‹ Qu'est-ce que la danse?Chapitre 26 sur 52 · UNIT · texte numérisé non relu

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4 ni ii fond, nl ta forme, mais le résultat d’une con- !

naissance approfondie de ce qu'on veut dire et des

moyens de le dire, d’un choix judicieux entre les éléments expressifs dont on dispose, d’une élimination constante de tous les efforts stériles et de tous les ornements vains. Le savoir ne délivre pas seulement de la niaiserie: il délivre aussi de la virtuosité. A la condition, bien entendu, qu'il soit personnel, point livresque, fondé sur l’expérience des lois naturelles et non le fruit d'une aveugle tradition. Je songe, en ce moment, à la prétendue science de l'harmonie musicale, qui n'est que le fruit d’un empirisme hasardeux et ne doit la faveur dont elle jouit encore (même de la part de ceux qui prétendent la mépriser) que précisément à son absence complète d'ordre, de logique et souvent de bon sens. Le jour où l’on classerait méthodiquement les sensations sonores et où l’on étudierait leurs combinaisons et leurs rapports, dans un véritable esprit scientifique, les musiciens, soyez-en sûrs, déclareraient à qui mieux mieux que leur inspiration est en danger et que leur tempérament ne saurait accepter de pareilles disciplines.

Sans pousser plus loin la défense des sciences d'art, je donnerai seulement deux exemples très concrets, très précis, comme arguments irréfutables en faveur de l'étude raisonnée du rythme géométrique.

L'un d’eux prouve que parce qu'un exercice semble compliqué, il ne s’en suit pas qu'il soit impraticable,

a on | ouEsr-GE QUE | LA DANSE

ni même difficile, malgré les apparences. L'explicas À hs tion la plus simple d’un phénomène n’est pas forcé ment la plus juste, ni, en fin de compte, la plus

claire.

Avant eu récemment l’occasion, en vue d’une figure de Danse, de dessiner sur le sol deux ellipses, dont les axes se coupent à angle droit, par leur milieu, j'essayai, à titre de pure curiosité, d’en faire suivre le tracé, selon certains rythmes, simples mais précis, à des petits enfants de six ans et de cinq ans. Je pensais qu'ils n’arriveraient pas à régulariser leur trajet, ni comme orientation, ni comme amplitude de pas. Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu'ils y parvinrent presque tout de suite et, qu'au bout de deux à trois leçons, tous les enfants effectuaient des ellipses, n'importe dans quel sens, avec une assurance et une précision bien plus grande qu'ils ne font les carrés, les triangles et Les ronds.

Ainsi cette courbe, plus compliquée mathématiquement que le périmètre des polygones réguliers ou que les circonférences, offre aux jeunes humains, comme aux astres, une sorte d'orbite naturelle, que leur masse parcourt sans aucune peine ; et leur volonté consciente coïncide, qui aurait pu le deviner! avec les lois immuables de la gravitation universelle !

L'autre exemple démontre quelle source incomparable d’enrichissement l’art de la Danse peut trouver dans des principes purement scientifiques.

Frappé par le caractère de quelques réalisations

ARE | TÉRPSYCHORE ET URANIE Ho tan

ane exécutées à cette époque devant lui, un mathématicien m'écrivit, au mois de mars 1920, pour me suggérer l’utilisation, dans la Danse, de certaines illusions d'optique d’origine géométrique. Il m’engagea notamment à tirer parti du théorème de La Hire sur l’hypocycloïde décrite par le roulement d’un cercle

à l’intérieur d'un cercle de diamètre double. Nous trouvâmes promptement un dispositif musical permettant ne traduire chorégraphiquement cet axiome et, grâce à l’habileté d'élèves rompues à toutes les subtilités du rythme dans le temps et dans l’espace. nous réussimes, avec des trajets de mouvement pendulaire, à organiser une figure de danse collective, dont l’invention eùt été impossible au maître de ballet le plus expérimenté, le plus ingénieux, le plus inspiré du monde ; figure dont la grâce imprévue offre toute l’élégante aisance, toute l’autorité des forces de la nature sûres d'elles-mêmes, dans le tranquille fonctüonnement de leur activité.

Nous parlions naguère d'une danse sans accompagnement. Celle-ci serait peut-être la plus capable de réaliser ce postulat, tant elle est souple, élastique, chantante etcomme « huilée ». C’est, par conséquent, la Géométrie qui nous permettrait, avec une indépendance souveraine de l’esprit, avec une acuité d’imagination libre de toute entrave, de penser ainsi à la Musique absente.

En tout cas personne ne saurait s'inscrire en faux contre une telle affirmation : la chorégraphie, qui

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