‹ Qu'est-ce que la danse?Chapitre 41 sur 52 · LES MALADIES DE LA DANSE · texte numérisé non relu

LES MALADIES DE LA DANSE

D plus d’une fois, j'ai fait allusion à quelques-

unes d'entre elles, quand une démonstration « par l'absurde » me paraissait susceptible de mieux faire comprendre un problème difficile ou de préciser telle ou telle qualité foncière de la Danse.

Reprenons maintenant l'examen de ces maladies, d'une façon brève, mais plus ordonnée.

Je les ramènerai toutes à six principales, quis’opposent, l’une à l’autre, deux par deux, et forment, en

quelque sorte, trois couples de défauts contradictoires, lamateurisme et la virtuosité excessive, la nuèvrerie et la

sècheresse, la fausse pudeur el l’impudicité. Nous venons déjà d’apercevoir l’amateurisme des

pseudo-artistes qui pastichent aujourd'hui, un peu

L'Age LM AAC qu’ BST-CE QUE | LA DANSE

partout, \ danse hellénique. Le type « | Aaba », ie chez le danseur et chez la danseuse, est relativement ve

récent, du moins à notre époque. Seuls, ou à peu près

seuls, jusqu’au du début du xx° siècle, les profession-

nels se livrèrent à la « danse d’art », à la danse-spec-

tacle; ils savaient leur métier d’une facon plus ou

moins parfaite, mais toujours suffisante. Les amateurs

se contentaient de briller dans les danses de salon et.

n’entreprenaient pas la pratique de la « danse classique », trop difficile à imiter sans une longue initia-

tion, sans une précoce culture de ses pas el de ses.

positions. Quand la danseuse californienne nous révéla, magistralement, il faut en convenir, une danse plus saine et moins artificielle, on crut facile de s’y livrer et l’on vit éclore, de toutes parts, une moisson

de danseurs et de danseuses aux pieds nus, qui, sous.

prétexte d'art antique, se mirent, de bonne foi je l’es-

père, mais avec une désinvolture exaspérante, à caricaturer odieusement l’art d'Isadora. Il faut reconnaître

que le public ne fait pas très bien la différence et que n'importe qui, avec une tunique un peu courte, vingt « sautillés » et quelques gestes des mains, picorant à droite et à gauche dans l’espace, à peu près en me-

sure, peut faire crier au « miracle grec » tout Paris.

assemblé.

Vraiment les ministres et Les dévots de la « danse classique » n'auraient guère de peine à défendre leur art contre ces niaiseries, si le public mondain n not si « gobeur ».

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Le Je ne dre pourtant pas que les demoiselles js ok opéra triomphassent trop facilement et que, crii- quant la frêle paille aperçue dans l'œil de leurs rivales, elles oubliassent la poutre qui s'enfonce dans le leur et qui est précisément le défaut opposé à cet amateurisme candide; je veux dire une aride et stérile virtuosité. C’est l’erreur foncière du Ballet d’avoir peu à peu sacrifié, sans s’en apercevoir, l'harmonie des mouvements à leur rapidité et cherché, de jour en jour, à étonner davantage. Quand M" de Camargo, la pre- | mière, battit les entrechats à quatre et que, plus tard, M Lany les battit à six, elles ne perfectionnaient pas leur art; elles en exagéraient les qualités et tom- baient de l’adresse dans le tour de force. Mais comme le public s’enthousiasme toujours davantage pour . l'étrange et l'extraordinaire que pour le naturel et l’expressif, on en est venu à tous'ces mouvements sac- . cadés, violents, anguleux, spasmodiques, qui, sous prétexte de légèreté, de vélocité, semblent narguer les lois de la pesanteur et les narguent en effet, mais en leur faisant de si vilaines grimaces qu'aucun spectateur non entraîné, qu’un villageois, un enfant ou un ermite ne sauraient regarder ces danses, sans les trou- ver horriblement brusques, pénibles et exagérées. La géhenne des « pointes » est un des méfaits les plus inexcusables du « vouloir vaincre » théâtral. Ne nous illusionnons pas d’ailleurs! Ce besoin de renchérir sur des vertus estimables, jusqu’à les muer en vices, est commun à toutes les formes d'art et

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