VOYAGEUR
La petite ville Hyops, placée sur une presqu'île, prolongeait son existence (60).
Héméroscopion est la dernière tille grecquo dans ces parages.
Les possessions des Libophœniciens , c'est-à-dire des Karthaginois , venaient ensuite.
Les Mastiens ou Massiens , et leur pays Massia étaient limitrophes des Tartessiens.
Les El bcs tiens ou Eleusiniens, ou Elbysiniens (61 ), étaient entre les Mastiens et les Tartessiens. Leur ville était habitée par les Calpiens. Les villes de Galathusa et Xéra , étaient situées dans ce canton, peu éloignées du détroit des colonnes d'Hercule qui est une porte pour entrer dans l'Océan (6a,. Les écrivains grecs et toute la Grèce avec eux, répétaient ces noms sur la foi de leurs confrères massiliens, qui se communiquaient par l'eut remise de la grande Grèce et de la Sicile.
Pythéas comptait de Marseille, jusqu'au détroit des colonnes , 7000 stades en ligne directe. Du détroit des colonnes, jusqu'au promontoire qu'on appelait Sacré 3ooo stades ; depuis Gadès jusqu'au dit promontoire en longeant le rivage du continent , il y avait 5 jours de navigation ou a5oo stades (63).
C'est ici qu'une fameuse ville phœnicienne , nommée Gadir ou Gadès , avait son emplacement sur une île. Les Grecs savaient qu'il y avait une autre île fortunée, Erythie (64), et que la rivière Tartessos se décharge, après avoir parcouru le pays du même nom, appelé aussi Tartession (65).
LesCynésiens, ou Cynéticns, occupaient le dernier coin du continent qui avançait dans l'océan (66). Le promontoire Sacré le plus occidental formait ce coin et l'on y voyait un temple d'Hercule (67).
(60) Theopomp. el Philist. XXXIX, «p. Steph. By». — Aujourd'hui PenUcola.
(61) Cilbiceni d'Àviénus.
(6a) Voyez les fragment de Philiste VIII , de Theop. XLHI , XLIY , d'Ephore , de Rcrodore sur Hercule X, apud Stcph. Bjz. et apud Constant, porfyr. de admin. imp. a3. Voyez aussi le traité de 346, ap. Polyb. III,
(63) Eratosthénès s'était servi de celle mesure en suivant les relations dePytbéas particulièrement celles sur l'Ibérie et Gadcs. Strab. I,p 64, H, p. 106, III, p. rjS.
(6$) Epbor. et Philist. ap. Plin. IV, 36; Eratosth. ap. Strab. III, page 148.
(65) Theop. XLV, et Herodor. ap. Steph. Byi. J fœdus anni 3^6, apud Folyb.
III, a4> conl - Lit. VII, a;.
(66) Herodor. de Hercule, L c. cf. Strab. III, page l6G.
(67) Ephor. ap. Strab. III, pag. i38.
On savait que l'Ibéric commençait ici, et s'étendait jusqu'aux Pyrénées; on savait encore, qu'au fond de l'ibérie , plus au nord habitaient les Tlètes,Glètes, Iglètes (68). Ils étaient, comme toute Tlbérie, enclavés dans l'immense Celtique qui terminait à l'Occident la terre habitable , où finissaient toutes les connaissances que les écrivains grecs ont su réunir sur l'obscur Occident.
Les Celtes furent placés sous le vent xéphyr ; ils occupaient un quart de la terre habitable , depuis Gades jusqu'à la Scythie (69). Pythéas devait reconnaîtreet indiquer les limites et l'étendue de cette portion du monde.
Les écrivains postérieurs qui le citaient lui reprochaient d'avoir dit que le flux et le reflux de la mer finissait au promontoire Sacré (70), tandis que ce phénomène se renouvelle deux fois par jour autour de la terre habitée. Nous ne possédons plus les paroles de Pythéas pour juger de la valeur du reproche qu'une inexactitude de l'expression occasionna, mais le fait est que Pythéas a bien remarqué ce phénomène, tant autour du promontoire Sacré que sur tout l'Océan , et qu'il l'attribuait à l'influence de la lune (71.)
Nous n'avons pas les détails de sa longue traversée ultérieure, puisque les écrivains postérieurs ses ennemis , privés de toute notion sur ces parages, ignorant ce qui pouvait y exister, négligèrent de les répéter ; taxant de mensonge ces données , ils ne les relataient guère. Il côtoya l'extérieur de la Celtique, mais les fragments ne nous avertissent plus , s'il reconnut les possessions littorales des Iglètes qui occupaient le fond reculé de l'Ibérie ; ils ne nous donnent aucun renseignement sur les peu- . pies qu'il a vus en tournant l'immense sinuosité du golfe OEstrimnique, qui avait été parcouru avec des peines inexprimables pendant quatre mois , 80 ou 100 ans auparavant , par Himilcon. Mais ni les algues ni les bas-fonds , célébrés par les descriptions
(68) Théop. XLV, et Herodor. 1. c. Appelés depuis Galeci, C a liai ci ; aujourd'hui lu Galice.
(69; Ephor. hisl. IV, ap Cosm. indicopl. et ap. Strab. I, page 35, IV. pag. 199. VU, pag 2q3, et Scymn. perieg. 173; anliquos apud Dionem Cassium XXXI X , pag. 1 1 3, et Oiod. Sicul. V, a5.
(70) Àrtémidor. ap. Strab. III, pag. i<£8. Au vrai Artémidore le reproche à Eratuathénes : mais il ajoute qu'il en est de même , de tout ce qu'il avance sur la fui d'un charlatan tel que Pythéas.
7» f* fAuvrulxi K.ttTwI.^f, apnd psendo Plut, do placit. philos. III, 17.
VOYAGEUR. 2U du voyageur karthagiuois , ne représentèrent point au voyageur niassilien , et no l'empêchèrent pas d'aboutir aux terres pointue» des Timien. Sans chercher de gloire , de ce qu'en voguant sur les eaux qui se révoltaient périodiquement, il franchissait, le premier des Grecs, des obstacles et domptait des difficultés , qui devaient le placer, suivant l'opinion des incrédules , au nombre de menteurs.
La terre des Timiens Ttftttt (72) , avance dans l'Océan, et se termine parle promontoire Calbion k*à&« (73) qui est plus occidental que Vlbérie. Pythéas conjecturait qu'il dépassait le promontoire Sacré au moins de 2000 stades vers l'Occident (74). De trois jours de distance , ou 1 5oo stades ; vers l'Occident il y a plusieurs îles , dont la dernière se nomme Ouxisamé OÙ|i-
Jusqu'à ce point là , Pythéas allait continuellement sur les traces de Himilcon ; mais ici son chemin se sépara et prit une autre direction. Himilcon avait traversé autrefois la hauteur de l'Océan et s'était dirigé directement vers les îles qui fournissaient Tétain (76). Pythéas ayant doublé le promontoire Calbion , suivit vers l'Orient le rivage septentrional de la Celtique ; la reconnaissance de la Celtique , de son étendue et do 6a fin , étant son but particulier. 11 avança vers l'embouchure du Rhin : mais avant d'y atteindre , il croyait se trouver au 45 e degré de latitude, lorsqu'il rencontra un détroit large de 100 stades qui sépare la Celtique, d'une île immense nommée Bretagne (77).
Bretagne et Thulé découverte» par Pythéas.
Il fixait à seize heures la longueur du jour solstitial dans le midi de la Bretagne ; l'extrémité la plus septentrionale de la Celtique, touchait au détroit et à l'angle du milieu de la Brcta-
(72) Nommé. Cossini, Ostioni par Artemidore, Osismi par César, Slrabon, Ptolémée et les autres, habitaient Finisterre de la Bretagne.
(73) Gobéon cher Ptolémée; aujourd'hui la rsde et le promontaîre Gob-e-stan et le point du Raz de Sein. Voyez Gosselin, recherches, t. IY, page 6a.
(^4) Gomme le disait sur sa foi Eratosthcncs qui accepta ses relations particulièrement à l'égard de la Bretagne, de Gades cl de l'ibérie. Strab. 1, pag. C> 4 . (76) Pylb. ap. Strab. 11, page 6^, aujourd'hui rOucssant.
(76) Cassiterides des Grecs; aujourd'hui Sorlingucs.
(77) Albion de Himilcon.
gne; c était le climat où le jour avait jusqu'à dix-sept heures ; dans les parties septentrionales de l'île, le plus longjour étaitde dixhuit heures et à son extrémité la plus septentrionale , il s'élevait jusqu'à dix-neuf heures (78).
La forme de la Bretagne était triangulaire. Son côté méridional est en regard des Celtes , à peine s'éloigne-t-il de quelque» jours de navigation du continent. Il est long depuis le promontoire Gantion, jusqu'à Bélérionde 7500 stades. Bélérion est éloigne du continent de quatre jours de chemin , ou de 2000 stades.
L'autre côté de la Bretagne , en face du détroit (des Colonnes), depuis Bélérion jusqu'à Orcas, tient i5oo stades. Le troisième depuis Orcas, jusqu'à Caution, 20000 stades. Par conséquent le tour de cette lie , offre plus de 4oooo stades ou 425ooo stades (79).
Nous avons remarqué que Py théas n'est pas allé vers les Cassitérides : mais leur existence et le trafic entre la Bretagne et la Celtique ne pouvaient pas lui être inconnus lors même qu'il no fut jamais sorti de sa cité natale. Certes, il n'a pas oublié de les indiquer dans ses descriptions , aussi bien que tout ce qui conrerne le commerce de letain et du plomb dont l'île Mictis était l'entrepôt. D'après les connaissances des Massiliens , les autres Grecs étaient en état de raconter les circonstances et voici la description d'un écrivain grec très-rapproché de Pythéas , qui le copie soigneusement.
Les habitons du promontoire Bélérion , aiment les étrangers: aussi le grand nombre des marchands qui y abordent de toute part , rend ce peuple beaucoup plus policé que les autres nations de la Bretagne. Ce sont eux qui tirent l'étain d'une mine qu'ils entretiennent avec soin. Elle est extrêmement pierreuse , mais cependant coupée de veinesde terre. Dès qu'ilsont tiré l'étain, ils le purifient en le faisant fondre. Lui ayant ensuite donné la
(78) Pylh. «p. Str*b. II, pag. ?5, et ap. Plin. If, 77.
(79) ™>n yàflv axnfxtkTt rpiyttnt %Zra xa.pxt(\naîut. Les trois mesures des trois côtés du triangle, se trouvent dans Diodore de Sicile qui les a tirés de Tintée ou de Pythéas lui-même. Voye» Pythéas ap.Slrab. I, pag. 63, II, pag. 70,104, 11$, SOI, ap. Plin. II, 77J conf. Solin. au , Dicuil. pag. 5o.— Un certain Isidore défait donner 3826 mille pas, ou-3o6oo stades de circonférence comme nous le dit Pline, IV, 3o. Mais il est probable que Pline relate ce chiffre , d'après Terreur d'un mauvais manuscrit, qui a du dire .{82!) mille pas, ou mieux 4875, chiffre dont se servit Solin.
\OYAGEtR. 31 figure de dci à jouer, ils le transportent sur des chariots (80), dans une île voisine delà Bretagne appelée Ictis (81), en prenant pour y arriver , le temps où la mer est basse. Les marchands étrangers , qui ont acheté l'étain dans l'île Ictis, le font transporter dans la Celtique , et ils font six jours de navigation pour arriver de l'île de Mictis jusqu'au lieu de leur descente sur le continent , où ils chargent leur métal sur des chevaux , après quoi ils mettent 3o jours ( 6000 stades ) à la traverser depuis les côtes qui regardent la Bretagne jusqu'à l'embouchure du Rhône (8a).
Pythéas prétend avoir parcouru toutes les parties accessibles de la Bretagne (83). Mais la plus accessible et la plus connue, celle des environs de Bélérion fut négligée. Pythéas arrivé jusqu'au détroit où la Bretagne se rapproche le plus de la Celtique, tourna vers la gauche et longea depuis Caution , toute la côte orientale , jusqu'au promontoire le plus septentrional, Orcas.
Certes , il a remarqué quelques habitudes des Bretons. Ils furent considérés par les écrivains qui copiaient Pythéas pour autochthones. Ils se servent de chariots, comme les héros grecs qui assiégeaient Troie. Leurs maisons sont pour la plupart bâties de chaume et de bois. Ils ont coutume , quand ils moissonnent , de couper les épis et de les enfermer dans des caves souterraines , et puis ils se nourrissent des plus anciens épis en les réduisant en farine à mesure qu'ils en ont besoin. Leurs mœurs sont simples et fort éloignées de la perversité. La sobriété règne chez eux et ils ignorent cette molle délicatesse que les richesses amènent avec elles. La Bretagne est fort peu-
(80) T»7« i/u*(f*ï«, plutôt les bateaux d'écorce.
(81) Nommée Ictis , dans le texte de Uiodore, Mictis dans celui de Pline , Vccti» par Ptolémée; aujourd'hui Wight.
(8*i) Ce psssage te trouve dans Diodorc de Sicile V, 22, où cet écrivain consultait les anciens écrivains, se réservant de faire plus tard les extraits de César. Il est donc presque certain qu'il l'a copié de Timée qui parlait de l'île Mictis sur la foi de Pythéas. Voyez Timée apud Plin. IV, 3o.
(83) Polyb. ap. Strab. Il, pag. io^. Le texte porte dans le» éditions %x n t piilu /StiïuttixittttCJtt ii*cxSm ei<r*».1er. llnuffre aucun sens et laisse (aire aux éditeur» de Strabon des conjectures très-ingénieuses tantôt pour faire dire à Pythéas qu'il a visité tout le circuit de la Bretagne ; tantôt, en le croyant plus conséquent, qu'il n'a louché que les parties accessibles.
plée, mais l'air y est extrêmement froid , cette île étant située sous la grande Ourse. Elle est gouvernée par plusieurs rois , qui gardent presque toujours la paix entre eux (84).
On a rendu justice à Pythéas sur ce qu'il a relaté des peuples voisins de la zone glaciale. Il disait, qu'ils manquent absolument ou qu'ils n'ont que fort peu de fruits cultivés et d'animaux domestiques , qu'ils se nourrissent de millet , d'herbes , de fruits et de racines sauvages ; que ceux qui ont du blé et du miel, non seulement se nourrissent de ces denrées, mais en tirent aussi leur boisson ; qu'enfin, comme ils n'ont guère de soleil sans nuages et que les pluies y sont fréquentes, ils ne peuvent se servir d'aires découvertes , pour leurs grains , mais ils en transportent et battent les épis dans des vastes granges (85). D'où l'on voit qu'il entrait dans les détails et observait les particularités dont la perte est à déplorer.
Arrivé jusqu'à Orcas, Pythéas s'éloigna de la terre et se jetant sur la haute mer, il vogua vers le Nord, traversant les climats , où , au rapport des barbares , les nuits des solstices n'avaient que 3 ou 2 heures. Après six jours de navigation, c'est-àdire à 3ooo stades au nord d'Orcas , il toucha une terre nommée Thulé. Sans pouvoir se convaincre si elle était une île ou un continent, il a cru remarquer que pour ce pays, le tropique du Cancer se confondait avec le cercle arctique d'où il résultait, que le jour solsticial y était de vingt-quatre heures et la latitude d'environ 66 degrés (86). Il s'ensuivait qu'il y avait des régions plus au Nord où les jours et les nuits duraient six mois alternativement. (87).
Les adversaires de Pythéas ont trouvé dans ses relations, que le flux vers le nord de la Bretagne devait s'élever à quatre-vingts coudées de hauteur (88). Mais cette erreur trop-absurde qui lui
(84) Ce passage est encore dans le même chapitre fie Diodore de Sicile, V, 1? , où il proteste qu'il parlera plus tard sur la foi de César, et le commence par les mesures pythéennes de la configuration triangulaire de la Bretagne qui ont été répétées par Tintée. Par conséquent ce passage tire son origine de l'époque de Pythéas.
(85) Pythcas ap. Slrah. IV, pag. aoi.
(86) Pythéas ap Strab II, pag , i iq, 201 j ap. Plin. Il, 77, I Y, 3o; ap. Geroin. 5 ; ap. Cleomed. 1 , pag. 90 ; ap. Mart. Capell. fi , l } ap. Eratoslh. Hipparchum.