LES MALADIES DE LA DANSE HARRIS
marque, en chacune d'elles, * un eilescnone fatal. Fe Si quelque nouvelle danse se substituait triomphalement à la danse classique, soyez sûrs qu'elle connaitrait bientôt, elle aussi, sa virtuosité propre et détes- | table. Ce serait un excès d'expression ou une complication forcée des rythmes, un pathétique artificiel ou une ingéniosité byzantine des figures. Rien n’est si. difficile que d'éviter ces outrances, pour lesquelles on reçoit précisément des félicitations de plus en plus bruyantes et des applaudissements de plus en plus chaleureux. pars C’est également de très honne foi, et au milieu d'aveugles encouragements que l’on contracte les deux autres grands défauts de la Danse ; la mièvrerie ou la sécheresse. Chacun des deux règne le plus souvent à tour de rôle, à des époques successives ; quel- de quefois ils triomphent ensemble, dans deux camps Opposés. f La Danse semble, par sa nature même, devoir être ji avant tout gracieuse. Mais, au lieu de chercher la grâce dans cette juste adaptation de l'effort au dessein dynamique poursuivi, adaptation que j'ai montrée plus haut régie par une sage culture du mouvement et par une intelligence précise des rythmes, on se contente de petites manières et de minauderies faciles. Une Société, qui se pique de répandre le goût de . l’art parmi la jeunesse, me demandait, un jour, de préparer des divertissements, pour je ne sais quelle 1 fête scolaire. On voulait bien me confier, pendant une :
tr Letils: ne Dbrnrent en si peu de the. arri-
ver à un résultat convenable, on me répondit : « Cela
ne fait rien ; ils seront si gentils ! On leur mettra des
ni petits bonnets de papier bleu... »
Des petits bonnets de papier HE voilà l'essentiel ! Le petit bonnet de papier bleu c'est un sourire stéréo- typé, c’est une main légèrement contournée avec l’au- riculaire qui se recroqueville, c’est une épaule qui frôle coquettement la joue, c’est un mollet qui batifole,
… c’est un bras qui ondule plus ou moins galamment en
col de cygne. Et voilà tout le monde en extase!
Tout le monde ?... Non; pas les esthètes. Ceux-ci ont définitivement rompu avec ces joliesses, avec cette « pommade » bourgeoise. Mais tremblons! car au
ii € rondouillard », qu'ils abhorrent, ils opposent le
style « ciment armé ». Avec leurs danses, nous ne
choirons pas dans la tarte à la crème des gracieusetés
au rabais: nous nous heurterons à des rudesses, à des barbarismes cruels, qu'ils tiennent pour le summum du stvle et la sauvegarde du grand art.
Je vous ai déjà parlé, je ne sais à quel propos, de cette intrépide novatrice qui, de ses bras et de ses jambes répandus à terre, traçait vers 1912 ou 1915, des triangles, des trapèzes, des carrés et des rhombes,
sur l'arène d'un cirque. Elle a fait école. Les professionnels du Ballet Russe n’ont plus dormi qu'ils ne se
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He à | QU'EST-CE QUE LA DANSE
figeassent, à leur tour, en de semblables contorsions, fe qu'ils ne sautelassent d’un pied bot sur une jambe pantelante, avec des déhanchements de « catoble-
pas ». « Cet animal m'aitire par sa stupidité! » bal-
butie le saint Antoine de Flaubert. Avec ses feuillets de micaschiste, l’art à la mode, sec, pauvre, cassant,
aux coudes anguleux, aux genoux ankylosés, attire également les jobards ou les malins du cubisme... C'est le fin du fin de la « Danse d'Art », le dernier mot du bon ton chorégraphique ; et c'est un style aussi nigaud finalement, aussi misérable, aussi « facile »
aussi banal même désormais que les gentillesses des
demoiselles en robe de tarlatane:; délicatesse décadente, affectée du signe « moins », mais entachée du même amateurisme prétentieux et vide. |
Il nous reste à contempler un instant les deux der-
nières ennemies de la Danse : la fausse pudeur et l’impudicité; et nous n’aurons plus qu'à suivre, d’un index rapide, sur sa table des matières, l’histoire de
cet art, dont nous avons tenté de montrer, en le dé-
pouillant de toutes ses contingences avilissantes, l’humanité profonde et la réelle grandeur.
« Fausse pudeur » n'est pas le terme juste pour
désigner les inquiétudes de conscience qui, chez un
grand nombre d'individus, paralysent l’activité chorégraphique. Il n’y a pas de pudeur fausse; la pudeur
est un sentiment respectable, noble, élevé, un facteur « de progrès intellectuel et, chez les êtres civilisés, une
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