DANSE INDIVIDUELLE ET DANSE COLLECTIVE
La seconde différence la plus frappante entre les
diverses danses tient au nombre de leurs exécutants.
La danse en solo est presque toujours un spectacle. C'est en vain que le danseur, que la danseuse soliste
| prétendent, par fausse modestie, nous faire croire
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qu'ils dansent uniquement pour leur plaisir, qu'un
. démon intérieur les y pousse impérieusement et que ce démon est un suppôt de Terpsichore. Je ne nie pas
qu'ils prennent, en effet, à leurs propres évolutions un réel plaisir sportif; plus même : un enivrement dont j'ai reconnu la valeur, en parlant de l'amour de la Danse. Mais c'est surtout nous qu'ils cherchent à
séduire et à l'admiration de qui prétendent s'imposer les éclats de leur personnalité. Le principal de leur
plaisir est une ardente satisfaction d’orgueil, un épanouissement d’amour-propre. Je veux bien accorder à cette vanité les circonstances atténuantes, quand réellement je me sens ébloui ou ému par « la geste » du soliste, tout en demeurant parfaitement convaincu que le danseur ou que la danseuse, qui saurait ne jamais devoir produire en public ses inventions chorégraphiques, aurait bien vite fait d'en abandonner l’étude et ne s’évertuerait pas longtemps à « s’extérioriser » pour soi-même.
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La danse à deux, au contraire, est presque toujours
une danse d'amusement personnel. Loin d'exiger un parterre enthousiaste, elle se passerait volontiers de
tout témoin. Mais si la danse de salon, perlée par deux.
virtuoses du boston, de la mattchiche ou du fox-trott, appelle un cercle d’admirateurs, laissez-moi croire que l'Amour pleure dans un coin et que la prétention, la superbe, la morgue s'installent, à sa place, dans les cœurs desséchés du couple en représentation. |
À trois, à quatre, à cinq, à six, à huit, à dix, à douze, à seize tout au plus, la danse devient de la « danse de chambre », au sens où nous qualifions de « musique de chambre » les trios, les quatuors, les quintettes et les octuors instrumentaux. L’exécuter est un plaisir exquis ; la voir n’est pas un moindre enchantement, si les interprètes en sont habiles et si leurs
LA
évolutions, subtilement réglées, s’agencent harmo-
nieusement dans l’espace. Car, à mesure que croît, dans une danse, le nombre des exécutants, leurs rythmes dans le temps perdent de leur importance, ont besoin de se clarifier, de s’affirmer par des proportions plus simples, plus carrées, tandis que leurs rythmes dans l’espace, leurs rythmes géométriques demandent, au contraire, à s'affiner, à se compliquer, à se contourner, comme une sorte de passementerie, à la fois plus souple et plus symétrique, plus mouvante et plus équilibrée... Ici le précepte poétique de Verlaine s'impose, quant au choix du