‹ Qu'est-ce qu'un névromeChapitre 8 sur 24 · SEP UNE · texte numérisé non relu

SEP UNE

elle est en contradiction avec les lois fondamentales d’embryogénie et d’histogénie.

Nous né nions pas cependant que les tissus adultes puissent se modifier dans une certaine mesure et revêtir des formes un peu différentes de leur forme primitive, mais ces transformations se font entre des limites très restreintes : le tissu graisseux, par exemple, prend naissance au sein du tissu conjonctif par transformation des cellules conjonctives en vésicules adipeuses ; c’est par le même processus que se développent les lipomes au sein du tissu cellulaire sous cutané, l’adipogénèse venant se combiner à l’hyperplasie des éléments de ce tissu ; le tissu conjonctif peut encore revêlir la forme fibreuse et produire des tumeurs fibro-plastiques. Mais il n’y a pas alors passage d’une espèce à une autre espèce, le tissu adipeux et le tissu fibreux n'étant que des variétés du tissu conjonctif. C’est sans doute ce que pense Cruveihlier lorsqu'il parle des « métamorphoses et productions organiques analogues (!)». [ divise les tissus de l’économie en deux grandes classes : 1° Tissu général, c’est-à diretissu con- Jonctif et ses dérivés ; 2° Tissus spéciaux, qui remplissent dans l’économie des fonctions spéciales ; tels sont le tissu musculaire, le tissu nerveux et le tissu glandulaire. Cruveihlier s’est basé sur cette division pour établir les lois qui président aux transformations des tissus qu’il désigne sous le nom de métamorphoses. Ces lois sont les suivantes : 1° « Les tissus élevés ,de l'organisme peuvent descendre à un degré inférieur

(1) Cruveiblier, Traité d'anatomie pathologique générale, 1856.

EROTIE

d'organisation, tandis que les tissus inférieurs ne peuvent pas s'élever à un degré supérieur ; ® Les tissus spéciaux ne peuvent pas se transformer les uns dans les autres ; 3° Les tissus spéciaux ne peuvent pas se produire de toutes pièces au sein de nos organes ; 4 Lorsque les tissus ont subi une métamorphose complète, et cette métamorphose est toujours descendante, ils ne peuvent plus remonter dans l'échelle ni à plus forte raison revenir à leur état premier. » Cettethéorie tend donc à restreindre les transformations des tissus entre des limites assez étroites, mais Cruveihlier ne l'a pas assez généralisée : il admet qu’à l’état physiologique les tissus spéciaux naissent d’une gangue cellulaire pour s'élever ensuite aux degrés supérieurs de l'échelle de tissus ; d’après cette conception qui est aussi celle de Virchow, le lissu conjonctif serait encore un tissu indifférent. Outre qu’il n’est pas rationnel de penser que le, tissu conjonctif se comporte de facons différentes à l’état physiologique et à l’état pathologique, cette distinction des tissus en tissu général et tissus spéciaux doit être rejetée. Le tissu conjonctif possède en effet comme tous les autres son individualité ; il remplit dans l’économie des fonctions spéciales ; il a d’abord un rôle de soutien : c’est luiquirelie entre eux les tissus et les organes, les pénètre en tous sens et leur forme une sorte de charpente au sein de laquelle cheminent les vaisseaux et les nerfs ; de plus c'est lui qui dans les solutions de continuité, fait les frais du travail de cicatrisation.

Le tissu conjonctif possède donc des fonctions bien spécialisées ; il n'a pas ce rôle universel d'agent for-

mateur que lui ont attribué tant d’histologistes. Tous les tissus de l’organisme se développent aux dépens de cellules embryonnaires ; mais s’il est vrai qu’on trouve chez tous les éléments embryonnaires une analogie presque absolue, il faut savoir qu’aussitôt que la cellule cesse d'être embryonnaire et qu’elle esquisse les caractères de l’adolescence, alors même qu’elle est encore arrondie, on voit se développer certains caractères chimiques et physiques qui permettent de reconnaître de très bonne heure quel sera le type de la cellule adulte ; et il n’existe jamais de tumeur tellement embryonnaire que l'on ne puisse y rencontrer quelques cellules adolescentes. L’étude du développement des êtres démontre qu'ils passent tous par une forme embryonnaire analogue ; ce n’est qu’à une phase très avancée de leur évolution embryogénique que l’on voit s’accuser par exemple les caractères qui distinguent un reptile d’un batracien, et cependant ces animaux possèdent dès la formation de l’œuf, une tendance inévitable à ressembler à leurs parents. De même, si les cellules embryonnaires des divers tissus ont à peu près la même physionomie générale, il n’en est pas moins vrai qu'elles ont dès leur naissance tous les attributs inhérents à leur espèce. Il résulte de ce qui précède que les tumeurs sont spécifiques et qu'aux différents types cellulaires correspondent autant d’espèces de tumeurs. C'est la déduction qui se dégage logiquement de la spécificité en général. Or, tous les tissus de l’économie sont susceptibles de donner naissance à des tumeurs; le tissu nerveux n'échappe pas à cette loi, et partout où l’on trouvera des cellules

nerveuses On pourra aussi rencontrer des tumeurs nerveuses ; d'autre part celles-ci feront toujours défaut là où le tissu nerveux est lui-même absent.

Nous pouvons dès à présent comprendre la signification générale du mot névrome : un névrome est une tumeur formée d'éléments nerveux ; on peut dire encore qu'il est une tumeur née du tissu nerveux; le seul fait qu'une tumeur s’est développée aux dépens de ce tissu implique nécessairement qu’elle est de nature nerveuse. Il ne faudrait pas en conclure que le névrome dût être exclusivement composé d'éléments nerveux. Suivant Billroth, le névrome vrai serait une tumeur formée de fibres nerveuses, à l’exclusion de tous les autres tissus. Or, nulle part on ne voit les éléments nerveux, pas plus d’ailleurs que les éléments épithéliaux et glandulaires, entrer en prolifération sans qu'il y ait en même temps une végétation parallèle du tissu conjonctif; il se fait aussi une nouvelle formation de vaisseaux destinés à la nutrition de la tumeur : « Le névrome, dit Virchow, est en tous cas une tumeur organoïde ou composée. Elle se compose nonseulement de fibres et de cellules nerveuses, mais elle renferme aussi une certaine quantité de tissu interstitiel (tissu connectif et vaisseaux). » Il ne faut done pas s'attendre à trouver dans un névrome uniquement du tissu nerveux, puisque celui-ci ne peut former une tumeur sans qu'il y ait simultanément un bourgeonnement conjonctivo-vasculaire ; mais dans la tumeur nerveuse, l'élément principal, celui qui doit servir à la caractériser, c'est l’élément nerveux, le développement

ANSE 11 Lise ns du tissu conjonctif n’apparaissant que secondairement à l’hyperplasie du tissu nerveux.

Nous avons cherché à établir: précédemment la différence qui existe entre les névromes et les tumeurs des nerfs en général. Il ne suffit pas pour qu’une tumeur soit un névrome qu'elle se trouve sur le trajet d’un nerf et qu’elle se soit développée aux dépens d’une partie quelconque d’un organe nerveux soit central soit périphérique; il faut encore qu'elle soit engendrée par un tissu de nature nerveuse. Il nous faut savoir maintenant quelles sont les diverses parties du nerf qui peuvent produire des tumeurs et quelles sont ces tumeurs. Le nerf à myéline comprend dans sa constitution des fibres nerveuses et du tissu conjonctif. Les fibres nerveuses sont disposées en faisceaux.reliés entre eux par le tissu conjonctif qui peut lui-même être divisé en trois systèmes : 1° le tissu conjonctif périfasciculaire (névrilème), qui forme une enveloppe commune à tout le nerf; 2 la gaine lamelleuse (périnèvre), qui entoure les faisceaux nerveux ; 3° le tissu conjonctif intra-fasciculaire, placé dans l’intérieur même des faisceaux nerveux qu’il pénètre. Les nerfs pourront donc donner naissance : 1° à des tumeurs conjonctives qui auront leur point de départ soit dans le névrilème, soit dans le périnèvre ou dans le tissu intrafasciculaire ; 2° à des tumeurs nerveuses, c'est-àdire à des névromes.

Parmi les tumeurs conjonctives des nerfs on peut citer d’abord les fibromes et les sarcomes. La structure des fibromes des nerfs est celle des fibromes en

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général; ils sont forinés de faisceaux de tissu conjoncüf très serrés et de cellules connectives aplaties à noyaux multiples. L'existence des sarcomes a été nettement établie par les observations de Verneuil, Broca, Foucault. Nous n’insisterons pas sur ces genres de tumeurs dont la description ne saurait être à sa place dans ce travail. Mais il en est une autre espèce qui nous intéresse davantage et sur laquelle nous insisterons plus particulièrement : ce sont les myxomes. On désigne sous le nom de myxomes des tumeurs molles constituées par un tissu muqueux analogue au tissu gélatiniforme que l’on rencontre dans le cordon ombilical (gélatine de Warthon): tels sont les polypes muqueux des fosses nasales. Le tissu muqueux ou myxoïde est constitué par une substance fondamentale amorphe et par des cellules de formes variables, rondes anguleuses ou fusiformes, possédant des prolongements quis’anastomosent avec les autres cellules. La substance fondamentale est analogue à du blanc d’œuf ou à de la gomme arabique en solution, et peut être assez abondante pour que la tumeur soit fluctuante.

On s'accorde généralement à reconnaître la nature conjonctive du tissu muqueux. Ce tissu est considéré depuis Virchow, comme l’un des stades du développement du tissu conjonctif. Chez les vertébrés, certains organes .tels que le cordon ombilical et le corps vitré de l'œil conservent l’état muqueux, de telle sorte que le tissu muqueux peutêtre l’une des formes du tissu conjonctif définitif.

Les myxomes se rencontrent assez fréquemment

sur les nerfs aù ils ont été bien étudiés par Virchow. D'après les notions que nous possédons sur le tissu muqueux, ces tumeurs doivent être considérées comme étant de nature conjonctive, comme le tissu muqueux normal, Aussi, range-t-on les inyxomes des nerfs parmi les pseudo-névromes, au même titre que les autres tumeurs conjonctives.

Il est vrai que les névromes peuveñt avoir macroscopiquement un aspect analogue à celui des myxomes et qu’à un examen superficiel ces deux genres de tumeurs pourraient ètre confondus : aussi nous sommes convaincu que dans un grand nombre de cas on a dû décrire sous le nom de myxomes des tumeurs qui étaient de véritables névromes. Mais Île myxome des nerfs et le névrome sont deux productions bien différentes par leur nature histologique, et il ne faut pas appeler myxome toute tumeur ayant l’aspect myxomateux, le nom de myxome devant être réservé à une variété spéciale de tumeurs conjonctives. :

Nous pouvons donc éliminer déjà des névromes toutes ces tumeurs pour lesquelles on avait formé, depuis les travaux de Virchow, ia classe des pseudonévromes, et qui sont pour la plupart des tumeurs de nature conjonctive, et se développant aux dépens du névrilème ou du périnèvre.

Il nous reste maintenant à envisager la fibre nerveuse dans ses rapports avec la formation des tumeurs des nerfs : c'est dans la fibre nerveuse que nous trouverons les éléments pouvant donner naissance à des

SAS CRE névromes ; il nous faut rechercher quels sont ces élémens. :

La fibre nerveuse comprend : 1° un filament central en rapport avec une cellule des centres, le cylindreaxe ; 2° une couche de matière grasse disposée en manchon autour du cylindre-axe, la mvéline ; 3° une membrane constituant la paroi du tube nerveux, la gaine de Schwann, qui renferme des noyaux allongés. Sur toute la longueur de la fibre nerveuse, on observe de distanceen distance des étranglements au niveau desquels la myéline est généralement interrompue. La portion comprise entre deux étranglements consécutifs a été appelée segment interannulaire, M. Ranvier a montré qu'il n’existait dans un même segment qu’un seul noyau occupant à peu près l’espace compris entre deux étranglements, et que le segment interannulaire pouvait alors être considéré comme une cellule très allongée ; la fibre nerveuse serait aonc formée de cel= lules placées bout à bout et traversées suivant leur longueur par le filament cylindre-axile. Au point de vue physiologique, c’est le cylindre-axe qui est la partie la plus importante du tube nerveux: il peut être considéré en effet comme le conducteur de l'infiux nerveux ; c'est lui qui transmet aux centres les impressions sensitives venues de la périphérie, et qui conduit à la périphérie l'influx venant des centres. Aussi, le cylindre-axe est- 1l regardé généralement comme l’élément essentiel de la fibre nerveuse. Pour nombre d’auteurs, Jui seul peut caractériser le nerf, et pour cette raison on à voulu en faire le point de départ des tumeurs nerveuses,

Pour Virchow, le névrome est une tumeur composée

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