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CHAPITRE VII TERPSICHÔRE ET URANIE

I A danse, étant, par excellence, l’art du mouvement, relève, à n'en pas douter, de la mécanique; et

celui qui voudrait établir une théorie vraiment scien-

tifique de l’énergie chorégraphique aurait à connaître parfaitement tout ce qui touche à la cinématique. Les

notions de vitesse, de temps, d'accélération, de force, d'inertie, de travail, d'attraction, de poids, de masse,

de pression devraient lui être familières. Il n’est pas, nous le verrons plus loin, jusqu'à la connaissance des mouvements oscillatoires qui ne lui soit utile.

Fort heureusement un tel savoir n’est pas indispensable au danseur ; l'expérience de son art et un esprit méthodique d'observation lui permettent d'acquérir un empirisme mécanique suffisant pour organiser, dans

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lee) eures es possibles, les M ne de sa U RU sensibilité musicale, de son invention plastique, de Lt

son énergie musculaire et de sa propre masse.

D'ailleurs, là où peut intervenir l'intelligence humaine, soit par la volonté spontanée, soit par action : des réflexes, soit même par le jeu du subconscient, il ne peut y avoir de phénomènes rigoureusement scientifiques.

Si je considère une sphère de tel volume, de tel poids, formée d° une matière de telle élasticité, placée sur un plan incliné sur l'horizon suivant tel angle, ou lancée par une poudre de telle qualité, dans un tube de telle longueur, je pourrai prévoir rigoureusement, par le calcul, comment se comportera cette sphère, quellesera son accélération sur le plan incliné, ou quelle trajectoire elle décrira dans l’espace.

Si je suppose un homme tombant par mégarde dans le vide, du haut de l'Arc de Triomphe, je sais que sa volonté ne lui permettra pas de rebrousser chemin en cours de chute ; et, si je connais la masse et la densité de cet homme, la hauteur de l’édifice, la force et la direction du vent, au moment de l'accident, je pourrai établir, à coup sûr, au bout de combien de secondes 1l s’écrasera sur le pavé et dans quel endroit du sol. ;

Mais J aurai beau posséder tous les renseignements mécaniques sur le volume, le poids, la masse d’un danseur ou d'un coureur, la longueur de ses jambes, l'amplitude moyenne de ses pas ; j'aurai beau savoir

| TERPSIGHORE ET URANIE om

“0 qu "il S hote dans une direction donnée, surun EN

prévoir ni à quel point de l'espace, ni même à quelle distanceïde son point de départ il va se trouver au bout de trente secondes, parce que sa volonté lui aura permis de changer en route et d'orientation et d'énergie motrice. Un homme n’a pas, dans sa marche, la fixité d'action d'une pièce d'artillerie et son inspiration motrice ignore la régularité de déflagration d’un explosif bien préparé. C'est précisément cette absence de déterminisme rigoureux, dans la balistique humaine, que nous appelons le libre arbitre. Et c’est aussi pourquoi les « sciences d’art » ne peuvent se confondre avec les sciences physiques et naturelles proprement dites. Mme Crépin, dans le vieil album de Tôpffer, avait raison de se fâcher contre ses fils, qui voulaient mettre chez elle « la cuisine en chimie ».

Les peintres n’ont que faire d'approfondir les lois de l'optique, ni les musiciens, celles de l’acoustique. Les théories des vibrations leur sont indifférentes.

Mais les premiers auraient intérêt à connaître de façon tout à fait méthodique les sensations colorées et leurs relations (connaissance qu'on ne leur enseigne aucunement dans les écoles des beaux-arts) et, les seconds, à posséder, sur la science des sensations sonores et de leurs groupements, des principes d’un empirisme moins désordonné, moins décousu, moins conventionnel que ceux professés, dans les conservatoires, sous le nom d’ « harmonie ». |

parfaitement déterminé et chronométré, je ne puis

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IL est certain que les données obéctires de la nu. 4 sique et de la mécanique ne sont pas nécessaires aux artistes, qui n’ont pas à se préoccuper du « pourquoi».

mais du « comment » des phénomènes, dont ils se

servent constamment pour exprimer el transmettre

leurs émotions et leurs pensées.

Si je suis peintre, je n'ai pas à étudier les particularités de la décomposition de la lumière blanche par le prisme. La théorie des rayons infra-rouges et ultraviolets ou celle des raies de Frauenhofer ne le touche aucunement. Si l’on me dit que toutes les couleurs du spectre sont primitives, que, par exemple, des rayons verts, reçus isolément, à la sortie du prisme, sur un petit miroir et réfractés par un second prisme ne se décomposent plus, cela ne m'empêchera pas de constater qu'en mélangeant du bleu et du jaune, sur ma palette, je puis faire du vert, et que, par conséquent, pour moi peintre, cette couleur est binaire.

Mais, s’il m estindifférent que les rayons du spectre se comportent de telle ou telle manière, dansle cabinet d'optique, en revanche je me priverais d’un savoir précieux en n apprenant pas que toutes les couleurs de la « suite spectrale » peuvent PE au moyen de trois d’entre elles. Et sije puis arriver à établir expé-

rimentalement, par des disques partagés en secteurs.

diversement colorés, quelles sont rigoureusement ces trois primaires, dans quelles proportions il faut les

mélanger, deux par deux ou trois par trois, pour obtenir toutes les sensations de couleur, et dans quel ordre je

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