CHAPITRE IV
De» Futée» de tignaux.
Quoique les fusées soient connues depuis les tems les plus reculés, comme feu de joie, signal et arme de guerre , le genre de préparation des nou velles fusées de guerre , a été tenu secret par toutes les puissances qui les ont adoptées. Ne pouvant donc rien en dire d’important, nous donnerons l’histoire des fusées aussi complète que possible, et la préparation des fusées qui servent de signaux, etc.
HISTOIKE DES FUSÉES.
Les fusées n’étant que depuis peu de teras l’objet d’investigations sérieuses , ont à peine une histoire. Elles se préparent seulement à exposer leur valeur au jour et à ramener à la vérité les préjugés en leur faveur ou obstinément contraires. On ne verra avec certitude ce qu’elles produisent , ou pourront en général produire, que quand une guerre aura dévoilé les divers systèmes et les aura éclaircis.
Des artiâces analogues aux fusées ont été em-
ployés Irès-lôt. Le philosophe Léo doit en avoir préparé en 880, dans iin laboratoire secret , pour l’armée de l’empire romain d’Orient. Marcus Græcus décrit, en 840, une fusée qui avait une haute enveloppe en papier et portait un marron entouré de ficelle ; elle n’avait ni baguette, ni vide intérieur et paraît donc plutôt avoir été une espèce de serpentin. Sa composition consistait en 0 parties de salpêtre , 2 de soufre et 2 de charbon , ainsi :
eO de salpêtre ,
20 de soufre,
20 de charbon.
cbquise rapproche assez de celle usitée aujourd’hui.
Don Jayme I" , roi d’Arragon , employa en 1238, au siège de Valence (?) de grands serpentins de 4 peaux de parchemin contenant des matière combustibles , qui éclataient à l’endroit où ils tombaient. L’Égypte connut quelque chose d’analogue 1249. Albertus Magnus parle de pareils projectiles ; il les dit chargés de deux compositions différentes, l’une (probablement la composition incendiaire) formée de salpêtre, de soufre et d’huile de lin; l’autre, la composition produisant le mouvement, composée de salpêtre, de soufre et de charbon, mais demandant plus de salpêtre et moins de soufre. En 1370 et 80, les Padouans doivent avoir incendié Mestre' par leur moyen. Orléans se défend en 1428 avec des fusées. Dunois les fit lancer en 1449, contre Pont-Audemer, et déjà
alors on les désigna sous le nom de Roquet. Ën 1452, Bordeaux fut battue par des fusées, et en 1453Gand, où on les nomma engins volans. En 1465 , on tira des fusées devant Corbeil au moyen de bouches à feu. En 1498, les Indiens lancèrent des fusées prés de Mélinda, pour célébrer l’arrivée des Portugais. Hanselot parle en 1630 de fusées avec des obus. On les employa en 1586, comme moyens d’éclairage et comme projectiles contre la cavalerie. On leur donna des calottes pointues en fer, des pétards chargés de balles, et on entourait l’enveloppe de matières incendiaires. Un vieux manuscrit recommande des enveloppes en fer, qu’on doit vernir pour les préserver de la rouille. Déjà alors on mentionna le bruit des fusées comme très-alarmant.
Simienowicz en 1650, connaît parfaitement les fusées de signaux et décrit leur confection tout-à-fait d’après la méthode usitée. Il parle d’un traité d’artifices écrit depuis 90 ans, ainsi en 1560, qui donne aussi leur confectiou. Simienowicz parle déjà de fusées de 100 livres, et donne leur construction. En 1561, un petit ouvrage français (^Traité contenant ylutieurs articles de feu) propose des fusées de cuir verni.
En 1666 on tira un grand feu d’artifice au sujet du mariage d’une princesse impériale, où on lança à la fin 10 fusées de 100 livres, 10 de 130 et 10 de 150.
En 1688, on fit des épreuves à Berlin avec des fusées de 50 et de 120 livres qui portaient une bombe
de 16 livres (?). Leur composition était île 9 parties de salpêtre, 4 de soufre, et 3 de charbon , ou :
60, s do lalpètre.
26,0 de toufre ,
ISjS de charbon.
Les fusées avaient des cartouches en bois couverts de toile , dans lesquels la composition était pressée.
En 1746, Robins fit des épreuves sur l'ascension des fusées. Les Indiens tirèrent des fusées en 1750. Ruggieri, en 1780 en France, fit des recherches pour tirer des obus et des biscaïeus au moyen des fusées. Hyder Âli, qui avait 1200 raquettiers (artilleurs chargés de lancer les fusées), les employa en 1788. On confectionna en 1700 et 1798, en France , des fusées pour un corsaire; parmi elles se trouvaient celles de Chevalier, dites phosphoriques, qui devaient être lancées contre la voilure. Lariboissier proposa en 1792, comme arme de guerre, les fusées sous le nom de fouquettes. Plus tard Tippo Saib employa 5000 raquettiers contre les Anglais, et de cette époque datent les efforts faits en Europe pour les perfectionner. La fusée indienne a un cartouche épais en fer de 8 pouces de long et de 1 s de diamètre , garni en haut de pointes aiguës. La baguette est en bambou de 8 à 10 pieds de long, quelquefois aussi elle est en fer. Elles étaient réellement jetées à la main par les raquettiers, et firent beaucoup de mal à la cavalerie. Les fusées des Birmans sont de hauts troncs d’arbres creux qui
n’ont point d’obus et qn’on tire contre les remparts.
Les épreuves en France avec de fortes fusées n’ayant point réussies, Congrève fit en 1804 à Wooiwich, des essais avec des fusées modifiées , qui donnèrent une plus grande portée que celle qu’on avait obtenue jusqu’ici. Leurs cartouches étaient en papier. Plusieurs épreuves postérieures donnant encore de meilleurs résultats, leur introduction fut résolue; mais devant Boulogne, où elles devaient servir en premier, elles firent peu d’efifet, parce qu’ellfes ne pouvaient traverser les toits; et même, quand elles perçaient des planches épaisses et quand elles s’y logeaient , peu y mettaient le feu. La composition consistait d’après l’analyse de Gay-Lussac de :
76,0 de aalpêtre,
S3,4 de aoufre ,
1,6 de charbon,
ce qui répond parfaitement au mélange de 91 parties de soufre salpélré et de 9 parties de pulvérin, d’après les considérations données plus haut ; mais le feu en est trop lent. De même ses fusées destinées à incendier Copenhague firent peu d’effet d’après le témoignage de tous les témoins oculaires. Car outre les fusées dont on ne connaît point le nombre , on tira contre la ville encore 6412 bombes, 4966 boulets, et beaucoup de balles incendiaires ; cependant quelques fusées pénétrèrent très-profondément; ainsi l’une d’elles, après avoir percé le toit traversa trois étages et se logea encore dans un mur. Il en fut de
même en 1809 à l’atlaque de Vile d’Aix; malgré ce peu d’effet ces projectiles attirèrent l’attention générale, et furent regardés comme formidables.
Gongrève établit en 1809 le laboratoire royal à l’arsenal de Wooiwich , qui continua à fabriquer des fusées et qui les expédia aux colonies. On ne fit que des fusées ihcendiaires , les baguettes étaient sur le côté, et l’on mettait de l’argile sur la composition.
Les fusées employées devant Aix avaient une composition de
02,44 de lalpêtre,
23,18 de charboa,
14,38 de aonfre,
elle avait absorbé , sans doute par la forte quantité de charbon, 14 pour ®[o d’eau.
Gongrève introduisit en 1800 des cartouches en tôle et de plus courtes baguettes; ils avaient été jusqu’ici de papier gris laqué.
Les fusées allèrent si mal devant Flcssingue, que d’après le dire des Anglais mêmes, elles revinrent sur la batterie.
En 1809, Gochrane fit un essai malheureux avec des fusées contre Galloo ; bientôt après le capitaine Schuhmacher fit les premières épreuves en Déaemarck, avec des fusées qui, parait-il , eurent de bons effets, et qui donnèrent lieu au système établi plus tard de ne considérer la fusée que comme un porte-projectile. On partit dans ces épreuves des premières fusées anglaises , dont on en avait trouvé une qui n’était pas
brûlée, après le bombardement de Copenhague ; les frais montèrent très-haut; en 1808 un petit corps de raqiiettiers était déjà organisé, on en fit usage sur une petite flottile , que Schuhmacher commanda ; en 1814, il fut formellbment organisé. En 1811, on employa sans effet dans et devant Cadix des fusées, et en 1813, à la bataille de Leipsic et devant Wittemberg , on en obtint peu de succès, parce qu’elles traversèrent larcmcui uu luil. Slli/3 ûi 1 /Ui pbU uo uial la même année devant Dantzig, puisque sur 100, 10 à peine entrèrent en ville, et incendièrent un hôpital. Le capitaine français Brulard avait appris en Danemarck à connaître plus particuliérement les fusées qu’il imita avec assez de bonheur dans Hambourg ; ses essais ne furent cependant pas poussés plus loin.
En 1813 on se servit devant Glogau des fusées de signaux pour jeter sur les toits de la ville des proclamations et des extraits de gazettes, où on pouvait les lire sans être remarqué. Ils étaient réimprimés sur du, papier très-fin et entouraient légèrement la baguette à laquelle un fil minoe les retenait jusqu’à la chute.
Garnier proposa dans cette année, pour éviter le déplacement du centre de gravité , une fusée qui portait au chapiteau et à la lumière une chaîne pendant librement , sur laquelle un poids pouvait se mouvoir. Il proposa aussi une filsée à ricochets , garnie devant de deux pieds, pour sauter au-dessus, des inégalités du terrain.
Le colonel Augustin^ de l’état-major-général autri-
chien, vit en 1813 les batteries anglaises de fusées, attachées au corps du général Walmoden, connut plus tard les fusées danoises, ■rit en 1814 arec soin les fusées de Congrère à Londres , se rendit de là à Copenhague , où , d’après une convention entre les deux puissances , Schuhmacher doit lui avoir communicjué son procédé j on établit d apres cela à Ra-
ketendorf, près de Wienerisch-Neustadt , un labora-
En 1814, Congrève changea la forme cylindrique des fusées en celle conique, et commença le premier à lancer des obus au moyen des fusées.
En 1 8 1 5, les Américains firent d’heureuses épreuves avec les fusées, auxquelles ils imprimèrent un mouvement de rotation par des trous forés obliquement , les tirèrent hors de grands tubes, et évitèrent ainsi la baguette. Déjà Heath avait confectionné auparavant à Boston, des fusées qui avaient des plumes au lieu de baguettes , pesaient 5 livres et avaient une portée de 2000 toises. Les Autrichiens avaient cette année une batterie de fusées devant Huningue , mais ils ne l’employèrent pas.
Des épreuves françaises faites à cette époque ne donnèrent point de résultats favorables.
En 1817 , Congrève fonda sa fabrique privée à Bovr, vis-à-vis de Woolwich, pour préparer des fusées pour la compagnie des Indes orientales. Le capitaine Parlby de l’artillerie du Bengale , les imita aux Indes et leur donna un mouvement de rotation par une disposition intérieure, sans doute semblable à celle de l'Amé-
rique. Il avait un tube comme Gongréve et une baguette plus courte.Gongréve s’emporta très-fort contre cette nouvelle fabrique, et sa valeur en campagne; elle eut pour résultat d’approvisionner directement la compagnie des Indes orientales. Le journal de Calcutta : Britiêh Indian military reponitory, contient des débats intéressans sur cet objet.
En 1819, on envoya beaucoup de fusées à Geylon; leurs dimensions, composition, etc., sont données par Dupin dans son voyage en Angleterre ; elles paraissent contenir des quantités considérables de chlorate de potasse. Gongrève fixa la baguette suivant l’axe , d’abord au moyen d’un étrier, puis d’une plaque. Il commença à cette époque à distinguer les fusées en sky et yroundrocket* ( fusées de plein fouet et à ricochets). Il tira les premières au moyen de tubes (cavallerytuhe) isolés, ou de chars qui portaient 10 à 1 5 tubes liés entre eux [volley catriaye»).
On fit vers cette époque des épreuves avec les fusées à Varsovie, sous la direction du général Bontems; Bem en a fait connaître les résultats.
En 1821, un détachement de raquettiers autrichiens se rendit en Italie, on lança quelques fusées devant Ântrodocco, mais on ne put en voir de grands effets àcausede la disparition rapide des Napolitains.
En 1823 , Gongrève obtient un brevet pour une liaison particulière du chapiteau avec la fusée, qui portait cinq fusées; en tournant le chapiteau on amenait à volonté la lumière sur une de ces fusées.
En 1826, on organisa à Varsorie un laboratoire de fusées.
En 1828 (?), les Autrichiens voulurent incendier au moyen de fusées des vaisseaux dans le port d’Alger, ils ne purent y réussir d’après les feuilles publiques.
La même année on fit des fusées à Turin qu’on imita absolument des Autrichiens.
En 1829 , les anciennes épreuves qui n’avaient pas réussi furent reprises en France; les récits de Toulon en parlent d’une manière très-défavorable ; cependant les nouveaux essais de 1831 , à Metz, paraissent avoir réussi assez pour qu’on projette l’organisation de telles batteries. Les nouvelles fusées françaises portaient la baguette suivant l’axe, et un obus d’un diamètre plus grand que le cartouche.
On ne s’est servi qu’une seule fois de fusées dans la guerre de la Russie contre la Turquie, ainsi que dans celle contre la Pologne, où, surtout d’après le dire des officiers qui en étaient chargés , on obtint de très-bons résultats , principalement de celles tirées par les tirailleurs. Les Russes doivent s’être servis de chars à tubes, c’est-à-dire neuf tubes liés entre eux sur une espèce d’affût , pointés par une même vis et tirés d’un seul coup.
En 1829, on tira des fusées de plus fort calibre, contre un ouvrage de fortification de Linz; l’on doit y avoir obtenu des résultats admirables sur la justesse des fusées.
Dans l’automne de 1830, le vice-roi d’I^ypte fit venir d’Angleterre quelques milliers de fusées de tous
calibres, et fut trés-salisfait de quelques-unes qu’on lira corame épreuve au Caire.
En 1 831, on a essayé en Suisse des fusées de guerre. Une fusée de campagne de 2 pouces pesait G livres; elle fut tirée comme les anglaises , hors d’un tube de 6 pieds, avec 6“ d’élévation; elle donna une portée de 1100 pas, avec 8° de 1500, et avec 10° de 18 à 1000. Sur 5,3 touchèrent le but à 1100 pas. Celles de 3 pouces, pesant 18 livres, étaient destinées à l’artillerie de position.
On s’est servi dans les derniers tems de fusées con tre des baleines, pour jeter des ancres, ou pour jeter, des câbles à des vaisseaux échoués, et aussi pour jeter une cinquenelle au delà d’une rivière pour en faciliter le passage. La fusée pour baleines , dont l’on montre un modèle à l’arsenal de Woolwich,et qu’un de nos amis, le capitaine Coiqhoun , a employée luimême dans son voyage àScoresby*, a un long cylindre en fer comme lest antérieur, et est tirée hors d’un long tube en tôle, au moyen d’une platine de fusil. Elle pénètre à plusieurs pieds dans l’animal. Les fusées pour ancres réussissent complètement ; les ancres se logent si bien qu’on peut se faire passer la rivière avec un canot. Comme moyen de sauvetage pour des vaisseaux échoués, elles paraissent préférables au mortier de Mauhys, employé sur quelques côtes, et ne sont même pas surpassées par la nouvelle flèche de IHurrav, qu’on tire hors d’une bouche à feu. La fusée a encore l’avantage qu’en voyant sa trajectoire, on peut juger si le câble a atteint le vaisseau.
ASCERSlOir DES POSEES .
Si l’on remplit un cartouche cylindrique d’une longueur de 5 à 6 diamètres, avec un mélange pareil à celui de la poudre, et qu’on l’y tasse si fortement que le feu ne puisse se communiquer à toute la masse, mais que le cylindre de composition ne puisse brûler que par couches , la combustion devra durer bien plus long-tems. Si on suspend , à son centre de gravité, un pareil cartouche chargé totalement et qu’on mette le feu à un des bouts de la composition , il se développera à la surface enflammée une force qui ne pourra agir qu’en avant et en arriére,sui vant Taxe longitudinal; les forces latérales de tous les points enflammés se détruisant mutuellement, elle ne pourra donc que chasser en avant l’air, et repousser en arriére le cartouche. Celui-ci doit donc se mouvoir en arriére comme un pendule , tout-à-fait comme le canon déchargé de Hutton , dans l’épreuve de la poudre , si ce n’est, qu’ici le mouvement a lieu par à coups, tandis que provenant plutdl d’une pression, il est plus lent avec la fusée , mais aussi plus durable. Plus la résistance est grande d’un côté , plus l’action du côté opposé devra être forte; il est donc facile d’entrevoir pourquoi le cartouche est d’autant plus repoussé, que la composition brûle plus profondément , puisque la colonne d’air que le gaz qui se dégage doit chasser hors du cartouche en partie vide, augmente toujours. Ainsi déjà la combustion de la composition d’un car-
touche chargé massiyement, doit communiquer à celui-ci un mouTement vers le côté non enflammé ; c’est sur ce principe que repose le mouvement des roues d’artifices , mues par des fusées , etc.^ auxquelles on rétrécit la lumière pour augmenter encore la pression des gaz qui se dégagent, et par suite leür elTet. Cependant cet étranglement ne suffit pas encore pour que la combustion d’une couche massive de composition puisse donner une rapidité un peu grande à un cartouche même léger. Nous voyons clairement ceci avec les serpentins, qui, malgré la légèreté de leur cartouche et leur petite lumière , ne peuvent voler qu’à 15 ou 20 pieds , même lorsqu’il^ sont lancés par une forte main.
11 faut pour exercer une plus grande force, produire plus de gaz et en augmenter la tension dans le même tems , ce qui se fait le plus simplement en conservant la même lumière et en augmentant la surface en combustion , et par suite la masse de gaz qui se dégage dans le même tems. On produit cette augmentation de surface en formant un vide dans le cylindre massif de composition; ce vide a toujours une plus grande surface que l’aire de la section horizontale du cylindre; plus il est grand et profond , plus la surface en augmente, et plus est grande la qualité et la tension des gaz qui se dégagent , et par suite plus est grande la vitesse initiale du cartouche.
Ghaquecylindrede composition aura son maximum de perforation et de vitesse initiale , qui , jusqu’à cette limite, pourra être réglée à volonté; mais comme
avec l’agrandissement de la perforation, la quantité absolue de composition et avec celle-ci la quantité absolue de gaz diminuent , et que par suite la composition doit être comburée plus rapidement , tant par sa diminution quantitative, que par la grandeur de la surface enflammée, l’action de la force sur le cartouche aura d’autant moins de durée, que la vitesse initiale aura été plus grande. Il faudra donc ici une limite, jusqu’à laquelle on pourra augmenter le vide, pour obtenir le maximum de l’elTet général , parce que passé ce point, l’intensité de la force, perdue dans le premier moment, ne peut remplacer celle qui manque plus tard.
Si la perforation est trop petite pour vaincre le frottement du cartouche sur le chevalet ou son moment d’inertie, le tuyau restera immobile après son inflammation , jusqu’à ce que la perforation se soit assez agrandie, pour que la force, répondant à la tension actuelle puisse vaincre la résistance. La composition brûlée avant ce moment , étant consommée inutilement, on ne peut faire la perforation plus petite que celle qui est nécessaire pour mettre le cartouche de suite en mouvement. La plus grande force, par suite la plus grande vitesse , et aussi le plus grand danger pour la conservation du cartouche, ont lieu, d’après la forme de la perforation , sur dilférens points de la trajectoire que parcoure la fusée, parce qu’aussitôt la composition brûlée , la fusée doit être regardée comme un projectile doué de la vitesse finale de la combustion de la charge , vitesse qui décroît à chaque instant.
Lo mouvement d’une fusée provient donc, pour le répéter, de la tension d’un gaz pressant également dans tous les sens; chaque pression est détruite par une autre qui lui est égale et opposée, ou est du moins inactive pour le mouvement, à l’exception de celle qui agit suivant l’axe , dont la pression opposée est détruite par la force qui jaillit de la lumière, et qui meut ainsi la fusée ; il ne s’agit donc , les circonstances étant du reste les mêmes, que des élémensqui déterminent la grandeur de la tension de ces gaz, ou, ce qui est de même, du rapport entre la eurfaoe enflammée et le diamètre de la lumière.
Quoique simple et peu forcée, cette explication, qui peut, comme analogue à d’autres phénomènes, s’appliquer aux diverses modifications , n’a pris quelque racine que dans les derniers tems.
On expliquait anciennement l’ascension des fusées par l’appui du jet enflammé sur l’air atmosphérique ; mais cette explication , qui regarde la flamme comme un corps solide, n’est pas du tout admissible. On peut même en montrer l’inexactitude par des expériences. Je plaçai un petit moulin à réaction ' sous la cloche d’une machine pneumatique, je fis le vide et introduisis
‘ Le moulin à réaction est un cylindre creux qui se trouve verticalement sous un réservoir d'eau, et qui est mobile autour de ton axe Au tiers inférieure de sa hauteur, se trouvent des ajutages Horizontaux et creux, qui ont tous un orifice latéral percé suivant leur direction. Si on verse de l’eau dans le cylindre vertical , elle s’écoule par ces orifices et le cylindre tourne dans une direction opposée.
de l’eau dans l’appareil, et le cylindre tourna plus rapidement que dans l’air. Watt et Evans firent la même expérience avec le même appareil pour la vapeur, et ils obtinrent le même résultat. Pour faire l’expérience avec la fusée même , j’attachai aux baguettes de 20 fusées d’une livre , à 3 pouces au-dessous de la lumière , une petite planchette , qui , ne permettant pas au jet de jaillir directement, aurait dû empêcher l’ascension. Quelques fusées crevèrent , les autres s’élevèrent comme de coutume.
On crut plus tard pouvoir admettre l’infiuence de l’atmosphère comme ofiTrant une résistance à la sortie du gaz , et comme donnant par suite à celui renfermé encore dans l’intérieur, une tension plus grande que s’il se dégageait dans le vide. Mais la plupart des fusées de signaux restent un moment en feu sur l’appareil, parce que leur perforation n’est pas assez grande, et raréfient donc tant l’air intérieur, qu’il ne peut plus offrir de contre-poids suffisant. Si l’on admet avec Moore une tension de 2000 ou même de 1000 atmosphères dans la lumière , la seule atmosphère extérieure ne pourra entrer dans l’évaluation.