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CHAPITRE IX

LES DISERSES SORTES DE DANSES

PRÈS avoir exposé, dans les chapitres qui précèdent, les éléments essentiels de la Danse, je devrais étu-

dier de suite les différents cadres où elle peut se déve-.

lopper. Ce serait l’ordre le plus logique. Mais il me semble que l’on comprendra mieux le rôle joué par ces éléments extérieurs : costumes des danseurs, décors et choix de la musique, si l’on a d’abord considéré les formes principales, sous lesquelles l’activité lyrique du corps humain s’est manifestée au cours des âges et se manifeste encore à nous aujourd'hui.

En réalité, il ne peut s’agir 1ci d’une véritable classification. On ne saurait répartir les diverses sortes de danses en catégories susceptibles de subdivisions successives. Suivant le point de vue auquel on se place, cet art comporte seulement quelques groupes généraux,

LES DIVERSES SORTES DE DANSES

en N

sd | qui demeurent presque totalement LL débats les uns des autres, mais qui, toutefois. combinés entre | eux, permettent le classement de chaque danse déterminée.

Essayons d'établir ces divisions principales, en considérant successivement :

1° Le Bur DE La Danse (plaisir personnel ou plaisir 2 dautrul), HU 1 2 Le Nomwsre pes Danseurs (soli, duos, trios, qua A ds tuors,.…. tutti), di

3° Le Decré D'Expression &T D'ORGANISATION DES Pas : (danse mimique, danse décorative, danse en prose, danse en vers), mot | 4° Leurs Formes ETHNIQUES (danse égyptienne, grecque, cu de italienne, espagnole, classique, française, russe, etc .),

Et enfin :

9° LEUR CARACTÈRE PLUS OÙ MOINS SPONTANÉ (danse à forme fixe, danse réglée, danse improvisée).

Toutes ces catégories seront plutôt énumératives que limitatives et je ne prétends aucunement leur attribuer une valeur absolue.

1 ne DANSE D'AMUSEMENT PERSONNEL ET DANSE-SPECTACLE

On connaîtl’anecdote, vraie ou fausse, du Chinois qui, voyant des Européens danser, dans un bal, leur aurait demandé, alors qu’ils se reposaient, un peu essoufflés,

ad Ur QU'EST-CE Que LA DANSE |

| après une mazurque ou un quadrille, € S Hit. ne pour- nu

raient pas faire faire cela par leurs domestiques? » | Ce Chinois ne comprenait que la danse-spectacle et ne devinait pas qu'il y eût, dans un tel remuement, comme on aurait dit au xvr° siècle, une intarissable source de distractions et de jouissances personnelles.

C’est pourtant sous cette forme que l’immense majorité des humains la conçoivent et le bonheur de gaspiller son énergie physique, d’extérioriser sa bonne humeur, la griserie qui en résulte et aussi la part d’amusement érotique dont elle est Le prétexte, voilà le vrai, le seul plaisir, pour à PRARAIE des êtres jeunes et qui dansent.

Il a fallu bien des siècles de vie consciente à l’humanité avant que ces saltations cadencées devinssent, peu à peu, pour le simple spectateur, un objet d'agrément, d'intérêt, puis d’admiration, voire d'émotion, grâce à leurs perfectionnements successifs, grâce à leur puissance expressive, à la richesse de leurs rythmes, à la beauté sans cesse renouvelée des attitudes des danseurs et des agencements de leurs pas. ‘

Aujourd'hui, quand on parle de Danse, à un être cultivé, sa première pensée va tout de suite au ballet de théâtre, ou, en tout cas, à quelque danse compliquée, dont il n’est pas l’exécutant, mais le témoin. Pourtant, ces brillants spectacles, qui déploient leur pompeuse agitation sur nos scènes, ou ces manifesta-

in nr LES DIVERSES : SORTES DE DANSES . de et par lesquelles telle ou telle Ru. convaincue de la supériorité de son génie, de l'hellénisme incomparable de ses gestes, n’hésite pas à mobiliser les cent vingt « symphonistes » de nos grands orches- tres, ne sont ni ce qu’il y a de plus émouvant, ni même ce qu'il y a de plus beau comme création chorégraphique.

Des paysans russes, hongrois ou basques, écossais, mexicains ou argentins, qui dansent, avec adresse et avec flamme, un de leurs vieux pas nationaux, offrent, à qui sait comprendre la valeur expressive et la splen- deur sculpturale des corps humains en mouvement, un spectacle bien plus évocateur, bien autrement « suggestif », pour pârler comme à la fin du siècle dernier, et bien plus noble que toutes les danses artificielles et compliquées d’esthètes et de ballerines ; et cela par la simplicité du caractère, par l’éloquente justesse des cadences, par la force et la spontanéité des gestes, par l'accent et le naturel, par tout ce qu'il ya d'humain, d’impersonnel eten mêmetemps de fortement local dans leur style. Leurs danses sentent bon la terre où elles sont nées. Et, comme les musiciens les plus avertis, les plus savants, les plus sensibles finissent par ne rien priser tant que les chants populaires, dans chaque école musicale — chants qui, si souvent d’ailleurs ont été composés en vue de la Danse, refrains destinés à être repris en ronde ou à rythmer des jeux collectifs, — de même les yeux qui ont contemplé le plus longuement les chefs-d’œuvre des arts

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plastiques. les esprits rompus aux on les FANS

plus subtiles de la chorégraphie, nes 'émerveillent fina- “ie lement, eux non plus, ns devant les danses popu-

laires.

C'est d'elles, à vrai dire, que sont nées toutes les autres danses. C'est elles, édulcorées, appauvries. guindées ou faussement ennoblies que l’on retrouve

dans les danses de salon. L’antique Volte provençale, par exemple, nous revint, il y a cent ans, sous le nom

de Waise, après un long tour en Allemagne, où elle acquit la rustique simplicité que nous ont transmise les délicieux « ländler » de Schubert; puis, passant successivement par l'allure grisante, par les tournoiements rapides, que lui imprimèrent les Viennois, par la nonchalante fantaisie du « Boston » et enfin par les langueurs de la valse « très lente », elle agonise aujourd'hui, devant d’autres déformations affadies des danses populaires américaines et n’amuse plus guère les jeunes générations que comme danse-spectacle, sous les formes serrées, violentes, brutales de la « Valse chaloupée ».

Avec la danse de salon, art chorégraphique d’agré-

ment (comme la gouache sur éventail ou la « barbotine » furent, de 1870 à 1900. les arts d'agrément de la peinture, ou comme la Prière d'une Vierge et les Cloches du Monastère avaient été, vers 1860, l’art musical d'agrément), nous demeurons dans le domaine du plaisir personnel. « Faire tapisserie » au bal n’est, pour personne, une jouissance d’art.

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LES DIVERSES SORTES DE DANSES ee MR

Ouad A ancre nationales s 'introduisirent dans

lat les spectacles musicaux, avec l'opéra du xvrr et du

xvin® siècle, elles cessèrent d’avoir pour but d’amuser les danseuses et les danseurs. Ceux-ci ne s’agitèrent plus pour eux-mêmes ; ils devinrent des acteurs Spécialisés, dansèrent pour la satisfaction du public, et nous nous retrouvons, par eux, en présence de la danse-spectacle, telle que l'avait sans doute connue l'antiquité, telle aussi que les religions l’ont tou- Jours pratiquée dans leurs pompes.

David aujourd'hui ne danserait plus devant l’arche ; mais la célébration du culte comporte encore, dans toutes les églises, aussi bien monothéistes que polythéistes, des séries de gestes, minutieusement réglés par une sorte de chorégraphie liturgique, qui transmet scrupuleusement, d'âge en âge, certains rites dansants, répétés chaque jour, par toute la surface de la terre, au cours des offices religieux. Les dieux eux-mêmes ont été, plus d’une fois, représentés dansant ou accomplissant des actes rituels, Horus, par exemple, faisant des libations, ou Civa piétinant en cadence le corps du démon Tripoura-Soura. Et si les prêtres, désormais, cultivent presque seuls les graves et nobles fleurs du mouvement, dont s’embellit la célébration des mystères, dans certains pays pourtant, les fidèles dansent toujours à l’église et nos processions demeurent un écho assagi — et souvent bien désordonné — des glorieux cortèges rythmiques d'autrefois.

Comme les danses religieuses, les danses de guerre

es ia qu EST-CE Que! LA DANSE

appartiennent à la catégorie des Dbuiactess Elles ont plutôt pour but d'impressionner l'ennemi, de Le ter

roriser même, que de procurer un divertissement à. ue

ceux qui les pratiquent. Mais la civilisation moderne

n’y recourt plus guère et nous les voyons réduites, elles aussi, à quelques exercices bien raides de parade ;

à moins qu'une circonstance exceptionnelle ne les illu-

mine de quelques rayons de gloire, qui nous font oublier leur médiocrité artistique. C’est ainsi que la dernière grande danse de guerre : Le défilé des troupes victorieuses sous l'Arc de triomphe de l'Étoile, le 14 juillet 1949, valut infiniment plus par le sens de la cérémonie que par sa beauté plastique fort discutable.

Quant aux danses de théâtre proprement dites, nous

| Le . . s ° n'avons pas à insister spécialement à leur sujet. Elles

sont étroitement soumises à toutes les exigences énu-

mérées dans les chapitres qui précèdent et c’est elles

surtout que visent les considérations d’un travail con-.

sacré à l’étude du phénomène chorégraphique en soi. Loin d'exiger de nous quelque étude détaillée (qui se réduirait à la constatation de leurs contingences et de leurs accidents de forme), ces danses de scène, tout comme les autres, nous intéressent uniquement par ce qu’elles peuvent renfermer de beauté universelle et permanente.

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SAONE 1 à

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