H». II
(88) Plin. 11,99.
VOYAGEUR. 55 était imputée par un écrivain plus récent , n'était guère observée par les autres plus anciens qui lui reprochaient sa faute à Toc casion du flux autour du promontoire Sacré.
A l'exception de Thulé, dans ces régions les plus septentrionales, il ne subsiste, disait Pythéas, ni terre, ni mer, ni air ; on y trouve seulement une espèce de concrétion de ces élémens , semblable au poumon marin, matière qui enveloppant de tous côtés la terre, la mer, toutes les parties de l'univers en est com me le lien commun et au travers de laquelle on ne saurait nairi guer ni marcher. Il ajoute , que quant à cette matière pareille à la substance du poumon marin , il peut attester qu'elle existe, parce qu'il l'a vue , mais que le reste , il le rapporte sur la foi d'autrui (89). Il l'a vue : mais il n'a pas parcouru toutes les parties de l'univers pour vérifier ce qu'on lui disait du poumon. 11 l'a vue : mais il ne s'explique pas s'il l'a vue de loin ou s'il y a touché? Si cette concrétion lui fut indiquée du doigt, ou présentée dans la main. Anciennement l'inaccessible Océan était encombré d'entraves bourbeuses, enfoncé dans les ténèbres de l'atmosphère , les voyageurs karthaginois constataient ces faits , et on ne doute pas de leur navigation. Devant le navire de Pythéas, tous ces contes disparurent jusqu'au climat de Thulé, jusqu'au climat de la zone glaciale où le soleil est ordinairement couvert de nuages où les pluies surabondent, la bruine offusque la vue et la brume suffoque. C'est là en terminant son cours , qu'il laissa agir son illusion. N'y a-t-il pas eu de tout temps des voyageurs très-instruits , qui ont vu des choses que la seule illusion leur présentait. Ces méprises servaient plutôt de preu • ves qu'ils avaient été sur le lieu de leur déception. Ce poumon extraordinaire préoccupant le regard du voyageur, qui n'est plus accusé de fantaisie miraculeuse ou monstrueuse , est à mon avis un fait constatant la véracité de ses narrations qui nous font sortir du cercle des connaissances rétrécies des autres Grecs , et nous conduisent sur le chemin du progrès , familier aux temps plus récents.
Il est avéré par l'expérience des siècles les plus féconds en découvertes , que chaque terre nouvellement trouvée, grandit aux yeux de celui qui l'a visitée le premier; toujours elle occupe
(89) Pyth. ap. Strab. II, page 104.
sur la carte géographique plus de place , et grand nombre de régions très-étendues, se sont dissipées en petits îlots. Si le voyageur n'est pas assez heureux pour avoir quelques renseignemens des indigènes , il ne peut deviner, ni l'étendue , ni la forme du pays que le hasard lui présente partiellement. Pythéas , n'était point instruit par les habitans de la Bretagne sur l'étendue de Thulé. Peut-être eux-mêmes ne le savaient-ils pas. De sa part, il agit très-judicieusement lorsqu'il évita toute conjecture, et laissa dans l'incertitude , si cette découverte est une île ou un continent. 11 a reconnu qu'il parcourut dans la direction du nord 5ooo stades pour arriver du promontoire Orcas jusqu'à Thulé. Ce promontoire est le point septentrional de l'Écosse , ou d'une des îles des Orcades qui se présentent sur la route et lui prêtent le nom d'Orcas. De ce point, la distance de 3ooo stades conduit vers les îles Schetland et indique très-positivement, la découverte et l'emplacement de Thulé (90).
La Bretagne est entourée à l'occident d'îles de différentes grandeurs. Aucun fragment ne nous laisse à penser que Pythéas en ait fait mention. Mais aucun de ses adversaires dans l'antiquité ne lui reproche cette ignorance ou cette négligence de sa part ; ce reproche au reste, aurait été très-imprudent. Le voyageur massilien , ne pouvait parler des îles occidentales que par les ouïdire des Karthaginois : peut-être qu'il s'en méfiait , et même qu'il ne les connaissait guère. 11 pouvait en avoir des notions par les renseignements des indigènes Bretons: peut-être qu'il les a demandées à ceux qui n'en avaient point ; les autres n'étant pas interrogés , n'en dirent rien , sans qu'ils aient voulu par leur réticence les dérober à son savoir, car on néglige ordinairement à communiquer les connaissances plus familières sur lesquelles on n'est pas questionné. Grand nombre de voyages sont sous ce poids d'insuffisance. Au reste toutes les citations des anciens , relatives à la Bretagne sont faites en gros , elles n'entrent dans aucun détail , et elles ne nous ont conservé aucune mention sur les îles qui se présentaient au voyageur massisilien, sur sa route depuis Orcas jusqu'à Thulé. 11 est probable
(90) Avec le temps, la traverse des Orcades à Tîle Scbelland , ne diminua pas beaucoup. Ceux qui s'embarquent pour Tbulé , dit Solin , ( polyhistor , chap. 22) , emploient sept jours et sept nuits pour armer des Hébrides aux Oicades, et des Orcades à Thulé, cinq jours et cinq nuits.
VOYAGEUR. 35 que la suite des Orcades , lui semblait être une prolongation du continent Britannique (91).
Pythéas à la manière de tout voyageur habile , combinait les relations des indigènes , avec ce qu'il avait vu, avec les distances prises, et la direction de sa route, pour se former une idée de ses découvertes et les retracer sur une carte. Pour être exact dans cette opération, il lui fallait sur tous les trois angles de son triangle britannique, et dans Thulé , connaître la longueur du jour ausolstice. 11 avait Bélérion en dehors de son chemin. Il n'y était pas; il a touché de suite Cantion, Orcas et Thulé , dans des jours biendifférents du jour solsticial. Sur ces trois points, sa clepsydre ou son horloge d'eau lui a donné dans différents jours , les chiffres sur lesquels il a fait des conjectures approximatives pour la longueur du jour solsticial, autant que le temps couvert et pluvieux, le soleil nébuleux et invisible le lui permettaient, autant que la saison rembrunie lui permettait de saisir la lumière du jour. Par conséquent , ses conjectures , se montrent erronées parce qu'elles placent les deux points plus au nord de 3 degrés , et c^elui de Thulé à six degrés. Les barbares lui montraient le lever et le coucher du soleil invisible , et cette indication s'accordait avec ses conjectures et son erreur. Par suite de ce défaut, on a accusé Pythéas de mensonge, supposant qu'il a proposé cet emplacement au hasard et qu'il n'y était pas. Mais ce bon géographe Strabon qui l'accuse avec tant d'animosité, quels meilleurs renseignements sur la grandeur , la figure et l'emplacement de la Bretagne s'était-il procurés? Lisons sa description et regardons sa carte (92). Mais voyons, ôoo ans plus tard le fameux astronome Ptolémée, commet la même erreur sur les deux points et ne la diminue du troisième , de celui de Thulé qu'à moitié , c'est-à-dire à 3 degrés fg3). Doit-on en conclure, que personne n'a visité ces trois points, et n'a pas fait d'observations sur la longueur du jour
(91) Gosselin ne voulant pas admettre la réalité du voyage de Pythéas , y voit une foule d'invraisemblances qu'il réduit à six comment., il n'a pas su, il n'a pas vu} ou bien il a commis telle faute (Recherches IV, page 177, 178). Je crois avoir expliqué dans le courant de mon mémoire cette apparente insuffisance, dans les notions que quelques fragments nous ont conservées , et des erreurs du voyageur , j'espère plutôt en tirer l'indice de leur réalité, que le démejiti.
(9 2 ) Voyez la carte B* II.
(cfî) Voyez la carte n° 12.
et que tous ceux qui en ont parlé sont menteurs ; dirons-nous que l'antiquité ne connaissait ni Athènes , ni Byzance , ni Karthage, parce qu'ordinairement la latitude de ces lieux offrait une erreur terrible. Remarquons plutôt que le défaut des latitudes poussées trop au nord , n'est pas une erreur particulière de Pythéas, mais générale de la géographie du siècle. 11 est évident qu'il y avait des difficultés, qu'on ne savait pas alors aplanir pour obtenir des résultats plus exacts.
Une erreur beaucoup plus grave se présente dans la latitude et remplacement de Bélérion , puisque sa latitude y est rejetée plus au sud , à peu près de quatre degrés. J'observerai quelle ne résultait guère de l'observation de Pythéas, mais que ce point en a été privé. Pythéas, après avoir déterminé lui-même la latitude de Cantion etd'Orcas,etla distance itinéraire de 20000 stades entre ces deux points, cherchait à combiner les notions surles autres parties de la Bretagne , autant qu'il a pu s'en procurer. La distance itinéraire entre Cantion et Bélérion , était la seule qui lui donnait quelque confiance ; le reste, la latitude de Bélérion et l'itinéraire entre Orcaset Bélérion, furent plutôt à deviner, et il les a proposés au hasard. Il a très-bien remarqué que le côté oriental qu'il parcourait, déclinait vers l'occident, mais il a exagéré cette déclinaison , comme cela arrive aux voyageurs ; il semble même qu'il n'a pas assez saisi les détours de plusieurs golfes , qu'il n'a pas réduit son itinéraire et en le prenant en ligne directe , il a donné au côté parcouru une extension d'un tiers plus longue en proportion que celle qui était plus universellement connue entre Cantion et Bélérion: par suite, ses combinaisons et ses conjectures sur la latitude de Bélérion offrent des résultats bien fâcheux. Je crois que par l'appréciation de l'origine et des sources des erreurs de Pythéas , sa présence sur le lieu et son voyage sont le mieux avérés (94). Nous reviendrons encore sur ce point, et nous approfondirons toute la complication de ses erreurs. L'antiquité qui les remplaçait continuellement par d'autres erreurs , s'ein-
(94) Voyez la carte n<> 7. Je reviendrai encore sur la configuration et l'emplacement de la Bretagne donné* par Pythéas. En retraçant ses conceptions, je m'écarte de l'opinion de tous les investigateurs modernes et particulièrement de Gosselin, qui a touIu forcément rejeter les fautes que Marinos et Ptolémée ont commises en crayonnant la figure de la Bretagne , sur Pythéas , dans lequel il a voulu absolument trouver 00 un voyageur modèle sans défaut, ou un menteur.
VOYAGEUR. ' 37 porte contre le Massilien, crie au mensonge. Ne convient-t-il pas de se demander où sont ces mensonges. Cette antiquité colère par ignorance , ne nous en a signalé aucun : car commettre une erreur n'est pas mentir.
Nous avons suivi Pythéas jusqu'à un point le plus reculé au nord, qu'il soit parvenu d'atteindre , après plusieurs mois de voyage. Il nous a indiqué lui-même, la marche lente de sa galère, lorsqu'il évalue le trajet de Gades au promontoire Sacré à cinq jours ou a5oo stades. Or, pour arriver de Marseille au promontoire Sacré , il lui fallait au moins 20 jours, parceque la navigation de Marseille jusqu'au détroit des Colonnes , évaluée à 7000 stades , était bien connue et plus facile qu'ailleurs. Mais depuis le promontoire Sacré pour tourner le reste de l'Europe , et tout le golfe Celtique jusqu'à la pointe Calbion, il avait besoin, au moins de f\o jours. Depuis Calbion jusqu'au détroit et au promontoire Cantion i5 jours pouvaient lui suffire. Ce nombre répond à l'espace de 7500 stades ou 1 5 jours de navigation du littoral opposé de la Bretagne , depuis Bélérion jusqu'au Cantion. De Cantion jusqu'à Orcas, les 20000 stades indiquent un passage de 4o jours. Enfin , depuis Orcas jusqu'à Thulé , 6 jours ou 3ooo stades. On peut donc estimer tout le temps que Pythéas employa pour arriver jusqu'à Thulé au moins à 121 jours, ou quatre mois de navigation. Ens'avançant ainsi au Nord il y a appris la marche de l'agrandissement et de la diminution consécutive du jour. Les habitants lui indiquaient le coucher du soleil , et lui assuraient qu'il y avait des saisons où la nuit était continuelle (95). Puisqu'il lui fallait montrer le coucher du soleil , il est évident qu'il ne l'a pas vu , la brume le lui dérobait. Dans sa description de l'Océan, il dit : « des barbares nous ont montré le coucher du soleil. Car il arrivait dans ces lièux là, que la nuit était extrêmement courte , elle ne durait que 2 ou 3 heures ; et le soleil disparu sous l'horizon , après un court intervalle, reparaissait à son lever (96). » 11 est donc évident par les propres paroles de Pythéas
(95) Pythéas ap Cosm. indicopl. II, pag. 149
(96) ytvr It 7<iït wipî Itv mxtareiv wtirpa.y/xal tu,ultnt «Wçi, Vit iitîxtvtt
ln> fAr tvxla. xatliKit pjxpètr yirtrtat ûp5r o7ç /*t» fit iïç ït y* &Jlt ptlèc Inr JW/r yuiapiù h»KilfA(M^H >f?o/i*îror iwata.lly.Xiir tvriut lit ÏAm. Pjlhcas , apud Gemita. 5 p. aa.
que ce n'est que d'après les indications des barbares qu'il déterminait la longueur du jour solsticial , que lui-même n'a point vu ce long jour, et par conséquent, qu'il s'y trouvait dans une saison éloignée du solstice d'été, avant ou après le solstice. S'il est parti de Marseille vers la fin du mois de décembre ou au commencement de janvier , il se trouvait vers le milieu du mois de mars et vers la fin d'avril à Thulé , il lui fallait le reste d'avril, le mois de mai, et les premiers jours de juin pour revenir de t Thulé à Caution, pour continuer son entreprise et passer les jours de solstice sur les rivages de la Celtique rhénane. Cette conjecture s'accorde avec ses récits, puisqu'il assure de plus que, revenant de ces contrées , il parcourut toutes les côtes de l'Europe, sur l'Océan , depuis Gades jusqu'au Tanaïs (97).
Pythe'as reprend son voyage pour aller au-delà du Rhin jusqu'au Tanaïs.
En revenant de sa navigation vers le Nord, Pythéas , sans entrer dans le détroit de Caution , tourna à gauche , et côtoya l'Europe ultérieure. Quelques jours de traverse vers l'orient , le conduisirent à l'embouchure du Rhin.
(97) Pythéas ap. Strab. III, page io4 — Le texte de Strabon présente ici une difficulté d'où on a voulu tirer de singulières conséquences. Il dit : xai Stolt liratl^ut îrSi'rff wàCa» ixtXïu wap«»x ta. itl ir Int Eifiwnt à*» Ta^w'pwr ï«*ç Tarai . 11 s'agit comment expliquer le verbe signalant son retour. Par ce mot tTartA£»r , on a cru distinguer ses deux voyages ; on s'est imaginé que de retour à Marseille , il reprit pour la seconde fois son cours pour visiter tout l'espace extérieur de l'Europe. Bougainville observa que l'aoriste îirariAJwr n'est pas bien rendu * par revenus ; il n'indique pas étant revenu, mais en revenant de sa navigation vers le Nord il côtoya l'Europe. Les autres, pour concilier une embouchure du Tanaïs que Pylhéas disait atteindre , avec l'embouchure du Don , croyaient que le second voyage n'était guère dans l'extérieur sur l'Océan , mais plutôt dans l'intérieur de la mer méditerranée , jusqu'à la mer Noire et la mer Aïof où le Tanaïs se décharge. De Brequigny proposa de petits changements dans le texte pour faire cette assertion plus claire. Gosselin s'empresse d'admettre cette ingénieuse invention, puisqu'il croit que Pythéas observait l'ombre du gnomon à Byxance et qu'il y était célébré le jour du solstice. C'est une belle manière dans les recherches que de changer le texte des auteurs et de leur faire parler au gré des scrutateurs. Gosselin, renchérit sur tous ceux qui se sont exercés dans ce métier érudit, lorsqu'il propose une continuelle métamorphose de chiffres concordants dans le texte de Strabon, pour y créer une concordance d'un autre genre. Mais ces changements sont tout-à-fait déplacés. Nous remarquerons en outre que Pythéas n'a jamais observé le gnomon à Byiance, rt qu'il a réellement visite les rivages au delà du Rhin.
VOYAGEUR. 59 Au-delà du Rhin habitaient les Ostions 'n«7<aiu, 'nrfi«M< (98). Plus loin se présente un golfe appelé Mentonomon, qui a 6000
stades d'étendue.
Les Guttons , peuples de la Germanie ", habitent les bords de
ce golfe.
Dans ce golfe , à une journée de navigation du continent , il y a une île , nommée Abalus ou Abalcia, 'AC<*)ixi«, sur les bords de laquelle les flots, au printemps déposent du succin. Cette substance est une déjection de la mer concrète. Les habitants le brûlent au lieu de bois, ou le vendent aux Teutons dont ils sont voisins (99).
Les Teutons, habitent le continent. Le texte de Pline qui rapporte le récit de Pythéas, nous force à quelques remarques. Pline dit : Pytlieas... diei navigatione inmlam abesse Âbalum , Mue vere fluclibus advehi (le succin) , et esse concreti maris purgamentum, etc. Huic Timœus credidit sed insulam, Basiliam vocavit ( Pline , xxxvu, 11 ). La même île portait donc un double nom. Pythéas l'appela Abalonou Abalcia ; Timée Basilia. Diodore de Sicile, qui copiait les descriptions de Timée , vient à l'appui de cette observation, car il donne à cette ile le nom de Basilia (a). Cette différence prenait certainement son origine dans une mauvaise copie de Pythéas dont se servait Timée en le répétant , mais elle était remarquée par Pline et Diodore. En attendant, un autre passage de Pline dit : Xenophon Lampsacenus.... insulam esse immensœ magniludinis Balliam ( Abalciara J , tradit. Eandem Pythéas Basiliam nominat (Plin. iv, 27}. C'est le sens que nous présentent les éditions, et la répétition de Solinus (xix, 6). Il est en contradiction avec l'autre passage précédemment cité , et attribue les différentes appellations de l'île , tantôt à Pythéas , tantôt aux autres. On expliquait, et l'on excusait cette contradiction , par l'inadvertance de Pline , qui accorde le nom timéen à Pythéas, et le nom pythéen à Xénophon. Certes cette explication a été très-probable. Cependant je crois pour cette fois délivrer Pline d'une semblable méprise , car la discordance
(f)8) Pythéas ap.Strab. TT,pag. Sq, et ap. Sleph. Byt. h. v.
(î)9) Pjlhe* 8 a P Plin. IVi 27,XXXVIT, 1 , 11; Solinus XIX, G ; limants apud Diod. Sic. V, a3, et ap. Plin. XXXVU, 11,
(a) Tiç 2***i«f 1î« iwtfV*» T*>uli*t *J*»iix P 6 UVê xtkctyU 7« »*f«rtr
i wpt**>ep«v«/A»r«i BaSiAu». Diod. Sic. V. 33.
40 PYTIIË4S
n'y est qu'apparente : elle existe dans la transposition bizarre de son style , dans l'omission d'une parenthèse, et dans la ponctuation déplacée. Il faut lire : Xenophon Lanipsacenus insulam esse immensœ magnitiulinis, {Abalciam tradit eandem Pythéas), Basiliam nominal. C'est donc Xénoplion qui nommait Basilia , cette même île que Pythéas disait être Abalcia. Xenophon répéta la mauvaise copie de Timée.
Enfin Pythéas arriva jusqu'à l'embouehure septentrionale du Tanaïs et y termina ses découvertes (100).
D'après tout ce qui a été relaté par les anciens, on peut dire avec certitude , que les êtres de la géographie poétique lui ont été tout-à-fait étrangers. Il ne rechercha point les habitations des Gimmériens , des Hyperboréens, ni l'emplacement de l'Eridan et d'autres fantaisies , mais il alla à la reconnaissance des peuples qui existaient réellement , et rapporta leurs noms véritables. Il était le premier qui eut donné à la géographie , les noms des Ostions , des Guttons , des Teutons , et peut être des Germains , qui furent retrouvés 5oo ans plus tard par les Romains dans les mêmes cantons (101). Les Celtes et les Scythes séparés par le Tanaïs , et l'embouchure septentrionale de cette rivière , étaient un problème éminemment géographique, qui devait préoccuper toute son attention. Il lui appartenait de distinguer les peuplades gauloises et celtiques des peuplades d'une autre race. Où il croyait apercevoir cette distinction , là il fixait les limites et la fin de la Celtique et le commencement de la Scythie; là, la première rivière plus considérable qui se jette dans l'Océan vers le septentrion , est nécessairement le Tanaïs.
Il est certain que Pythéas , se servit du nom de Tanaïs , qu'il l'a appliqué à l'embouchure d'un fleuve qui se perdait dans l'Océan septentrional : mais rien ne nous dit, qu'il ait partagé l'opinion d'un Tanaïs à double embouchure. Son copiste Timée distingue le Tanaïs du nord, de celui qui se jette dans le Méotis.
(100) Pythéas ap. Strab. II, jiag. 104.
(101) Gcrmanorum gênera quinque : Vindili, quorum... Guttoncs: alternm gentis, Ingœvone» , quorum pars. .. Teutoni.. l'roximi autem Kheno fstaeroncs... (Plin. IV, u8>. — Célébrant carminibits antiquis Tuistonem. . et filium Mannum... Manno treafiliot arguant, c quorum noraintbus. . ca-teri Istaerones rorentur (Taeiti Germ. 2) Tran» l.ygion, Gothones rognantur (ibid |3).
VOYAGEUR. 41 Il n'avait selon lui rien de commun, excepté le nom (102). 11 est plus que probable , que c'était l'opinion de Py théas. Le voyageur éclairé, sans avoir le vrai nom delà rivière qu'il voyait, lui donnait le nom convenu dans la géographie du temps, celui de Tanaïs : mais il concevait l'invraisemblance de son identité avec le Tanaïs méotide, soit par les relations des barbares, soit par ses propres conjectures. Le double Tanaïs et le triple Eridan furent dans ces siècles là, l'objet des conjectures et des hypothèses , comme sont de nos jours le Nil et le Niger , et tôt ou tard ce dernier disparaîtra des cartes , et reprendra son véritable emplacement sur les cartes anciennes près du mont Atlas.
Où a-t-il indiqué la fin orientale de la Celtique, c'est aussi une question bien difficile à résoudre. L'école aristotélique qui bientôt a eu connaissance des ouvrages de Py théas, savait qu'il y avait dans l'intérieur de l'Europe une chaîne de montagnes Arciniennes (io5). Elle surpassait par sa grandeur celle des Rhipes ou Rhiféenne, chaîne scythique, et donnait l'origine aux rivières de la première grandeur, qui se dirigeaient vers le nord et se jetaient dans l'Océan septentrional (io4). Cette école, savait aussi que Germara est une nation celtique (io5). On peut y conclure , que la Germanie , à l'opinion de Pythéas fesait partie de la Celtique et qu'elle était avec la Celtique , terminée à l'est par le Tanaïs.
Mais son copiste Timée parlait de plusieurs îles sans nom , parmi lesquelles il en estime une située vis-à-vis et à une journée de navigation de la Scythie surnommée Raunonia ; sur les bords de cette île anonyme la mer dépose de l'ambre au printemps (106). Cette île anonyme possède donc toutes les attribution. s de l'île Basilia ou Abalcia qui, à l'avis de Timée lui-même , était placée sur une mer de l'Océan , qui baignait les côtes de
(102) Timaeiuap. Diod. Sicul. I Y. 58. Pour expliquer le passage des Argonautes de la Colchide à l'Océan, par le fleuve Tanaïs, Timée disait que les Argonautes remontant le Tanaïs de Méotis, furent forcés à transporter leur vaisseau par terre pour descendre par un autre Tanaïs vers l'Océan.
(103) Montagne, forêts Hercyniennes.
(104) Paeudo Aristot. meteor. I , i3. Ce sont les rivières Tanaïs , Rhin , Caram byca.
(105) Aristot mirab. auscult. V, ap.Steph. By*. voce Tip^ap*.
(106) Timacus ap. Plin. IV, 37.
Ai PYTHÉAS
la Scythie au-delà de la Galatie ou de la Celtique (a). Cette Scythie est donc surnommée Raunonia , et les Teutons, auxquels les insulaires vendaient leur ambre, habitaient la Scythie Raunone, ou Rhénane (107). Toutes ces particularités se rangent singulièrement , et se rattachent à des notions détachées et isolées de Pythéas en les suppléant, car il est plus que certain, que les écrivains postérieurs puisaient dans les détails de sa narration et en enrichissaient la terminologie géographique.
Avant le voyage de Pythéas , on disait en Celtique , et les Grecs le répétaient, que les peuples septentrionaux souffraient beaucoup par suite des inondations fréquentes , on disait même, qu'ils ne voulaient point reculer devant le débordement de la mer et en s'y opposant les armes à la main, ils périssaient plutôt (108). Pythéas et son copiste Timée parlaient de la haute-marée qui submergeait les îles entre la Bretagne et la Celtique ; ensuite lorsque l'Océan se retire, la langue de terre qui les joint à la terre ferme, se découvre entièrement, et elles ne sont plus alors que des presqu'îles ( 1 09). Depuis que les Romains connurent mieux les îles et le littoral entre le Rhin et l'Elbe , on parla plus souvent de débordements et des inondations (no). Les rivages y étaient continuellement mouillés et minés par les eaux ; on y voyait les îles flottantes , ou les portions de la terre détachées et voguant avant d'être submergées. Les îles disparaissaient ou se formaient , la mer fesait des brèches terribles dans la terre ferme et y formait ses golfes , ses lagunes , ses lacs. Les dévastations plus récentes sont connues (m). Le terrain étant sablonneux céda à la violence de la mer et aux ravages effroyables. Les îles visitées autrefois par le Massilien et par les Romains , disparurent ou diminuèrent en étendue. L'exploitation du succin fut coulée à fond.
Les bords du golfe Mentonomon furent habités par les Teutons et les Guttons ; le succin était déposé sur les rivages de
(a) Timaeus apnd. Diod. Sic. V. 23.
(107) Scytharum nomen transit in Germanos Plin. IV. ->5.
(108) Ephorn» apnd Àristot. cthicoT. Eudemior. III, IJ ap. Strab. VIT. pag. 2q3; Aeliani rar. hist. XII, a3.
(109) Diod. Sic. V, 17
(no) Contemporanei apud Strabonem VII, pag. 2<)3. (m) En 1200,1218-1221, 1277-1987, i3fia, etc.
VOYAGEUR. 43 l'ile Âbalcia. Trois siècles après, les Romains visitant les armes à la main, les vingt-trois îles entre le Rhin et l'Elbe appelèrent une d'entre elles Glessaria à cause du su ce in qu'on y trouvait ; elle était nommée par les barbares Austrania (i i a). Une autre portait le nom de Burcbana et on retrouve ses restes dans l'îlot Borkum d'aujourd'hui. Aucun nom actuel ne répond plus à Àustrania. Mais l'ile Baltrum rappelle l'ancienne Abalcia ou l'immense Basilia. Une peuplade germanique ou teutoniquo , qui portait le nom do Guttons devait y demeurer alors près de la rivière Jabdé. Pythéas n'a rapporté aucune idée de la péninsule de Jutland : la géographie fut privée de cette notion jusqu'au temps des Romains. Tout nous porte à croire qu'il a terminé son voyage dans le golfe Mentonomon à l'embouchure de l'Elbe (u3). Il y était vers le milieu de juillet. 11 lui fallait à peu près cent jours pour retourner, et il pouvait revenir à Marseille dans la même année vers la fin d'octobre.
Opinion des Grecs sur l'Occident depuis Pythéas jusqu'aux Romains.
Le voyage de Pythéas ,*n'avait rien de comparable parmi les contemporains, ni dans les siècles précédens. 11 surpassait de beaucoup l'expédition de l'ancien Himilcon. L'espace parcouru par cet ancien, de Karthage jusqu'aux Cassitérides, pouvaient être évalué a 65ooo stades, celle de Pythéas à 90000 stades. Quelques années après , le navigateur macédonien , Néarchos , parcourut les côtes méridionales de l'empire subjugué , depuis l'Inde, jusqu'à l'Euphrate. La longueur de sa course fut évaluée à 25ooo stades. Mais Pythéas a fait le double de g3ooo stades , en y comptant son retour, c'est-à-dire 186000 ; or, c'est plus de sept fois autant qu'en a fait Néarchos. Supposant même que l'espace
(na) Plinius IV, a8
(l i3) Pour ceux qui désirent voir Pylhéas , courir la mer Baltique, retrouTcr le Tanaïs dans la Dunadontle nom ressemble au Don : la Raunonie dans les environ» des rivières Radauna et Kheda , les anciens Guttons près de la Vistule ; le golfe Mentonomon à l'orient de la péninsule danoise , ou au nord de la Prusse : je ferai remarquer que les noms de Baltia, Abalcia , et de la mer Baltique, tirent leur origine des langue» lcttcs, et signifient blanc En litbuanien Imitas, en letton Italts, en slsiT- »on biali , bialhi. La mer Baltique, ou Blancbe. Le nom des détroits Belt,k aussi du rapport avec la Baltique , ou bien avec la dénomination Slavonc de 1» flèche belt.
entre Marseille et Gulbiou fut assex eonnu aux Massilicns et à leur voyageur , il reste 45ooo stades pour aller et revenir sans soutien dans des plages inconnues; l'expédition de Néarchos était soutenue et secourue par la inarche de l'armée victorieuse. 11 n'y a donc rien d'étonnant si les Grecs , en apprenant cette extraordinaire entreprise , se montraient incrédules par ignorance. Je dis par ignorance , car ils se disaient eux-mêmes ignorants dans tout ce qui concernait l'obscur et inabordable Occident.
Le voyage et la description de Pythéas pénétrèrent bientôt en Grèce et provoquèrent une attention méritée. L'école aristotélique a été la première qui a voulu les apprécier. C'était une époque infiniment féconde pour la science. De toutes parts et surtout de l'Orient arrivaient des connaissances sans nombre, pour la physique, pour l'histoire naturelle, pour la géographie. L'expédition d'Alexandre ouvrit à la science le monde inconnu. Il fallait du temps pour que des notions plus déterminées arrivassent , mais d'avance les péripatéti tiens furent encombrés dans leurs études, d'une masse de contes sur les choses réelles ou inventées , de descriptions vraies ou fabuleuses, sans avoir d'idée fixe pour le discernement. Ils étaient forcés de sortir de leurs anciennes conceptions et ne pouvaient se décider à prendre un parti. Dans cet état de l'esprit , les narrations de Pythéas ont eu un sort inégal. Dicéarchos vers 3a i , corrigea les fautes et les préjugés de l'ancienne géographie , dressa une carte et la dédia à son condisciple Théophraste, qui la fit suspendre sous les portiques de l'école pour l'usage général ( 1 1 4) • Dicéarchos ne croyait pas aux récits de Pythéas (î 1 5). 11 aima mieux retracer sur sa carte un Océan inconnu , que d'admettre les descriptions qui outrepassaient ses conceptions. C'était te fruit de son ignorance.
Les autres de cette école, par-ci par-là, admettaient différents récits massiliens. Les ouvrages sur la météorologie et sur les curiosite's merveilleuses en sont une preuve. Attribués à Aristote même, ils furent rédigés quelques années plus tard, sous l'influence de l'impression variée que fesaient les nouvelles découvertes. Peut-être ces ouvrages furent-ils bientôt interpolés , mais on y voit les idées surannées, les fragments de différentes hypo-
(i i4) Diog. Laerl. 5i; Cicero ad. Alt. II, 2; VI, 2. (i i5) Polyb. ap. Strab. il, pag. \o\
VOYAGEUR. 45 thèses macédoniennes , les opinions phœnicienncs , et les traces des recherches de Pythéas. On n'y trouve rien de ce qui concerne la Bretagne , mais on y trouve : les chaînes arcyniennes d'où découlent vers le nord les grandes rivières, une nation celtique Germara.
Au nombre des écrivains de l'école aristotélique, je compterai Hécatée d'Abdère, condisciple d'Aiexandre-le-Grand. Il a publié un fameux ouvrage surlesHyperboréens,dontle titre décèle une vieille idée poétique rajeunie sous sa plume. Elle devait s'allier aux nouvelles découvertes et y prendre une place éminente au détriment de la science et du bon sens. Hécatée , énumérant tous les êtres mystérieux de la géographie septentrionale , enrichit leur nomenclature d'une rivière scythique récemment trouvée en Orient par le conquérant, qu'il a appelée Paropamissos et plus encore des promontoires et des îles Celtiques , qu'il a probablement puisées dans les relations véridiques de Pythéas, pour les entrelacer dans les plages superboréennes.On rencontre d'abord suivant Hécatée, le promontoire Lytarmis qui appartient à la Celtique , puis le fleuve Carambycis à l'endroit où finit la rigueur du climat et où se termine la chaîne riphéenne. L'île Elixoïa habitée par les Hyperboréens aussi grande que la Sicile, disait-il, était à l'embouchure du Carambycis au-dessus de la Celtique. Ceux des Hyperboréens qui possédaient les rivages d'Elixoïa à l'opposite de la dite rivière, portent le nom de Carambyciens(n6). Ce serait une peine perdue si nous voulions éclaircir les relations de l'ignorance et de l'embrouillement mysthique , comme elles se trouvent dans les fragments de Hécatée : mais si nous les transportons sur le terrain de la véracité du Massilien , la Celtique reconnue par ses investigations, ouvre ses sinuosités pour ces noms perdus. Je n'ose cependant proposer de chercher Elixoïa dans Oleron et la rivière Carambyce dans la Garonne , Garumna.
Nous avons déjà plusieurs fois observé , que personne n'a répété aussi exactement les récits de Pythéas que Timée de Tauromenion. Il l'a copié avec toute confiance. En qualité de Siciliote , il était plus à portée de juger de l'authencité de ses découvertes.
(116) Hecat. Abdcr. a|-uJ Stcpb. 1m ? voce 'Ea/çc»* KMfa.y.Clx«n) ay.Diod. Sic. I, 4 7 , Plin.lV, 14.
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Cinquante ans après Pythéas, Timosthénès , avec une flotte du roi Ptoléniéo, parcourut en 272 , toute la mer interne et celle au-delà de Sicile. Mais il visita , les rivages de l'Etrurie légèrement et il ne toucha point à ceux de Libye. Cependant il fit connaître à l'école d'Alexandrie, l'emplacement géographique de Marseille (117) et il est probable qu'il apporta les ouvrages de Pvthéas.
L'école savante d'Alexandrie a su bientôt apprécier le vrai mérite de Pythéas. Eratosthénès vers 226 et après lui l'astronome Hipparche vers 160, remarquèrent dans Pythéas un écrivain instruit et savant , ils admettaient ses découvertes , consultaient et suivaient ses observations et avec son aide , amélioraient la science et les cartes géographiques.
Enfin les Romains pénétrèrent dans la Gaule et dans Tlbérie. Ils savaient jusqu'à quel point les opinions grecques se divisaient sur le voyage de Pythéas , trop renommé chez les écrivains ; ils avaient la connaissance de sa découverte. Scipion passant en 217 par la Gaule, désirait avoir des renseignements plus nombreux sur ce sujet. Il questionna les Massiliens , qui sans désavouer leur ancien compatriote , n'avaient rien à dire de remarquable sur la Bretagne. 11 en fût de même des habitants de Narbonne et de Corbilon : ils n'en étaient pas plus instruits, quoique ces deux villes fussent les plus considérables de ce canton (118). Ils n'avaient rien à dire d'extraordinaire pour un curieux romain, mais ils connaissaient l'existence de tout ce que Pythéas a relaté dans ses ouvrages : car ils fesaient leur trafic avec les Bretons à travers la Gaule. Les Namnètes qui habitaient autour delà ville de Corbilon et les Venètes leurs voisins, allaient par mer jusqu'à la Bretagne faire leur négoce ; les autres transportaient les marchandises des insulaires sur des chevaux jusqu'à l'embouchure du Rhône. Ce trajet par la Celtique, durait 3o jours.
Les conquêtes des Romains ouvrirent aux Grecs subjugués l'Occident. Polybe , otage du joug imposé, suivait les enseignes des spoliateurs du monde, entreprenait des voyages dans les mers au-delà de Sicile et sur les côtes de l'Afrique, il parcourut l'Océan,
(117) Je crois pouroir admettre celle hypothèse, car il plaçait le promontoire africain Métagonion, sous le méridien de Marseille. Strab, WJ[. pag. 827.
(118) Polyb. ap. Slrab. III, pag. 190.
VOYAGEUR. 47 sans aller au nord, il enviait le savoir de Pythéas et le considérait comme un charlatan et un menteur ; se fiant dans sa propre expérience et ses vastes connaissances , il observait les erreurs des écoles, proposait des rectifications; sans savoir comment les terminer, il bouleversait la géographie, ignorant les rapports du ciel à la terre. Il convient que la Celtique est baignée en dehors par l'Océan ; il évaluait sa largeur depuis la Méditerranée jusqu a VOcéan à 9200 stades ; mais il assurait que la Celtique depuis Narbonne jusqu à Scythie était un pays inconnu. En avouant son ignorance , il en montre une plus sérieuse lorsqu'il déplace la latitude géographique de Marseille, au point de la placer à 46°, quatre degrés plus au nord, ou à 4o°, trois degrés plus au sud. Cependant il avait cettelatitude fixée par les observations de Pythéas, lui-même y était et pouvait vérifier le chiffre du voyageur menteur. C'est l'adversaire le plus terrible de Pythéas (1 19.)
Il semble que le géographe Artémidor vers 100 , à l'exemple de Polybe, n'admettait pas qu'un autre pût savoir ce qu'il ne savait pas : parce qu'il négligeait les récits de Pythéas et l'accusait de charlatanisme, sans substituer ses propres connaissances à la place de celles qui ne s'accordaient pas avec ses conceptions, et qu'il rejettait tout bonnement. La saillie du promontoire Calbion fut remplacée par celle d'Artabron promontoire d'Espagne , mais la Bretagne a été renvoyée sur le compte des mensonges.
Je terminerai cette petite suite des écrivains qui ont énoncé leur avis sur Pythéas , par Strabon. Il suit l'opinion de Polybe , sans relever les fautes et les erreurs du Massilien , il voit dans toutes ses données géographiques une invention, et un mensonge. Même la latitude de Marseille méritait , chez le géographe ignorant , cette qualification , car il la déplace et donne à Marseille 4o° 34' de latitude et met à la place de Thulé, l'Irlande, comme une île septentrionale à la Bretagne. Jules César a donné une autre description de ces iles, mais l'adversaire de Pythéas jugea autrement, et mit obstinément d'autres renseignements qui ne sont pas meilleurs que ceux du Massilien, qui tombent dans un excès contraire; Pythéas se créa des conceptions grandes et élevées prises sur le lieu, Strabon en inventa d'autres rapetisséeset
(1 19) Voycr Dntlania, mes recherches sur la géographie ancienne. III, G8- 7 j .
rabaissées , comme furent les renseignements rétrécis que son esprit comprenait. Chacun selon ses capacités (120).