‹ Pythéas de Marseille et la géographie de son tempsChapitre 11 sur 15 · PYTHÉAS GÉOGRAPHE- ASTRONOME · texte numérisé non relu

PYTHÉAS GÉOGRAPHE- ASTRONOME

Py théas était un savant du siècle , et personne ne lui dispute la connaissance de l'astronomie. Cherchant avec soin la hauteur du pôle , il s'assura , qu'en cet endroit du ciel , on ne voyait de son temps aucune étoile , mais que le pôle formait avec trois étoiles voisines un quadrilatère (121). Il paraît que ces trois étoiles sont /3 de la Petite-Ourse, « et « du Dragon. A deux ou trois degrés du pôle , était alors l'étoile du nez de la Giraffe , elle pouvait passer pour étoile polaire : mais Pythéas ne s'en rapporte guère comme l'ont fait ses prédécesseurs qui croyaient voir un astre polaire toujours immuable aux yeux de l'observateur. Pythéas plus habile et plus scrupuleux , montra sous ce rapport plus d'exactitude (122). Il pouvait donc mieux se servir du ciel en naviguant ; s'il était pilote ou s'il était consulté par les marins. Les navigateurs grecs se dirigeaient ordinairement avec la Grande-Ourse ; pour lui,il comprenait les moindres espaces et les petites rotations. L'œil des Phœniciens se portait sur ce point et profitait sur la mer; le voyage du Massilien devait en tirer plus d'avantage. Cela explique sa téméraire excursion jusqu'à Thulé.

L'école alexandrienne en applaudissant à la détermination de l'emplacement du pôle, ne s'est pas permis la moindre remarque contre les aspects du ciel indiqués par Pythéas. Elle savait au contraire, que cet astronome se servit d'un énorme gnomon

(120) Yoyei les n°t 7, m, 11, de nos planche»; et nos Badania, recherches sur la géographie ancienne, III, io5, 106.

(121) ntpi pu tvr 1ov fitptUv viktv EvftÇiç icy,m x'ïyttr ûlmçt/lir iiltt ktrlflr

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r«1 TlvSUt e*<m i M*<r<raXi'*,1>f S . Hipp. in Arati phœnora. 1,5, p. l 79.

(122) Del ambre hist. deïastron. ancienne, tom. I , pag. 18, 110. Pythéas semble être négligé dans cet inestimable outrage. Mais l'auteur a bien entrepris sous ce titre la marche chronologique en analysant et appréciant consécutivement les outrages astronomiques des anciens qui sont parvenus jusqu'à nous. Les écrits du Massilien sont perdus, par conséquent il n'y a trouvé aucune place particulière, qu'il méritait.

GEOGRAPHE. 40 dont il observait l'ombre à midi le jour du solstice; par ce moyen il déterminait l'obliquité de l'écliptique et la latitude géographique de Marseille (i23). Il a trouvé qu'à Marseille l'ombre au gnomon était en proportion de 4i t à 120 (ou de 20 £ à 60) (124) et le plus long jour de iô heures et i5 minutes (i2Ô). Or, Ératosthénès et Hipparche conclurent que Marseille de l'équateur était au nord à 43° 3' 38" (126). Ils vérifiaient et fixaient l'obliquité delecliptique à 23° 5 1 ' 1 5" ( 1 27), et ils acceptaient avec une confiance bien méritée , la latitude géographique de sa patrie. C'était un service bien éminent pour la géographie. Pour comprendre toute sa valeur et toute son importance, je vais reprendre un peu plus haut les connaissances grecques de la géographie, avant cette époque (128).

Etat de la géographie , antérieure à Pythéas.

• La poésie et la science grecque ne pouvaient se passer de certaines formes et d'une espèce de symétrie. La géographie en subissait particulièrement les conséquences. Elle était subordonnée à certains principes dont elle refusait la direction, et soute-

(ia3) Pythéas ap. Cleomed. eycl théor. I, 7.

(ia4) PTtbeai ap. Strab. II, pag. n5.

(i2o) Pythéas ap Strab. II, pag. 71, l34.

(126) Gomme on soupçonne Pythéas (dit Gossclin, recherches sur la géogr. anr. tom. IV, pag. 61 ) de s'être servi d'un gnomon terminé en pointe ,et que nulle part il n'est dit qu'il ait négligé l'effet de la pénombre , il nous parait juste de ne pas attribuer à cet ancien une erreur qu'il peut ne pas avoir commise : alors il faut ajouter quinte minutes au résultat du calcul et reconnaître que Pythéas a dû conclure la latitude de Marseille à 43* 18' a5", c'est à quarante secondes près que nos astronomes lui donnent aujourd'hui.

(127) Eratosth. ap. Tlolem. almagcsta.' I, 2.

(128) On croit ordinairement que Pythéas a observé aussi la latitude de Byzance et qu'il y a commis une erreur impardonnable. M. de Zach a lenlé de venger la mémoire de Pythéas des critiques de Strabon. « Si Strabon (dit M. De'ambre hist. de l'astr. anc. tom. I, pag. 18}, se montre un peu trop sévère et trop prévenu contre Pythéas, son apologiste a peut-être donné dans l'excès contraire : c'est un procès difficile à juger » . A mon avis il n'est pas si difficile lorsque l'on comprendra mieux U controverse qui existe entre l'ignorance de Strabon elles efforts des géographes-astronomes; lorsqu'on observera que Strabon n'indique la vraie latitude de Marseille que relativement à une autre. Cependant nous savons positivement que cette latitude de Marseille était fixée indépendamment de toute autre. Au reste, jamais je ne puis me convaincre qu'il y ait quelque motif à admettre unr observation quelconque de Pythéas à Hyzance.

naît les bases. Le monde, la terre, le continent exigeaient une figure , un système , un schème, <rx*f*# > et une forme comparative, un fondement, un point d'appui, un point central, et des dimensions symétriques. La poésie se servait par excellence des chiffres 9, 10 , 100 ; ils donnèrent l'origine aux chiffres géographiques. La géographie , prenait son origine, comme les autres sciences dans la poésie ; elle s'en ressentit long-temps.

Les conceptions primitives, croyaient que la terre placée sur les bases du monde, était plate et que son continent était entouré du fleuve Océan, et avait au centre la capitale terrestre des dieux, Olympe, ou l'oracle des Delphes qui servait de nombril , cii<paXoç. au monde ; on était certain , que Samos vers lest , et Sicile vers l'ouest sont à la même distance du Péloponnèse. On comptait 9 jours de navigation des rives de la Grèce, jusqu'en Sicile, évaluée à 9000 stades. La Sicile était tout près de l'Océan et du terme du continent d'où l'on descendait au Tartare et aux enfers; il fallait courir 9 jours pour arriver dans ces régions inférieures. Or le diamètre du continent de l'est à l'ouest pouvait avoir 20000 stades. De la Troade jusqu'en Crète, on comptait 7 jours , et de la Crète jusqu'en Egypte 5 jours de navigation évaluée à 1 1000 stades , plus que la moitié du diamètre de l'est à l'ouest , moins que le tiers du diamètre tiré du nord au sud ( 1 59).

Les connaissances se sont étendues d'un côté par la naviga* tion vers le détroit d'Hercule et au Tarlesse , de l'autre par les relations avec l'empire persan, etleslogographes savaient mieux expliquer et déterminer la croyance poétique de leurs prédécesseurs. Ànaximandre philosophe -géographe , vers 555 dressa le premier les cartes géographiques, dont Hecatcelogographe-géographe composa de suite les descriptions (i3o). La terre, placée au milieu du inonde, s'y soutient à leur opinion, parce qu'elle est placée au centre même. Elle a la forme d'un cylindre. Son diamètre est trois fois plus grand que sa hauteur. Sur sa surface le continent est rond comme s'il eut été l'œuvre d'un tourneur. L'Océan l'entoure; les Delphes, sont au centre (i3i). On savait qu'il fallait 9 jours pour descendre aux enfers souterrains ; or ,

( 1 ?«)) Voye* la planche n° 1 .

(130) Strab. 1, pag. ~. Agathem. I, i.

(131) Anaxim. ap Aristot. de ccpIo, 11,19, i3 ; ap l'hil.ilc j)lac. philos III , 10 ap Enseb. praparat.cvang.I,8;ap. Agathem. |, i ; cf. Hcrotlol. 1V,3(>.V. la pl.n°a.

GÉOGRAPHE. 51 le diamètre du continent offre 3oooo stades. Du centre à l'ouest 9000 jusqu a Sicile ; 600 au moins jusqu'à l'Océan. La carte itinéraire qu'Aristagoras montrait à Sparte cinquante ans après , exigeait 9000 stades du centre jusqu'à la gorge de l'Asie , ou jusqu'à l'Euphrate , et 6000 au moins pour le reste de l'Orient. La terre étant un disque exactement rond , par conséquent le diamètre du nord au sud comptait aussi 3oooo stades. Mais le fameux voyageur Démoerite vers 45o expliquait très-ingénieusement , comment la terre plate est servie par les autres corps célestes : il reconnut que le continent est bien plus long de Test à l'ouest, qu'il n'est large du nord au sud, et il a fixé en proportion sa largeur à sa longueur de 2 à 3 ( 1 32). Or , puisque la largeur était évaluée 3oooo stades, la longueur monte à fôooo stades. Depuis cette époque , la terre habitable prit une forme ovale ou d'un œuf; sa longitude et sa latitude devinrent un objet de réflexion pour les géographes.

L'école ionienne , depuis Thaïes , admettait la sphéricité du monde et elle apprit des Ghaldéens comment il faut observer le pôle. Mais la terre y était plate. Anaxagoras fut le premier , qui vers 453, y présuma sa sphéricité. Les écoles italiques furent plus hardies en admettant presque généralement l'opinion que la terre est une sphère. Les pythagoriciens depuis 4^o , inventaient différents systèmes du monde et l'opinion de la sphéricité de la terre n'était plus contestée que rarement. La terre une fois reconnue pour un globe, ses rapports aux cieux devinrent plus patents. Parménide vers 4^4 y distingua les zones (i33). Différents cercles de la sphère céleste, l'équateur , les tropiques , 1 ecliptique se référaient à la terre ( 1 34). Les phénomènes célestes furent relatés pour déterminer les emplacements géographiques. Le gnomon, dont les Grecs ont eu connaissance des Gbaldéens (i35) pouvait déjà rendre un grand service à la géographie , mais il n'y a rien qui fasse supposer que les Grecs en aient si tôt profité.

Eudoxe de Cnide vers 36o fut le premier qui donna l'exemple de l'application des apparences célestes à la terre. II observait

(i3a) Dcmocrit. ap. Agathcm. 1, 1. — Voyez, la planche n° 3. ( 1 33) Achill, Talii isagoge in phaenom. pag. 1 5".

(134) Eudox. de Cnide. ap. Plut, de placit. philos. IV, 1.

(135) Herodot. II, 109.

les astres dans différents pays. Il avait son observatoire à Cnide, où l'étoile Ganobos le préoccupa. Il remarqua que sa patrie, Cnide se trouvait sous le même climat que Rhode (i36). Il avait un autre observatoire en Egypte, près de Cercassore (137). On lui attribuait les observations faites en Asie , en Sicile , en Italie (i38). Par suite de tous ces travaux il a rédigé une description des étoiles, mais les données qu'on y trouve, ne s'accordent pas entre elles. C'est qu'il n'a point regardé le ciel, comme on le croyait généralement, qu'il a recueilli les observations grossières, faites à vue, peut-être en différents temps et différents pays. Il n'est pas étonnant qu'avec des éléments aussi imparfaits il ait donné des discordances énormes. On ne peut absolument rien conclure des livres d'Eudoxe (i3o,). Mais Eudoxe publia aussi le période ou la description de la terre, où il détermina la position de différents cantons, en se rapportant à ses grossières observations. Son opinion prédomina la géographie de l'époque , et depuis en imposa plus d'une fois aux écrivains trop confiants.

Il a reconnu le climat de Rhode qui embrassait sa patrie , Cnide. 11 y a vu , que les constellations de la grande ourse et du dragon ne se baignent jamais dans la mer , la tôte du dragon ne fait qu'en raser les eaux, sans plonger (i4o). Par conséquent Rhode et Cnide se trouvent au 38° de latitude ou au«moins au 37 0 . Mais il a remarqué que les autres parties de la Grèce sont situées plus au nord.

Il crayonnait singulièrement la figure de la Grèce. Une ligne dans la direction de l'est à l'ouest, retraçait les rivages de l'Attique depuis Sounion jusqu'à Isthme, puis elle suivait les rivages septentrionaux du Péloponnèse, enfin elle se terminait sur le mont Ceraunia (i4*)* j° ur solsticial y était en proportion de

(136) Eudox. ap. Strab. II, pag. 1 19; cf. Ftolem. geogr. II, a.

(137) Strab. XYII, pag. 5.

(138) Ptolcm. de apparentiis, pag. Pbilostr. vita Apollon. I, pag. 4?; Aclian. ▼ax.bist. YII, 18.

(i3g) C'est le jugement de M. Dclambre, biat. de l'asti*, anc. pag. 122, qui relève les erreurs de 1400 ans qui devaient précéder l'époque d'Eudoxe et de :>:)no , qui ne pouvaient avoir lieu , qu'après lui. Cependant c'était au jugement de Folybe, de Strabon et des autres; /xa.$*fMLli*it àrip, xa.) <rxm*klttr */t*ir«i'poj **j *A*/xa7«r. Strab. IX p. 390.

(l4o) Eudox. etStrab.ap.Hipp. inphœn. 1, 6;ap. Clcom. I,p. 80.— -Y. la pl. n°5. (•40 Eudox. ap. Strab. IX, pag. 3yo.

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