‹ Qu'est-ce qu'un névromeChapitre 4 sur 24 · HUE · texte numérisé non relu

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son origine, le névrome pourrait se développer dans un territoire indépendant des nerfs, par voie « hétéroplasique » et le point de départ de la tumeur ne serait pas nécessairement une partie nerveuse. Au nombre des tumeurs nerveuses, Virchow range les névromes des cicatrices et les névromes des moignons, qu’il désigne sous le nom de névromes traumatiques; il y ajoute le névrome plexiforme et considère également comme de véritables névromes les tumeurs congénitales sacro-coccygiennes qui ne sont autre chose que des productions tératologiques dans lesquelles on peut rencontrer quelques filets nerveux.

Cornil et Ranvier divisent les névromes : en névromes. centraux ou ganglionnaires et névromes périphériques ou fasciculés. Les premiers sont ceux qui prennent naissance dans les centres gris de l’encéphale, la moëlle et les ganglions du sympathique ; ils se développent aux dépens des cellules nerveuses contenues dans ces organes. Les névromes périphériques sont ceux qui siègent sur les nerfs ; ils seraient constitués par des fibres nerveuses de nouvelle formation. Cornil et Ranvier signalent dans les névromes la présence de gouttelettes de myéline. Une partie de leur description correspond assez exactement à ce que nous considérons comme des névromes vrais, mais tout d'un coup, brusquement, ils présentent comme types de névromes les formations qui se développent à l’extrémité des nerfs dans les moignons d’amputés, et se représentent les névromes comme renfermant des fibres nerveuses complètes avec une gaine de Schwann, de la myéline et un cylindre-axe, de sorte qu'après la

BAS | OS lecture de ce chapitre il reste dans l’esprit des idées très confuses.

D'après Billroth, il faut entendre par névrome vrai une tumeur exclusivement composée de fibres nerveuses à double contour; on ne peut rencontrer de cellules nerveuses dans les névromes développés sur les nerfs, mais on observe dans certaines tumeurs du cerveau et de la moëlle allongée une néoformation de cellules ganglionnaires. Le névrome périphérique, c’est à dire ne renfermant que des fibres à myéline, serait difficile à distinguer d’un fibrome développé dans un nerf: « Il est très difficile, dit Billroth, d'établir la nature de ces cellules fusiformes rangées en faisceaux et contenant des noyaux en forme de bâtonnets ; on peut les considérer soit comme des fibres musculaires, soit comme des fibres nerveuses néo-formées, et en tout cas, il est difficile de faire la preuve de l’une ou de l’autre interprétation. » Cette conception se rapproche de celle que nous allons soutenir, mais elle en diffère par ce point essentiel, c’est que nous considérons au contraire qu’il est très facile de distinguer les fibres nerveuses néo-formées des fibres musculaires ou conJonctives.

Rindfleisch, de même que la plupart des auteurs qui depuis environ trente ans ont décrit les tumeurs ner-

veuses, distingue les névromes vrais et les névromes

) faux ; il conçoit les névromes vrais comme des tumeurs surtout constituées par des fibres nerveuses ou des cellules ganglionnaires de nouvelle formation. Quant aux faux névromes, il les considère comme des for-

mations de nature conjonctive et revêtant le plus sou-

vent la forme fibroïde ou la forme myxomateuse, Mais, contrairement à l’opinion de Billroth, d'après lequel il n'existe dans les névromes périphériques que des fibres nerveuses, Rindfleisch admet dans ces tumeurs l'existence de cellules nerveuses.

Lancereaux se range à cet avis en disant que les fibres nerveuses ou les cellules ganglionnaires entrent comme élément principal dans la composition des névromes. Il établit deux variétés de névromes: le névrome ganglionnaire et le névrome fasciculaire. Il semble que cette division, bien que ne différant pas en apparence de celle de Cornil et Ranvier, ne corresponde pas chez Lancereaux à des conceptions identiques : pour Cornil et Ranvier, le névrome ganglionnaire se rencontre exclusivement dans les centres nerveux et ne comprend'comme éléments nerveux que des cellules ganglionnaires ; tandis que pour Lancereaux, le névrome ganglionnaire siègerait indifféremment dans les ganglions, les centres ou les cordons nerveux, et serait constitué à la fois par des fibres nerveuses et par des cellules que l’on peut croire de nature nerveuse.

Si nous ouvrons à l’article névromes le traité d'anatomie pathologique de Coyne nous y trouvons une phrase qui achève de mettre la confusion dans les esprits : nous relevons en effet (page 172) ce qui suit : « Le développement des tubes nerveux dans les deux « variétés anatomiques (du névrome) provient du « tissu conjonctif qui servirait de tissu matriciel, les « tubes nerveux préexistants du filet nerveux n°y pre- « nant aucune part. En effet, entre les tubes nerveux « du nerf on observe en outre des novaux et des cellu-

sie

« Jes indifférentes embryonnaires, des cellules fusifor- « mes qui après scission et multiplication de leurs « noyaux se transforment en tubes cylindriques allon- « gés avec production de gaine de « myéline. C’est « tout au mains ce que Fôrster a observé et décrit. » es cellules qui se trouvent là comme par hasard et qui après scission et multiplication de leurs noyaux se mettent à engendrer un névrome, sans d’ailleurs que les tubes nerveux préexistants y prennent la moindre part, sont vraiment comme le « deus ex machinà » qui surgit on ne sait d’où et on ne sait pourquoi; on se demande quelle idée un élève en médecine peut bien se faire d’un névrome, lorsqu’après les descriptions incomplètes, inexactes et contradictoires que nous avons relevées, il tombera sur cette dernière ; on commence par lui définir un névrome, une tumeur constituée par des tissus nerveux et on lui explique easuite que des cellules qui n’ont rien de nerveux et qui ne servent à rien en temps ordinaire sont là dans les nerfs tout exprès pour engendrer des névromes sans que les filets nerveux préexistants soient obligés d'intervenir pour la plus petite part. Il y a là une contradiction, car ou bien le névrome est constitué par du tissu nerveux et il ne peut pas être formé par une prolifération de cellules qui n’ont rien de nerveux, ou bien le névrome peut résulter du développement de cellules qui ne sont pas nerveuses et alors ii ne faut pas dire que le névrome est constitué par du tissu nerveux. M. Quénu dans le traité de chirurgie (!) a évité de

(1) Quénu. Traité de Chirurgie, {, L*, (tumeurs.

tomber dans ce dilemne gênant dont il voyait bien qu'on ne pouvait pas sortir et il adopte le parti radical de contester l'existence même des névromes périphériques : « Billroth, dit-il, doute qu'il existe d’autres névromes que sur les moignons d’amputés. Je suis bien de l’avis de Billroth et comme je rejette du cadre des tumeurs les cicatrices douloureuses des nerfs sectionnés, je vais plus loin que lui et je doute de l’existence même des névromes fasciculés. Il ne suffit pas, en effet, d’avoir constaté la présence de filets nerveux dans une tumeur pour affirmer qu'il s’agit d’un névrome, 1l faudrait démontrer que ces filets nerveux sont de nouvelle formation ; de la plupart des descriptions 1} ne ressort qu’une chose, c’est que le tissu cellulaire intra-fasciculaire en prolifération a refoulé à la périphérie ou dissocié en tous sens des tubes nerveux préexistants. »

Au milieu de tout ce chaos de conceptions où l’esprit est égaré, ne sait que croire, et cherche en vain la lumière, celle de M. Bard est la seule qui donne l'impression dé la clarté qui va avec la réalité des choses, mais elle a été comme noyée au milieu des autres, et ne semble pas avoir émergé suffisamment. Qu'on relise attentivement l’article des Archives de physiologie sur les tumeurs du type nerveux (') et on verra combien plus simple, plus compréhensible est cette conception qui a surtout le mérite d’être un chaînon dans une grande chaîne, et de compléter en ce qui

(1) Bard. Archives de physiologie normale et pathologique, Paris 1855. Des tumeurs du type nerveux.

concerne le type nerveux, les notions générales sur le développement des tumeurs des différents types cellulaires. |

M. Bard distingue deux types de névromes: 1° le type de la substance grise, que l'on rencontre presque exclusivement dans la substance grise encéphalique et dans la rétine ; 2° le type de la substance blanche fasciculée., Ces deux types de tumeurs peuvent revêtir soit la forme adulte soit la forme embryonnaire et tous deux ont pour point de départ une cellule d’un type nerveux. La plupart des cas décrits sous le nom de myxomes des nerfs sont, d’après M. Bard, des formes embryonnaires du type fasciculé. Les formes adultes correspondent aux névromes fasciculés de Cornil et Ranvier, et rappellent plus ou moins la forme des fibres nerveuses (névromes myéliniques et amyéliniques); mais les névromes des moignons que Cornil et Ranvier décrivent comme de véritables névromes sont pour M. Bard des productions plus ou moins inflammatoires et non de véritables tumeurs. Ainsi cela est bien simple: Les névromes comme il fallait s’y attendre en vertu de la loi de la spécificité cellulaire résultent de la prolifération de cellules nerveuses et ii y a deux types de cellules neryeuses pouvant donner naissance à des névromes. 1° le type des grandes cellules multipolaires des centres nerveux avec leurs dérivées les cellules de la névroglie ; 2 un type de cellules nerveuses qui entrent dans la constitution des nerfs et qui sont les cellules myéliniques elles-mêmes, considérées comme cellules nerveuses et non pas comme cellules conjonctives,

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