CHAPITRE PREMIER
LA CONCEPTION ANCIENNE ET ACTUELLE DES NÉVROMES D'APRÈS LES TRAITÉS CLASSIQUES
L'existence de lumeurs sur le trajet des nerfs a été établie par Cheselden. Il s’agit d’une tumeur du nerf cubital qui «était de la nature des kvstes et contenait une gelée transparente. »
Camper, le premier, proclame l'origine nerveuse des tubercules sous-cutanés douloureux, et les assimile à des ganglions.
C’est Alexander qui a donné la premiere étude d'ensemble sur les tumeurs des nerfs ; d’après lui, ces tumeurs peuvent se développer dans le névrilème, dans la moëlle du nerf, dans les artères, les veines, les lymphatiques ou dans la substance nerveuse ellemême.
Odier (1803) prononce pour la première fois le nom de névrome. Il décrit sous ce nom «une espèce d’ané- « vrysme du nerf dont les fibres auraient été disjointes «en manière de parapluie ou de melon par une: « matière blanchâtre, jaunie par places et parcourue « de nombreux vaisseaux. » Odier fait procéder la tumeur de la substance du nerf.
ON
On s'accorde à cette époque à reconnaître la structure cancéreuse des névromes : telle est l’opinion soutenue par Delpech, Breschet, Bayle et Cayol dans des articles sur le cancer, par Descot dans sa thèse où il rapproche le névrome du squirrhe ou de l’encéphaloïde. Mais son origine est alors plus controversée : les uns, avec Odier, en font une tumeur d’origine nerveuse, les autres, avec Oppert, distinguent trois espèces de névromes :
1° Ganglions anormaux ;
2° Tuméfaction des nerfs eux-mêmes ;
3° Tuméfaction de leur gaîne.
Aronssohn (1822), conteste la nature cancéreuse de ces tumeurs et les compare à certaines altérations syphilitiques ; il distingue des tumeurs provenant de la moëlle des nerfs et des tumeurs provenant de l’interstice des nerfs et de leur névrilème. Néanmoins, on continue après Aronssohn à affirmer la nature cancéreuse des tumeurs des nerfs.
. Un cas de névromes multiples observé dans le ser- vice de Nélaton, fournit à Houel le sujet d’un mémoire sur le névrome. Houel admet des tumeurs fibreuses, et des tumeurs fibro-plastiques. Il range dans les névromes les tubercules douloureux. En 1853, Lebert dans un rapport sur le mémoire de Houel considère les névromes comme des tumeurs fibreuses dues à l'hypertrophie de l'enveloppe des nerfs, du névrilème, et se refuse à reconnaître que les tubercules sous-cutanés dépendent des nerfs.
En 1854, Depaul et Verneuil décrivent seus le nom de névrome plexiforme une tumeur à surface irrégu-
LNAQURE
lière constituée par l’hypertrophie des cordons nerveux qui s’enchevêtrent pour former un plexus ser pentin.
= Fuehrer fut bientôt amené par ses recherches microscopiques à penser que certaines tumeurs des nerfs renferment des fibres nerveuses ct Virchow professait que les tumeurs qui se développent à l’extrémité des nerfs sectionnés dans les moignons des amputés étaient en grande partie constituées par des fibres nerveuses. C’est cette dernière théorie qui tendit à prévaloir en Allemagne et elle ne tarda ‘pas à s'y généraliser. Fœrster, en 1865, établit deux variétés de tumeurs nerveuses : 1° Les tumeurs formées par une substance analogue à la substance grise du cerveau ; 2° Les tumeurs constituées par des fibres nerveuses ; la première variété correspond à ce qu’on a appelé nevrome médullaire, la seconde est le névrome fasciculé. Cette classification fut reprise par Virchow qui, de plus, distingua les névromes myéliniques qui renferment des fibres à myéline et les névromes amyéliniques qui sont constitués par des fibres de Remak.
Virchow donne le nom de névrome à une tumeur de nature « hyperplasique » c’est-à-dire à une tumeur provenant d’un nerf et composée elle-même de fibres nerveuses. Il distingue les névromes simples où les éléments nerveux sont en prépondérance, et les névromes composés ou mixtes (fibreux, glieux, muqueux). En tout cas, pour Virchow, le caractère décisif des névromes gît dans la quantité de fibres nerveuses, et il ne peut y«avoir névrome que si cette quantité a augmenté avec le développement de la tumeur. Quant à