‹ Qu'est-ce que la danse?Chapitre 10 sur 28 · EUTERPE ET TERPSICHORE · texte numérisé non relu

EUTERPE ET TERPSICHORE

seur ne cherche pas à traduire, par ses gestes, les particularités de valeurs, d'accents et de cohésion de la mélodie qui V « accompagne » ; il se contente d'en respecter globalement la mesure, la cadence générale. Entre elle et ses propres évolutions, il ne se soucie que d'un rapport de « coïncidence », non point d'un rapport d' « isochronisme », encore moins d' a isodynamisme y) rythmique. A la musique, il n'emprunte que son (empo et sa carrure. Il sait bien cependant que telle valse est plus dansante et tel air de ballet plus enlevant que tel autre. C'est donc que, malgré tout, les valeurs des notes agencées par le compositeur, leur degré mélodique, leur harmonisation, tous les éléments sonores d'un morceau de musique ont une action mystérieuse sur les réflexes de qui les écoute et qu'entre deux phrases musicales, bâties exactement sur le même plan, de même vitesse, de même coupe et de mesure identique. Tune peut être riche et l'autre pauvre en suggestions motrices pour telle forme de danse, tandis que pour telle autre, les qualités chorégraphiques de ces deux phrases se trouveront renversées. La Valse lente de Sf/hia, médiocre pour les danseurs de salon, est excellente pour le ballet classique ; elle serait détestable, à cause de la monotonie de son rythme, pour une danse rigoureusement musicale, qui prétendrait traduire note par note la légère symphonie de Delibes.

La parenté des deux arts est donc encore plus intime, leurs influences réciproques sont pins rons-

tantes et plus vitales que ne le révèle la connaissance de leurs rapports historiques. Une sorte d'endosmose règle leurs continuels échanges de trouvailles, d'aspirations, de nouveautés et de progrès, avec prédominance alternative de l'un sur l'autre, selon Fautorité supérieure qu'ils empruntent, à tour de rôle, aux conditions sociales du moment.

Sans remonter, au delà du Déluge, aux temps préhistoriques, où ce fut probablement la Danse qui précéda la Musique et la dota de ses premiers rythmes, — rythmes que des pierres, des plaquettes de bois, puis des patènes de bronze heurtées l'une contre l'autre durent souligner tout d'abord, — sans même remonter aux Grecs, dont la danse ne nous est guère connue, quoiqu'on dise, puisque leur tradition chorégraphique n'est parvenue jusqu'à nous que par des monuments figurés, qui enregistrent les états, les « positions » de ses danseurs, mais nous laissent tout à deviner de leurs mouvements et de leurs rythmes, et, sans nous perdre dans le moyen âge, au sujet duquel nous ne sommes pas mieux renseignés, voyons l'art instrumental moderne sortir des danses populaires, ou des danses de Cour, dont un Rameau, un Couperin, un Bach, un Haendel s'inspirèrent pour écrire leurs Suites d'orchestres, décadences variées.

Le bon Haydn fixe le nombre, le caractère et l'ordre auxquels ces danses devront désormais se soumettre, pour mériter le nom de Symphonies ; Mozart les porte à un point divin de perfection et Beethoven, dans ses

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