‹ Qu'est-ce que la danse?Chapitre 14 sur 28 · L'AKOIUE OA?^^ LA OA?^^E · texte numérisé non relu

L'AKOIUE OA?^^ LA OA?^^E

TOUT le monde connaît le chef-d'œuvre de Carpeaux : cinq ou six femmes entièrement dévolues, se tenant par la main, les jambes fléchies, le corps à la fois tassé dans un mol abandon et tendu par un élan fou, le visage ivre d'ardeur et de h\ssitude, environnent de leur ronde désordonnée un bel adolescent, nu comme elles. Longue et frémissante étamine, il se dresse au cœur du brillant calice et, dans Tair salure d'odeurs, secoue sur les vivants pétales, le pollen sonore de son léger tambour de basque. Tout ici palpite et s'énerve; tout n'est que désir et trouble sensuel. Les pieds levés somblout i;risés de joie ; les mains, ;\ se frôler, frissonnent. In

vertige amoureux émane de tous ces êtres, mais je ne sais quelle beauté les transfigure. La démence scande leurs mouvements; la volupté les harmonise.

Nous voici loin, bien loin des sereines évolutions, dont nous évoquions tout à l'heure le cortège mené par Uranie. Ici le rythme se débride et les proportions s'émancipent; Taccent seul a remplacé toute mesure et la passion triomphe.

C'est encore la Danse pourtant! C'est même ainsi que son nom Tévoque, dans la plupart des imaginations. La Danse, pour le villageois, pour la jeune ouvrière, qui attend fiévreusement le samedi soir, pour l'adolescente rêvant à son premier bal, pour cet homme impatient de serrer de nouveau contre son cœur la femme dont la pensée le hante, la Danse, c'est cela, c'est l'âme en folie, c'est l'éperdue liberté du geste, c'est la tendre inflexion de la valse qui caresse et engourdit, c'est le spasme sourd du tango, c'est la fontaine d'oubli, l'élixir d'impossible, la pesanteur un instant vaincue et le quotidien en déroute...

Pour l'amateur de ballet ou de danse grecque, c'est l'apothéose de la femme ; sa lévitation chimérique, dans l'oblique envolée des entrechats, parmi les tulles diaphanes; ou bien, dans des poses plastiques, la sculpturale nudité de la peau, à peine voilée par les mille plis de la tunique de soie. En tous temps, en tous lieux, c'est l'amour que signifie, pour l'immense majorité des êtres, cette agitation du corps humain,

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