‹ Pygmalion aux cent amours, essaisChapitre 15 sur 25 · LE PARAPLUIE · texte numérisé non relu

LE PARAPLUIE

MciL

J'ai renoncé au port du parapluie vers la fin du siècle dernier. Une jeune femme, à qui je désirais de plaire, me dit un soir :

— Je t'ai aperçu cet après-midi (elle me tutoyait, mais elle tu l oyait également tout le monde ; c'était d'ailleurs tout le monde qui avait commencé) ; je t'ai aperçu, tu traversais l'avenue de Messine au moment qu'il avait fini de pleuvoir, tu tenais par le milieu ton parapluie mal plié, tu avais l'air d'un paysan ».

Cette remarque me vexa extrêmement. Cela n'a rien de mal d'être un paysan; je trouve même que, chez eux, ils ont beaucoup de chic ; mais, dans les grandes villes, ils passent pour avoir l'aspect, si j'ose dire, un peu gourde, et je préférais ne pas leur ressembler. 11 faut opter entre le déracinement et la couleur locale ; le citadin en villégiature est, de son côté, facilement ridicule.

J'ai connu un conseiller général de mon dé-

partement qui usait à la chasse ses vieux vêtements de ville. Donc, d'une part, jambières jaunes et gros brodequins, ou bien grandes bottes, mais, d'autre part, habit noir pour arpenter les guérets derrière les perdreaux, et redingote seulement pour le canard sauvage. C'était assez étrange. Il se passait ainsi autrefois des choses curieuses dans mon pays. J'ai vu aussi un vieux \oisin qui arrivait en voiture découverte rendre visite à mes grands-parents : il avait un chapeau de paille, mais, un peu avant d'être en vue du perron, il a sorti d'un petit carton plat un chapeau gibus, l'a fait exploser, et se l'est juché sur le crâne atin de témoigner plus d'attention à ses hôtes. Ce spectacle extraordinaire fut surpris par mon frère et moi du haut d'un sapin (arbre) dans lequel nous vivions comme deux espèces de stylites, ou, plus simplement, de singes, à cette période où les enfants ont des Vocations d'être des Robinsons et où la surface de la terre en France est tellement infestée d'humains qu'il faut se résigner à grimper pour trouver la solitude véritable. Je pense, du reste, que le visiteur coiffé du chapeau claque ne trouva personne, car le gong avait retenti. Nous étions une famille très sociable : comme pour venir nous voir on ne pouvait arriver que par deux avenues, dès qu'une voiture était en vue, un domestique devait taper sur un gong pour que, en principe.

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