‹ Pygmalion aux cent amours, essaisChapitre 11 sur 25 · LE TRIOMPHATEUR ET L'ESCLAVE · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHATEUR ET L'ESCLAVE

Adalbert entra chez moi au moment où j'étais occupé à compulser tout un lot de vieilles lithographies sur des sujets de chasse, que je venais d'acheter.

Le caractère d'Adalbert s'accorde avec le mien, nous aimons nous retrouver. Curieux de s'instruire, mais impropre à la persévérance, perpétuellement en retard, nonchalant et causeur, il se réjouit de mille projets et s'attendrit sur mille souvenirs, cependant que le présent passe. Je pense qu'il a plus de fantaisie que moi ; je me crois plus sensé, et ma voix le rappelle à l'ordre de la terre quand il s'égare trop dans les nuages.

Je n'interrompis pas ma besogne pour l'arrivée de mon ami. Je promenais légèrement sur chaque lithographie une gomme élastique très molle, afin d'enlever un peu de poussière, et de commencer à réparer l'outrage des ans, qui, pour les objets d'art, n'a jamais rien d'irréparable.

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La lithographie a flori à une époque qui ne s'est pas encore affranchie du ridicule. Aussi n'est-elle appréciée que par peu de gens ; mais son moelleux, sa facilité, son imprécision quelquefois, et, dans les portraits, sa douceur et ses beaux noirs de velours ne manquent pas de charme.

En l'espèce, ce jour-là, il ne s'agissait que d'une réunion sans valeur artistique de petites pièces sur la chasse à tir. Les plus récentes étaient sur fond d'ocre avec rehauts de blanc, de la mauvaise époque de Napoléon III, où l'on aimait les sujets de genre. Il y en avait d'autres plus anciennes, naïves, qui n'étaient marquées d'aucune prétention à l'esprit.

— Ah ! laissez-moi regarder celle-ci, s'écria Adalbert. Ah ! qu'elle me rappelle mon pays !

C'était une bonne vieille lithographie de Langlumé, la Chasse à la Bécassine. Le chasseur est en grandes bottes de marais, mais avec de l'eau seulement jusqu'aux chevilles ; il a une casquette en poil de lapin, sur le flanc une vaste gibecière, et il est prêt à épauler, car le chien tient l'arrêt devant une touffe de joncs.

Ce qu' Adalbert appelle son pays, c'est le Berri, bien qu'il n'y aille jamais, car comme régionaliste il est platonique.

— Voyez-vous, c'est fait chez moi, me dit-il ;

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