L'AMOUR DE LA DANSE ET L'AMOUR DANS LA DANSE
l'amour, depuis la gentillesse du flirt, jusqu'à la gravité des attachements profonds, depuis Texaltation des émois charnels jusqu'à Temporlement des passions romantiques. C'est lui qui promeut la Danse, qui détermine ses pas, ses attitudes, ses girations, ses alanguissements, ses énergies; toute son effervescence.
Au milieu de son groupe de danseuses, Carpeaux a placé (on l'y voit à peine, mais il y est) un Kros couché, qui s'appuie d'une main sur le carquois et de l'autre brandit la torche.
Il a bien fait. Uranie ne repoussera pas de ses jeux subtils le fils d'Aphrodite; et lui sait bien que la beauté, sans quoi mourraient tous les désirs, ne peut que gagner au commerce de la savante Muse, dont les calculs et les injonctions règlent la magniiicence du ciel étoile.
Sans rien renier des considérations rigoureuses qui nous menèrent, dans les précédents chapitres, à la conception d'une Danse de majesté presque cosmique, sans transgresser en rien la loi des mesures, sans forfaire àl'honneurdu rythme, il est permis, c'est même un devoir pour l'artiste, de croire à la passion et de lui ouvrir, toutes grandes, les portes de ses sanctuaires.
l£lle ne fait point partie intégrante dr l'art, mais elle en est le ferment le plus actif.
Carpeaux (il faut souvent parler dr ce statuaire, quand il s'agit de danse) a modelé une létc de jeune
femme, qu'on appelle, je crois, la « Rieuse » et qu'on peut voir, à Paris, au Musée des Arts Décoratifs et dans un escalier du Musée Carnavalet. Du corps, on n'aperçoit que l'épaule et la naissance de l'aisselle ; mais tout, dans ce visage, exprime un sentiment d'amour si puissamment dynamique et cadencé, que cette simple tête évoque l'idée d'une danse ardente et langoureuse, aussi puissamment, aussi expressément que le corps entier des personnages, dans le haut-relief célèbre.
Il y a, en effet, deux facteurs presque également essentiels à considérer dans la genèse de presque toutes les productions artistiques : l'amour de l'artiste pour son art, pour l'exercice même de cet art et l'Amour, l'Amour avec un grand A, — amour d'un autre humain, amour de la nature, amour de Dieu, — qui lui suggère les motifs, les sujets, les caractères essentiels de son œuvre.
Dans la Danse, où l'artiste est à la fois l'inventeur et l'instrument de ses créations, cette double source d'activité se confond presque en un sentiment unique.
Un jour, j'étais encore enfant, je demandai à un violoniste s'il aimait beaucoup la musique; question naïve. Il me répondit plus naïvement encore : « Oui, j'aime beaucoup jouer du violon! » et je compris tout de suite que j'avais affaire à un sot. Si j'interroge une danseuse : « Aimez-vous beaucoup la danse ? » et qu'elle me réponde : » J'adore danser! » je ne la