INTRODUCTION
Murray et Ukert (>.) , ont entrepris cette même tâche bien pénible , avec un succès varié. La France y a pris aussi sa part. A l'invitation de Peiresc , Gassendi écrivait la défense et l'éloge de Pythéas; Bougainville, d'Ànville et Keralio appréciaient ses voyages (3) ; Gosselin dans la traduction de Strabon, marche pas à pas sur les difficultés qui se présentent dans les écrivains grecs à l'occasion de Pythéas et dans ses recherches , il traite Pythéas de menteur , ayant inventé un voyage qui n'a pas eu lieu (4). Nonobstant les objections de Gosselin, la question semblait être approfondie et épuisée. Mais on aime à revenir à ses anciennes connaissances, et Pythéas sera, plus d'une lois encore, l'objet des recherches. Lorsqu'on les reprend, on croit y trouver quelque chose de nouveau , une vérité , une idée , une combinaison quelconque inaperçue par les autres.
Les souvenirs de l'ancienne Gaule, débordant sur l'Europe et l'Asie , alimentant les colonies grecques et l'invasion romaine sur son sol, excitent un intérêt bien mérité. Cette considération m'a animé, lorsque je reprenais mes vieilles investigations ; car j'y retrouvais un sujet, qui n'est pas étranger au sentiment national de la France. Pythéas fut un Grec-Gaulois, et il illustra la Gaule, célèbre alors au dehors par ses fréquentes et terribles invasions. Il fut voyageur et géographe-astronome. Je vais le considérer sous ces deux points de vue. J'ai relu ce qu'ont dit Gosselin, Keralio , d'Anville , et Bougainville sur lui , pour éviter les répétitions des particularités suffisamment prouvées et généralement connues. Mais je crois qu il est important , de rappeler plusieurs faits antérieurs et contemporains de Pythéas , ordinairement négligés , qui seront à même de démontrer la connexité des travaux de ce Gaulois-Grec avec les connaissances de son époque ,
| >) M. J. Pk. Murray de Pythea Massiliensi, in comment, societ. Gotting 1775. — En rédigeant mon mémoire, j'étais privé de ce commentaire sa van 1 et érudit. — Mannert, Géographie de Griechcn, und Romer, tom. II et III. — Fr. Aug. L r kert t Géogr der. Gr. und Romer Abth. I, pag. 112; Abth. II, pag. 298 à 309.
(3) Éclaircissement sur la vie et sur les royages de Pythéas de Marseille, par de Bougainville, dans les mémoires de l'académie des inscr. tom. XIX. — Mémoire sur la navigation de Pythéas à Thulé, par d'Anville , dans ces mêmes mémoires, tom. XXXVU. — De la connaissance que les anciens ont eue des pays du nord de l'Europe, par de Keralio, dans ces mêmes mémoires, tom. XLV.
(4) Recherches sur la géographie systématique et positive des anciens, pat P F. J. Gosselin, tom. |V, Paris 18 i3.
INTRODUCTION. 18 et jetteront une lumière sur son mérite et les services qu'il a rendus à la science et aux connaissances humaines.
Relations des Grecs avec l'Occident, antérieures à Pylhéas.
La Grèce est le berceau et le foyer de la civilisation européenne ou de l'Occident , qui se place à Topposite de celle de l'Asie ou de l'Orient , radicalement différente de celle-là. La Grèce se rapprocha de bonne heure vers la lumière de l'Orient , et elle ■* commença, il y a 4ooo ans, à peupler de ses colonies la péninsule de l'Asie. Les Éoliens , les Ioniens et les Doriens, transplantèrent le génie de leur étroite patrie , sur les bords qui leur offraient des ports nombreux. La marine et le commerce, les y préoccuppèrent et ils devinrent habiles navigateurs. Les Ioniens surpassèrent les autres , et parmi les Ioniens , les deux villes plus puis* santés Phocée et Milet et les insulaires Samiens , se distinguèrent par leur activité et leurs expéditions lointaines. Mais il fallait des siècles à ces célèbres colonies asiatiques pour qu'elles arrivassent à cette habilité trop renommée.
La poésie ionienne, chantait depuis quelque temps la spatieuse Libye et la grandeur de l'île triangulaire où demeuraient les Siciliens : mais ces bornes du monde connu , n'étaient pas trop familières aux navigateurs ioniens. La vieille Grèce, leur mèrepatrie , répétait les mêmes chants et avait aussi des navigateurs experts et une puissante marine dans Corinthe ; les Chalcidiens d'Eubœe avaient même des établissements sur les parages d'OEnotrie, où ils bâtirent une ville, Cumé (5) : cependant la Sicile ou l'île triangulaire fut comptée au nombre des parties du monde
(">) Dionys Halic. anliq. rom. t. VU, pag. 4*9- — J'admets la réalité de cet établissement plus ancien que les autres , mais je ne saurais jamais concevoir comment on peut supposer une foule d'établissements très-anciens que les hypothèses postérieures des Grecs et des Romains inventaient, auxquelles toutes les notions géographiques et historiques sont contraires, et donnent une explication. M. Raoul- Kochette dans son ouvrage, Histoire critique des colonies grecques , a manifesté trop de confiance dans les écrivains grecs. Au rapport de Pline, il n'y a pas de mensonge que les Grecs n'inventent: c'est leur fiction et leurs conjectures qui les fireut inenlir. Envers eux, on ne peut pas se montrer crédule. L'ouvrage de M. Raoul- Rochetlc n'est pas une histoire critique, mais une compilation historique d'une immense érudition, qui indique les matériaux inépuisables pour les recherches.