L'AMOUR DE LA DANSE ET L'AMOUR DANS LA DANSE
Four le monde connaît le chef-d'œuvre de Car- 4 peaux : cinq ou six femmes entièrement dévêtues, se tenant par la main, les jambes fléchies, le corps à la fois tassé dans un mol abandon et tendu par un élan fou, le visage ivre d’ardeur et de lassitude, environnent de leur ronde désordonnée un bel adolescent, nu comme elles. Longue et frémissante étamine, il se dresse au cœur du brülant calice et, dans l’air saturé d’odeurs, secoue sur les vivants pétales, le pollen sonore de son léger tambour de basque. Tout ici palpite et s'énerve; tout n’est que désir et trouble sensuel. Les pieds levés semblent grisés de joie; les mains, à se frôler, frissonnent. Un
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vertige amoureux émane de tous ces êtres, maisjene sais quelle beauté les transfigure. La démence scande
leurs mouvements; la volupté les harmonise.
Nous voici loin, bien loin des sereines évolutions, dont nous évoquions tout à l'heure le cortège mené
par Uranie. [ci le rvthme se débride et les proportions
s’'émancipent; l'accent seul a remplacé toute mesure
et la passion triomphe.
C’est encore la Danse pourtant! C’est même ainsi que son nom l'évoque, dans la plupart des imagina-
tions. La Danse, pour le villageois, pour la jeune
ouvrière, qui attend fiévreusement le samedi soir,
pour l’adolescente rêvant à son premier bal, pour cet
homme impatient de serrer de nouveau contre son cœur la femme dont la pensée le hante, la Danse, c’est cela, c’est l’âme en folie, c’est l’éperdue liberté du geste, c’est la tendre inflexion de la valse qui caresse et engourdit, c'est le spasme sourd du tango, c’est la fontaine d'oubli, l’élixir d'impossible,
la pesanteur un instant vaincue et le quotidien en
déroute...
Pour l’amateur de ballet ou de danse grecque, c’est
l’apothéose de la femme; sa lévitation chimérique, dans l’oblique envolée des entrechats, parmi les tulles diaphanes; ou bien, dans des poses plastiques, la sculpturale nudité de la peau, à peine voilée par les mille plis de la tunique de soie. En tous temps, en tous lieux, c’est l’amour que signifie, pour l'immense majorité des êtres, cette agitation du corps humaïn,