‹ Qu'est-ce que la danse?Chapitre 20 sur 52 · FA $ L · texte numérisé non relu

FA $ L

| EUTERPE ET | TERPSICHORE “te T8

| Aueun ui ne saurait symboliser plus d ubnmen la toute-puissance du YRGRITRS musical.

Il peut paraître étrange que, dans un livre consacré à la Danse, j'aie tardé si longtemps à parler de ses rapports avec la Musique. Je tenais à avoir suffisamment précisé ce que j'entends par le premier de ces arts, avant de considérer les liens si étroits, si nombreux et si forts qui l’unissent au second. Toutes les sensations humaines et tous les arts qui en découlent se tiennent par de singulières correspondances ; Baudelaire l’a dit, dès 1857, dans un sonnet fameux :

Comme de longs échos qui de loin se confondent Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Ce n’était point là boutade de poète, mais ardente intuition de ces phénomènes, dont les savants et Les philosophes ne se préoccupent sérieusement que depuis peu d'années et que l’on nomme les synesthésies.

Nous n’avons pas à examiner le mécanisme de ces sensations associées : vision sapide, audition colorée, etc., qui tantôt sont le résultat d'un état maladif, tantôt la marque d’une imagination: vive, d’une rare acuité sensorielle.

Entre la Musique et la Danse, le lien principal est perceptible jusqu'à l'évidence; c’est le rythme. Il domine les deux arts ; il est aussi facile à mesurer dans

do CE Que LA DANSE

l’un que de l’autre, il établit entre eux, non pas une. 0 similitude, mais une identité absolue des moyens d’expression. Nulle part elle n’est plus éclatante que

dans les rondes enfantines et populaires, où les danseurs rythment leurs propres évolutions, en chantant

eux-mêmes la mélodie qui les fait danser ; où le même

souffle scande leurs mouvements et les airs qui en

règlent la cadence. 77 était une bergère et Nous n'irons plus au bois affirment ainsi la solidarité des deux arts,

avec une candeur, une autorité irréfutables.

Lorsque l'accompagnement se fait instrumental, cette solidarité, pour être moins organique, n’en demeure pas moins étroite. La musique du régiment joue-t-elle un pas redoublé, à raison de cent quarante noires à la minute ? les soldats qu’elle entraîne feront cent quarante pas dans le même LA D pas un de moins, pas un de plus. |

L’archet des contre-basses a-t-il marqué trois cent vingt fois le temps fort, pendant la valse? les danseurs consciencieux auront exéculé exactement cent soixante demi-tours, quand l'orchestre se taira.

Telle phrase du ballét de Syloia, « l'Entrée du Sor cier », ramène dix fois de suite le rythme : noire,

blanche, noire; rien n’empêchera le danseur habile et

musicien de reproduire exactement, par ses mouvements, cette succession d’une brève, d’une longue et d’une brève, que les Grecs nommaient amphibraque, en faisant figurer à leur place précise, dans son inter-

prétation chorégraphique, tous les accents de la parti-

| EUTERPE ET TERPSICHORE Re te Vie

tion de Diélbes. Et si, par le rythme, nous n entendons pas seulement la vitesse et la durée des phénomènes, mais aussi leur intensité et leur cohésion, la Danse,

peut traduire non moins fidèlement, par la qualité de

ses gestes, toutes les nuances, toutes les accentuations,

Ms

toutes les particularités du texte musical.

. Dans quelle mesure le fait-elle?

Pour poser clairement le problème, considérons un morceau déterminé, un morceau universellement connu. Nous parlions à l'instant de Sylvia. Prenons la fameuse Vase lente, en ré bémol, de ce ballet :

“ue ré la mila fa la fa! fa.

ré la mi la fa la fa! fa...

Il y aura trois manières de l'interpréter. On pourra

d’abord le valser simplement, comme on valse dans

un salon, c’est-à-dire exécuter indéfiniment et invariablement deux ternes par deux mesures, alternativement un terne arrière, pour passer d'avant en arrière et un terne avant, pour passer d'arrière en

avant. Les couples enlacés diront probablement que la

valse de Sylvia « n’est pas très dansante. » Nous ver-

rons, dans un instant, ce que cela signifie.

On pourra, et c’est ainsi que le fait la « Nymphe chasseresse », exécuter ce morceau en se balançant d'abord, plus ou moins en mesure, sur les lianes « qui unissent les arbres d’un bord à l’autre, en effleurant l’eau du bout du pied » ; puis, quittant cette escarpo-

lette improvisée, la RP A exécutera les

RE t ou BST-CE Que LA À DANSE

prouesses ordinaires du ballet classique entréchäts,. pirouettes, ballonnés, Jetés-battus, pour aboutir à 1’ « attitude », qui donne le signal des bravos. Et Le chorégraphe, qui aura réglé ce pas, déclarera sans

doute, avec l'interprète, que l’air de ballet dont il s'agit

est « très dansant ».

Une troisième façon de traduire corporellement cette gracieuse pièce musicale consisterait à suivre strictement le rythme de sa mélodie et à exécuter des mou-

vements de jambes et de bras rigoureusement calqués sur les notes qui la composent. On courrait, par

exemple, légèrement les quatre croches d’anacrouse, suivies immédiatement de deux croches, dont la première serait à peine accentuée. Ces six pas rapides mèneraient à un pas léger, suivi d’un saut, exprimant le demi-soupir qui achève le deuxième temps de la deuxième mesure; et le danseur retomberait un peu plus lourdement sur la note, brève mais accentuée, du troisième temps; et ainsi de suite... L'artiste qui agirait de la sorte affirmerait, je le gage, que la Valse lente de Sylvia « n'est pas bien écrite pour la danse. »

C’est qu’en effet, les corrélations possibles entre la Danse et la Musique sont si multiples, si subtiles et si

précises que, suivant le genre de chorégraphie adopté, suivant le parti-pris technique de ses mouvements, les mélodies, les harmonies, les timbres même doivent offrir des caractères tout différents.

Dans les deux premières hypothèses que nous venons d'envisager : valse de salon ou pas de ballet, le dan-

M seur ne à chételié pas à traduire, par ses s gestes. ds parne, ticularités de valeurs, d’accents et de cohésion de la

mélodie qui | « accompagne »; il se contente d'en

respecter globalement la mesure, la cadence générale. Entre elle et ses propres évolutions, il ne se soucie que

d’un rapport de « coïncidence », non point d'un Tapport d« isochronisme », encore moins d’ « isodynamisme » rythmique. A la musique, il n’emprunte que son {empo et sa carrure. [Îl sait bien cependant que

telle valse est plus dansante et tel air de ballet plus enlevant que tel autre. C’est donc que, malgré tout, les valeurs des notes agencées par le compositeur, leur

degré mélodique, leur harmonisation, tous Les éléments sonores d'un morceau de musique ont une action mystérieuse sur les réflexes de qui les écoute et qu'entre deux phrases musicales, bâties exactement sur le

même plan, de même vitesse, de même coupe et de mesure identique, l’une peut être riche et l’autre

pauvre en suggestions motrices pour telle forme de danse, tandis que pour telle autre, les qualités choré-

graphiques de ces deux phrases se trouveront renver-

sées. La Valse lente de Syria, médiocre pour les danseurs de salon, est excellente pour le ballet classique ; elle serait détestable, à cause de la monotonie de son rythme, pour une danse rigoureusement musicale, qui

prétendrait traduire note par note la légère symphonie de Delibes.

La parenté des deux arts est donc encore plus intime, leurs influences réciproques sont plus cons-

| BUTERPE £ ET TERPSICHORE nr no

| QUESTCE QUE LADANE

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tantes et plus vitales que ne le révèle la connaissance de leurs rapports historiques. Une sorte d’endosmose

règle leurs continuels échanges de trouvailles, d’aspirations, de nouveautés et de progrès, avec prédomi-

nance alternative de l’un sur l’autre, selon l'autorité

supérieure qu'ils empruntent, à tour de rôle, aux con-

ditions sociales du moment.

Sans remonter, au delà du Déluge, aux temps pré-

historiques, où ce fut probablement la Danse qui précéda la Musique et la dota de ses premiers rythmes, — rythmes que des pierres, des plaquettes de bois, puis des patènes de bronze heurtées l’une contre

l’autre durent souligner tout d’abord, — sans même

remonter aux Grecs, dont la danse ne nous est guère connue, quoiqu'on dise, puisque leur tradition chorégraphique n'est parvenue jusqu à nous que par des monuments figurés, qui enregistrent les états, les « positions » de ses danseurs, mais nous laissent tout à deviner de leurs mouvements et de leurs rythmes, et, sans nous perdre dans le moyen âge, au sujet duquel nous ne sommes pas mieux renseignés, voyons l’art instrumental moderne sortir des danses populaires, ou des danses de Cour, dont un Rameau, un Couperin, un Bach, un Haendel s’inspirèrent pour écrire leurs Suites d’orchestres, de cadences variées.

Le bon Haydn fixe le nombre, le caractère et l’ordre auxquels ces danses devront désormais se soumettre, pour mériter le nom de Symphonies ; Mozart les porte à un point divin de perfection et Beethoven, dans ses

| EUTERPE ET TERPSICHORE | moe

© neuf he do œuvre, les exalte encore, en n changeant l'ordre de grandeur de leur échelle rythmique. Par lui

le grave menuet, dépouillant sa tranquille bienséance, tourbillonne avec des fureurs de nébuleuses, dans des

« scherzos » cosmiques, et les rondos débonnaires

S’échevèlent en bacchanales olympiennes.

Jusqu'à Wagner on sentira la houle des vieilles

danses déchaînées rouler son flux et son reflux dans

un orchestre qui mène tantôt la sarabande de la

matière originelle, tantôt la chacone de l’or corrupteur

et tantôt la volte piaffante du Walhall en courroux.

— La Chevauchée des Walkvyries? « Une valse,

Madame ! »

La Musique, cette fois, avait pris décidément le pas

sur la Danse. Les chorégraphes modernes, dépassés

par le dynamisme polyphonique des maîtres de leur temps et attardés à des mignardises d’équilibristes, au

byzantinisme des « pointes », n’écoutaient plus les

invitations d’un orchestre ivre de sons, de bonds et de

tressaillements. En vain la Septième Symphonie dérou- Jlait-elle sa grande fresque dionysiaque; personne ne

se trouvait là pour dessiner dans l’espace, d’un corps frémissant, l’ardent amphimacre du « Vivace », le dactyle et le spondée si mélancoliques de l’ « Allegretto » et la formidable bacchanale de l « Allegro con brio », avec ses silences dilatés.

La Danse assoupie somnolait ou minaudait, en vieille dame qui joue les ingénues. Bientôt d’ailleurs

la Musique allait y perdre presque autant que la Danse,

80 | ou EST. CE QUE LA DANSE

Ho naturelle des rythmes commericaltt à à 'appau- si

vrir dans les éternelles redites d’une virtuosité routi-

nière.

Tant que les deux arts avaient aspiré ensemble à une carrure régulière, à des cadences égales et balancées, à des successions bien sages de huit mesures, l'inspiration des compositeurs s'était trouvée suffisamment sollicitée et soutenue par les gavottes, les menuets, les branles, les gigues, les rigaudons, les passe-pieds et les sarabandes du ballet d'Opéra. Mais, quand les symphonistes et, après eux, les musiciens de théâtre, se libérèrent peu à peu des entraves d’une coupe monotone et rigoureusement symétrique, les danseurs, avec leurs habitudes ancrées de « quadril-

les » et de « reprises » continuelles, ne pouvant pas

suivre les musiciens dans cette voie libératrice, cessèrent du même coup de leur fournir des formules

rythmiques intéressantes, de guider l'essor de leur ima-

gination par le spectacle fertilisant du geste et de l’expression corporelle. La mélodie, perdant tout souci de mesure et d'équilibre, s’abandonnant à des rythmes purement cérébraux, sentit, du même coup, la vie se retirer d'elle, se dessécha dans des combinaisons abstraites. À cette éternelle rêverie sonore, à cette pâte, souvent séduisante de couleur, mais constamment amorphe, nos chorégraphes ne trouvèrent plus, ils ne pouvaient plus trouver un art correspondant, puisque toutes les conditions humaines du mouvement sont méconnues par elle.

LT Per ire DR

“is x EUTERPE ET | TERPSICHORE 81 Pond hui, quand i un compositeur, sans te | conviction, se décide à écrire spécialement pour la ji Danse, il n’aboutit à rien de caractéristique, de neuf, 7 ni de beau, à moins qu'il n'emprunte leurs rythmes aux danses nationales de tel ou tel peuple. Dans ces di conditions, un Massenet peut encore bâtir les Divertissements superficiels, mais brillants et suffisamment . évocateurs, des Erynnies ou du Cid et Borodine créer ce puissant chef-d'œuvre que sont les Danses du Prince Igor. Mais, dès qu’ils abandonnent ce soutien ethnique, nos musiciens, sans guide, sans aucune intuition motrice, sans aucun souci de renouvellement rythmi- | que, ne produisent plus ou que des pages « indansables » ou que de pauvres poncifs sans originalité, semblables aux grandes personnes qui, s'adressant aux enfants, croient nécessaire tour à tour de « pontifier », pour les éblouir, ou de « niaiser », pour leur plaire. Je vous mets au défi de trouver une seule page, écrite par un compositeur contemporain, en vue d’une danse de charme ou d'expression imaginée par lui, qui réunisse, comme l’admirable solo de flûte d'Orphée, la beauté musicale et pathétique du sentiment à l’élégante richesse d’un dynamisme délicieux. C’est que Gluck, nous le savons par le témoignage formel de Méhul, mimait et dansait lui-même toutes ses inventions, avant de les confier au papier à musique.

Un artiste de nos jours, également sensible à la beauté des sons et à celle du geste, a compris enfin à

ARE a QuEsré CE : que | LA DANSE

que la be ne peut pas plus se passer ne la Danses

que la Danse ne peut se passer de la Musique. Habite à enseigner les rudiments de son art à la jeunesse, il

s'aperçut vite qu’il n’y a pas de rythme purement musical et que le sentiment de la mesure, chez le musicien,

dérive étroitement de ses habitudes motrices. C'est ainsi que Jaques-Dalcroze, dans les toutes premières

années du xx’ siècle, inventa la Gymnastique Rythmique. Je n'ai pas plus à entrer ici dans des détails sur la

technique de cette science ou de cet art — comme il

vous plaira de l’appeler — que je n’examinerai plus loin la technique de la danse de ballet ou celle de la danse de salon. La Gymnastique Rythmique d'ailleurs n’est pas une « forme » nouvelle de danse; elle en fera naître une presque fatalement, mais elle n’est, en soi, qu'une méthode pour la régularisation des habitudes motrices et le perfectionnement du sens rythmique musical. Elle apporte donc ses admirables bienfaits à n'importe quelle sorte de chorégraphie et la danseuse-étoile de l'Opéra, comme le danseur de tango, pourraient tirer immédiatement un éclatant profit de ses exercices généraux.

En renouant étroitement, après des siècles de relà-

chement, les relations indispensables du mouvement

corporel et de la mélodie, la Gymnastique Rythmique offre à deux arts, qui se meurent de leur trop long divorce, des facilités magnifiques d'évolution et ce renouvellement. Qu’on le reconnaisse ou non, son invention est le fait capital de l’histoire de la Danse,

ne

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UNPE Ne NA | EUTERPE ET TERPSICHORE + Ne | depuis de longs siècles. Et, par choc en retour, elle ni pourrait bien être aussi l'un des faits les plus impor- tants de l’histoire de la Musique à notre époque. . Faute de se placer sur un plan suffisamment élevé, | pour considérer la valeur d’une telle méthode, beau- . coup de chorégraphes et de compositeurs se refusent | encore à y croire. N’essayons pas de les convaincre : | nous n y parviendrions pas. Peu à peu « Les choses : parleront assez d’elles-mêmes ». Que les lecteurs, enclins à rechercher les rapports mystérieux entre les phénomènes et l’aveugle mais sûre logique du Destin, me permettent seulement, après leur avoir rappelé que M. Jaques-Dalcroze est citoyen suisse et que c’est à Genève qu'il à créé sa Gymnastique Rythmique, qu'ils me permettent de leur citer un passage du Rhin, de Victor Hugo, ce livre si prophétique à tant d'égards.

« Toute cette ravissante côte basse du Léman, « écrivaitle poète, en 1859, dans la partie de son ouvrage ‘« consacrée à la Suisse, a été, depuistrois mille ans, « sans cesse dévastée par des passants armés qui « venaient, chose étrange, du midi aussi bien que du « nord. Les Romains y ontirouvé la trace des Grecs ; « les Allemands y ont trouvé la trace des Arabes... « En feuilletant, l'autre jour, dans la bibliothèque « de Bèle, un assez curieux exemplaire des Commen- « taires de César, je suis tombé sur un passage où « César dit qu'on trouva dans le camp des Helvétiens « des tablettes écrites en caractères grecs, et j'en ai

que ST- CE QUE 1 ui DANSE

pris note : Repertæ sunt tabulee Ho græcis con- fectæ. (De Bell. Gall., xe, 1). EN

« Les Romains ont (is à ce délicieux pays deux

ou trois tours de guerre, destombeaux, entre autres,

la sombre et touchante épitaphe de Julia Alpinula, des armes, des bornes miliaires, la grande voie

militaire qui balafre ces admirables vallées depuis le Valais jusqu'à Avenches, par Veveyet Attalins, et

dont on découvre encore ça et là quelques arrachements. Les Grecs lui ont laissé aussi les Koraules

de la Gruyère, ces danses que leur nom explique,

etyopôs et avr. Ainsi des forteresses, des sépul-

cres, une épitaphe qui est une élégie, une route stratégique, voilà l'empreinte de Rome ; des processions qui semblent ordonnées par Thespis et une danse au son de la flûte ; voilà la trace de la Grèce.

Ne tenez-vous pas pour admirable que ce même

avs. après tant de siècles, ait retrouvé la théorie de 1 9

la Koraule, dont il avait conservé la pratique, et qu'un :

chansonnier helvète sonne, pour le plus pathétique de tous les arts, le signal de la renaissance, avec le : gracieux flûtiau qui modula d’abord Cœur de ma Mie et Kirikirikan ?

Nous ne savons pas si un renouvellement marqué de

la musique par la Danse et de la Danse par la Musique se produira réellement bientôt. Tous les artistes qui

aiment profondément la Musique doivent le souhaiter | autant que ceux profondément épris de la Danse.

à Dale pourra, par son habileté à varier les rythmes, à exprimer les chants mystérieux de l'être, par sa richesse d’accents et d'harmonies, se passer totalement

du secours de toute musique et s’engendrer à elle-même

: une atmosphère qui l’enveloppe et lui suffise ?.….

Quand un acrobate arrive à la partie sensationnelle

de son « numéro », il fait souvent taire l'orchestre et trempe ses tours de force capitaux dans un impres- sionnant silence, où rien ne distrait plus l'esprit de leur contemplation exclusive.

Il serait étrange et saisissant, en effet, qu’un pareil

isolement laissât, dans la pleine beauté nue de leur

art, un être ou un groupe d'êtres magnifiquement beaux et parfaitement harmonieux qui, seulement baignés de lumière, sans décor, sans changement de

costumes, se créeraient, par le prestige de leurs gestes,

de leurs expressions et de leurs attitudes, leur seul

cadre pittoresque et orchestral.

De même que, dansles grandes souffrances physiques,

le siège de notre mal semble devenir le lieu géométrique de notre conscience sensorielle tout entière, ici

notre vie intellectuelle et physique, exclusivement

concentrée dans des jouissances visuelles, s’'épanoui-

rait en illusions pittoresques, en suggestions olfactives et tactiles, éveillerait, dans notre imagination sonore, L . de magiques échos, pareils à ces symphonies dont les

… songes nous apportent quelquefois des bouffées.

Il y aurait, dans cette emprise, dans cet ébranle-

prodige artistique n’esl pas de ce monde.

Mais il suffit d’avoir conçu cette unité multiple, pourexiger impérieusement plus de solidarité entre les deux grandes muses du Rythme, pour ne pas permettre à l’une d'elles un dédain persistant à l'égard de l’aînée, qui fut son éducatrice et restera sa meil

leure conseillère, et pour interdire à celle-ci un

manque impardonnable de déférence vis-à-vis de la cadette, qui, trois siécles durant, vient de produire tant de chefs-d'œuvre coup sur coup.

Le - LIVE 0

ment simultané de tous les sens par l'intermédiaire un d'un seul, une sorte de volupté chinoise, un luxe cérébral d'un raffinement suprême. Mo.

= Malheureusement ce n’est là qu'un rêve ; l'absolue perfection nécessaire à l’accomplissement d'un tel

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