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brise facilement et en empêche ainsi la combustion , elle peut même produire une déviation du projectile, selon l’opinion de plusieurs auteurs, et comme elle est de peu d’utilité , on peut la négliger.
Les fusées anglaises, pour empêcher que la composition ne soit lancée au dehors, ont à la partie supérieure une excavation conique renversée et des pas de vis plats dans la lumière.
L’on n’est point encore d’accord sur le choix du bois. Le frêne paraîtrait le plus avantageux s’il ne se vermoulait pas aussi facilement, ce que l’on pourrait cependant prévenir en distillant convenablement le bois mouillé. Les fusées anglaises étaient longtems peintes extérieurement à l’huile , mais on a abandonné ce procédé.
On charge les fusées à la main avec un maillet; ce qui ne peut donner, par des individus différens et à différentes reprises de travail, une densité uniforme, ni par suite des durées de combustion parfaitement égales. On devrait se servir d’un marteau soulevé par une manivelle qui diminuerait fortement les différences, on pourrait aussi, pour activer le travail, faire soulever plusieurs marteaux par un arbre de levée..
On a dans ces derniers tems employé divers moyens pour que la fusée communiquât le feu à la charge du projectile à un point donné de sa trajectoire. Les uns dépendent de la chute du projectile creux dont la charge s’enflamme par le choc ; les autres se règlent d’après un tems donné et sont indépendans de la chute.
Les premiers se basent presque tous sur l’inflammation par la percussion. Il est assez étrange que cette partie des artifices ait surtout été cultivée par des bourgeois ; on ne doit pas s’étonner si la plupart des projets ne peuvent aucunement être adoptés , et si quelques-uns arrachent un sourire involontaire à l’artilleur forcé, malgré lui, de perdre son tems à l’épreuve de pareilles niaiseries. Les projets les plus ridicules reposent surtout sur une disposition intérieure de la fusée, qui s’enflamme par un choc violent à l’extérieur, où, par exemple, du chlorate potassique et de l’acide sulfurique sont séparés par une feuille d’étain qui , se déchirant par la chute du projectile, laisse couler l'acide dans le canal vers la poudre fulminante qu’il doit enflammer. Ces inventeurs ont tous ensemble oublié que le plus grand choc que souffre le projectile, est celui qu’il reçoit dans la bouche à feu où il éclaterait.
Elles ne sont guère meilleures les inventions où l’obus est renforcé à l’œil, ou en forme de cœur, tantôt pourvu d’une espèce de queue de dragon , ou à rayures pour qu’il tombe toujours sur l’œil et comprime ainsi une grande capsule sur la fusée ; ni celles où une pointe, s’enfonçant à l’intérieur, y produit l’explosion d’une capsule, ni selon d’autres propositions, des obus où la simple compression de l’air enflamme la composition .
1 De* épreuve* anglaUe*, en 1798, ont prouvé qu’il *ufBiait, poùr empêcher de* obu* concentrique* de tomber *ur la fu*ée , de lier dan* le* mentonnet* quelque* bout* de corde* qui forment une queue , et maintiennent aiu*i la fu*ée en l’air.
On cite avec avantage une méthode américaine consistant en une fusée de bois très-mince qui se brise au moment de la chute, par l’action d’un poids en plomb , qui y est fixé. Mais l’on ne connaît point le secret de l’inventeur pour prévenir ce bris de la fusée , quand on place l’obus dans la bouche à feu.
Le moyen le plus simple pour que la fusée communique le feu à un teras donné est, ou de la couper à la longueur calculée d’après les épreuves sur la durée de la combustion , ou de la forer sur le côté , pour que la flamme en jaillisse à l’instant donné et communique le feu. Si l’on ne veut point autant de fusées que l’on peut avoir de distances , on peut forer la composition en haut ou en bas, à une certaine profondeur, de sorte que cette partie forée agira comme une étoupille et s’enflammera instantanément ; la durée de la combustion de la fusée sera diminuée de cette même longueur. On a proposé, pour se servir de la même fusée à toutes les distances , d’ajouter eu la chargeant comme d’ordinaire une broche en fer poli qui la traversât suivant son axe, et fût garnie en haut d’un bouton ; on retirerait cette broche au moyen d’une pince jusqu’à la longueur marquée par un trait sur la broche ou par une mesure qu’on y appliquerait. La composition brûlerait instantanément comme une étoupille jusqu’au point ou la broche fermerait le vide qu’on vient de former, et de là elle brûlerait successivement comme une fusée ordinaire.
Les fusées de Hellwig et de Blumenstein se composent de fusées vides en bois dans lesquelles on place
lorsqu’on charge, un cartouche de papier chargé de composition, de la longueur déterminée par la distance , et on l’y colle au calice ; la fusée en bois est mastiquée dans le projectile.
Quelques puissances font encore usage des fusées à feu mort. Leur composition ordinaire est de 2 parties de pulverin et 1 partie de cendres de bois, d’argile, de cendres d’os, ou de coquilles d’œufs pulvérisées; ainsi la composition donnée avec trop de substances incombustibles, les fusées brûlent beaucoup plus lentement et avec moins de clarté; la flamme en est cependant visible de jour, comme je l’ai essayé souvent et on la suit de très-loin : un tiers des fusées à peu prés ratent.
UÈCHE.
La mèche est en usage depuis fort long-tems, on l’employait jusqu’au commencement du XVP siècle pour les armes portatives et les bouches à feu, et depuis , seulement pour les dernières. Son emploi avec les armes portatives est déjà formellement mentionné en 1278. On se sert de la mèche aux bouches à feu soit immédiatement pour communiquer le feu , soit par l’intermédiaire de la lance à feu qu’elle enflamme.
Ce serait un avantage très-important de pouvoir par les amorces fulminantes se passer de la mèche ; car même avec la plus grande précaution, il est difficile d’éviter des malheurs au feu et des accidens en route
avec la mèche enflammée. La quantité que chaque pièce en consomme pendant une campagne est trèsforte, puisque chacune en entretient deux. Si 1 pied de mèche brûle pendant une heure, et si l’on a, terme moyen, 8 heures de marche par jour, chaque batterie en consommera journellement 128 pieds; elle occupe ainsi un grand espace dans les voitures déjà si étroites.
Elle est en étoupes filées légèrement avec le déchet du chanvre, et d’autant meilleure que celui-ci est plus propre et plus séparé de l’écorce en bois. Cependant des éclats pris de cette écorce paraissent favoriser la combustion de la mèche, qui ne brûlerait que difficilement si on la laissait sans préparation ultérieure; car les fibres du chanvre sont recouvertes d’un enduit de gomme, qui leur donne leur brillant caractéristique et les rend peu combustibles , toutes les espèces de gommes étant difficiles à carboniser. On doit donc soustraire cette gomme à la mèche , ou lui ajouter une substance qui la rende plus combustible. La première opération se fait en la dissolvant par des cuites dans l’eau chaude, ou en la détruisant par de l’eau chargée de potasse ( lessive de cendres) a laquelle on a enlevé l'acide carbonique par de la chaux caustique, ou> encore en la chauffant doucement dans du sable, ce qui lui soustrait l’eau et la fait écailler. La mèche préparée par des eaux de cendres ou de potasse doit être bien lavée, parce que sans ce lavage elle absorberait facilement l’humidité et se gâterait. On la soumet quelquefois à une fermentation, qu’on continue jusqu’à un commencement de
pourriture pour détruire la gomme. Elle devient plus combustible, quand on la plonge dans des dissolutions d’acétate ‘ ou de nitrate de plomb ou de salpêtre, etc.; si elles sont chaudes, il suffit de l’y laisser un quart d’heure, si elles sont froides, il lui faut davantage.
Beaucoup d’artilleries ajoutent un peu de salpêtre à la lessive ordinaire ; la bouse de vache que d’autres y mettent est plutôt nuisible qu’utile ; car l’albumine qui se dissout est contraire à la combustion; sa matière extractive donne la couleur jaune à la mèche et doit être favorable à la combustion.
Selon les données françaises un pied de mèche lessivée brûle pendant 2 i heures ;
Chauffée 1 heure dans de l’eau bouillante, elle brûle pendant 3 heures avec un charbon de 4 lignes de longueur ;
Plongée 10 minutes dans une dissolution bouillante d’acétate de plomb , 3 heures avec un charbon de 12 lignes (en lin) ;
Plongée 10 minutes dans une dissolution bouillante d’acétate de plomb, 2 heures avec un charbon de 8 lignes (en chauvre);
Plongée 1 heure dans une dissolution de nitrate de plomb, 1 heure avec un charbon de 15 lignes.
L’acétate de plomb ou le salpêtre peuvent , d’après la proposition du général Lamartillière, rendre le papier, etc., propre à en faire de la mèche , en ce qu’il
* DécouTcrte du général Lamartillière en 1796.
devient combustible et ne s’éteint pas aussi facilement. 11 est facile à comprendre que si on veut améliorer de la vieille mèche par de l’acétate de plomb , on doit d’abord la bouillir très-fortement pour détruire le carbonate de potasse.
Les baguettes de Cadet (1784), taillées dans du bois de tilleul, séchées pendant un jour dans un four à 36", trempées pendant 6 heures dans une dissolution trèsconcentrée d’acétate de plomb , et plongées ensuite plusieurs fois dans de l’buile de térébenthine ne paraissent pas s’être soutenues.
L’on n’a pas encore recherché avec soin si la fumée de mèches trempées dans des dissolutions de sels de plomb pouvait être nuisible dans des casemates, par la volatilité des sels, du reste, c’est peu probable.
La mèche incendiaire est la mèche ordinaire cuite dans du salpêtre, coupée par morceaux qu’on trempe dans de la composition incendiaire.
ÉTOUPILLKS.
Les anciens artilleurs remplissaient la lumière de poudre qu’ils conservaient dans une boite séparée, ils nommaient cette opération amorcer , et se servaient pour l’effectuer d’un dégorgeoir rond en laiton, tandis que pour percer la gargousse, ils en employaient un triangulaire en fer.
Les efforts pour obtenir un tir rapide qui , de l’infanterie furent dirigés à l’artillerie , firent penser à des méthodes plus expéditives , et le colonel Geisler,
au service de Saxe , découvrit en 1797 les éloupilles. Elles furent bientôt adoptées dans toutes les artilleries, si ce n’est celle de la Turquie qui emploie encore , à ce qu’il parait , la poudre.
Il y a d’après le genre d’inflammation deux espèces d’éloupilles : les unes qui, devant être poudrées avec du pulvérin, ne prennent feu que par cette opération, et non immédiatement par la mèche ou la lance à feu, et celles que l’on enflamme directement pour épargner l’emploi du pulvérin. Les premières ont une charge très-vive, les secondes une composition plus lente; celles-là donnent une inflammation plus certaine, celles-ci épargnent du teins et des frais, et même du danger, parce que le pulvérin tombe facilement , surtout la nuit, sur l’affût, s’enflamme et atteint les munitions des coffrets. Plus le feu des étoupilles est violent , plus le coup parait être énergique.
Le cartouche des étoupilles est ou de fer blanc , ou de cuivre, de zinc, de papier , de roseau ou de tuyaux de plumes. Les cartouches métalliques sont chargés à la main avec de la poudre grenée , sur une broche à étoupilles , ou dans un petit moule à étoupilles , de manière qu’il y reste à l’intérieur un vide conique. La tête qu’on garnit de quelques brins de coton passés dans les trous est enduite de pulvérin humecté. Les cartouches en roseau, en plume ou en papier, sont ordinairement collés à une tête en bois et plongés avec leur extrémité inférieure dans une pâte de poudre, jusqu’à ce qu’ils en soient remplies et percés ensuite suivant leur axe, au moyen d’une aiguille. En
France on coupe les deux extrémités du roseau en sifflet, on les réunit au nombre de 1000 dans une caisse en bois, où ils sont serrés , on les arrose avec une dissolution de gomme (30 grains de gomme sur 1 litre d’esprit de vin), on ajoute de la gomme à la poudre en pâte qu’on rend assez liquide pour être versée dans les cartouches (1 litre d’esprit de vin avec 1 kilogramme de pulvérin). On les retire de la caisse quand ils commencent à sécher, on les lave extérieurement, on les perce, et après les avoir laissés sécher pendant plusieurs heures, on fixe à la tête de chacun avec du fil, quatre bouts de mèche de communication. £n Suède on enduit de térébenthine la tête en bouleau , on les amorce et on y ajoute du coton préparé avec du pulvérin. Les Espagnols employèrent longtems des tuyaux de jonc ou de paille , dans lesquels ils passaient un brin de mèche de communication ; ils ont actuellement les étoupilles françaises.
Il est plus avantageux de les charger sur des blocs que sur des tables; parce que la composition se séparerait suivant sa pesanteur spécifique, par la vibration des planches.
Les étoupilles métalliques offrent l’inconvénient que, mises en contact avec de la poudre, elles s’oxident facilement, surtout celles en fer blanc et en laiton. 11 serait possible de prévenir leur oxidation par un vernis à l'esprit de vin; on la diminuerait aussi en séchant plus rapidement la composition par un moyen artificiel.