LA5CES A FED
La première mention des lances à feu date de 1521; elles étaient connues à Milan et ont été peu changées depuis.
Le cartouche est en papier et en Espagne en jonc. Les Anglais les ont faits d’abord de papier mâché ; ils étaient plus fermes que les mêmes en papier, mais ne pouvaient servir qu’avec un fort diamètre de composition , parce qu’avec une faible flamme ils ne se consumaient pas; cependant les lances à feu deviennent par cette raison inutilement cher, ne devant donner qu’une faible flamme, elles sont en outre visibles de loin, ce qu’on veut éyiter. La composition ne devant pas être fort lumineuse, ne peut contenir ni antimoine, ni beaucoup de soufre salpêtré; elle doit laisser peu de résidu liquide , parce que les gouttes en seraient dangereuses ; il faut donc qu’elle s’écarte le moins possible de la poudre, qui , de toutes les compositions, laisse le moindre résidu. Une compression convenable et, si elle ne suffit pas, l’addition d’une substance peu combustible, donneront des lances à feu dont la combustion sera de longue durée. Plus elle dégage de chaleur, plus elle brûle facilement l’enveloppe et plus aussi celle-ci peut être épaisse et par suite durable. La méthode de l’artillerie saxonne, d’ajouter un peu de poudre grenée , ne repose sur aucun autre principe.
AHOBCES ET MÈCHES DE GOMHUNIGATIOH.
Des surfaces unies de composition prennent difficilement feu , même lorsque leur nature approche de celle de la poudre, il est donc nécessaire de leur donner une enveloppe plus inflammable , c'est-à-dire plus légère et plus rude; ce qui se fait au moyen du pulvériii, qu’on applique en forme de bouillie, par l’addition d’un liquide et qu’on laisse sécher.
On applique absolument de la même manière du pulvérin en forme de pâte , sur du coton filé , ou mieux on plonge celui-ci dans la bouillie susdite , on la sèche et on la poudre de pulvérin sec, pour préparer la mèche de communication.
Le liquide qu’on emploie pour humecter le pulvérin n’est pas indifférent. L’eau rend le mélange difficile, parce que le pulvérin surnage et ne peut y être mêlé qu’avec peine; elle dissout un peu de salpêtre et donne par suite , après la dessiccation , une masse assez solide et compacte, dont la surface est couverte d’une pellicule de salpêtre ; l’amorce adhère ainsi fortement , mais est difficilement inflammable par le salpêtre. L’alcohol rend le mélange facile , ne dissout aucun salpêtre et rend la préparation trèscombustible ; mais celle-ci a peu de consistance , se détache facilement comme la poudre. Si l’on prend de l’alcohol étendu d’eau, le mélange est encore facile, un peu de salpêtre se dissout , mais pas assez pour former une pellicule, quoique suffisamment pour rendre la
préparation consistante. Â mesure qu’un des élémens del’alcohol prédomine, il exerce une inQuence nuisible ou avantageuse. Il parait être préférable de prendre un alcohol concentré et de remplacer sa vertu d’adhésion par un peu de gomme.
Ceci est la raison pour laquelle une amorce préparée avec de l’alcohol , brûle avec plus de force que celle qui est faite avec de l’eau et non pas , comme on l’admet généralement , parce que l’alcohol favorise la combustion. Une amorce bien séchée ne contient plus d’alcohol. I
La mèche de communication enflammée à l’air, et surtout un seul brin, s’éteint facilement, parce que l’enduit rarement sec est peu combustible. Mais si on l’entoure avec un corps mauvais conducteur du calorique, pour que l’air froid, le vent,etc. ne puissent avoir aucune influence ; si on la passe , par exemple , dans une enveloppe en papier, ou si on en enflamme plusieurs brins réunis, pour que l’un chaufl’e l’autre , elle brûle très-rapidement. Sa combustion est cependant trop incertaine pour s’en servir comme feu de communication.
FUSÉES SPOICTAIfÉES '.
Il est souvent désirable de produire sous l’eau une
inflammation sans feu de communication, et de placer
dans des caissons, qu’on est forcé d’abandonner, des
> Seltistiüuder.
amorces qui ne produisent leur effet qu’au bout de quelque teros. Les fusées spontanées servent dans les deux cas, dans le premier elles doivent s’enflammer par l’eau et dans le second par l’air humide.
Le potassium convient le mieux pour la première espèce; il est déjà dans le commerce et une once suffit pour 40 à 50 fusées, si on le conserve soigneusement dans l’huile de pétrole, pour en prévenir l’oxidation. Il ne donne aucun danger par le transport, ou au toucher, etc. Si l'on veut mettre le feu sous l’eau , on place dans la lumière un tube en fer blanc, fermé inférieurement , assez long pour dépasser la surface de l’eau, on le charge avec la quantité nécessaire de poudre bien séchée et on y jette, un peu avant l'instant où l’on veut faire feu , une boulette de potassium bien desséché.
On suspend au-dessus du tube un petit bocal profond, dans lequel on verse quelques gouttes d’eau , on le retourne de loin au moyen d’un cordeau et on enflamme ainsi le potassium et par suite la poudre.
On peut se servir d’une manière tout-à-fait pareille du chlorate de potasse et de l’acide sulfurique. On place sur la charge une couche d’un mélange de chlorate de potasse et de poudre, et on verse dans le bocal quelques gouttes d’acide concentré. On peut retenir avec un fil le bocal disposé de manière à ce qu’il tende à tourner son ouverture en bas; ce fil, mouillé par de l’acide sulfurique, se rompra quelques minutes ou un quart d’heure après , selon que l’acide sera concentré, le bocal se renversera et
mettra le feu à l’amorce. Cette méthode peut servir aussi , dans certaines circonstances, à faire sauter les magasins des batteries d’attaques; le petit appareil qu’elle nécessite , peut facilement s’adapter au couvercle d’un baril à poudre.
Les moyens que l’on peut employer pour produire après quelque tems l’inflammation spontanée des caissons , n’ont pas encore été examinés suffisamment, sous le rapport de leur disposition sûre , ni du tems qu’il leur faut pour enflammer.
Si l’on veut une amorce qui agisse après une demiheure , on grattera le résidu qu’on trouve dans une bouche à feu , et on le renfermera de suite dans un flacon bien bouché. On en prend deux onces , qu’on place dans du chanvre enveloppé d’un papierhumide, et on pourra compter avec assez de certitude sur l’inflammation , surtout si on y place un peu de papier apprêté avec du pulvérin. Le pyrophore de Gay-Lussac, préparé avec de l’alun calciné et de l’argile, produirait le même effet.
Pour une inflammation plus tardive encore , un assez fort paquet de chanvre, de lin ou de laine, trempé dans de l’huile de lin bouillie, et poudré avec du noir de fumée, donnera un moyen assez sûr de dégager de la chaleur. Quatre livres de laine sufSsent et produisent l’inflammation au bout de 10 à 12 heures. De la toile cirée fraîche , enduite d’ocre et serrée très-fortement dans de la paille , s’enflamme de la même manière; de même des copeaux frottés fortement avec de l’huile de lin et de la suie, prennent déjà feu après
quelques heures. L’argile fortement calcinée, que l’on couvre encore toute chaude avec de la paille et du chanvre, agit de même quand on ne la place pas dans un endroit trop sec.
Nous ne pouvons décider jusqu’à quel point le droit des gens autorise de pareils moyens; on a souvent proposé d^ semblables méthodes d’inflammation, mais l’histoire ne nous apprend pas qu’on en ait fait usage. Cependant une mine, sur laquelle on laisse établir tranquillement une batterie ennemie, et un brûlot, ne sont rien autre chose que de pareilles explosions.
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