‹ Qu'est-ce que la danse?Chapitre 43 sur 52 · LES MALADIES DE EX DANSE LA SIN RENE · texte numérisé non relu

LES MALADIES DE EX DANSE LA SIN RENE

ju ruse fort heureuse de l’ amour, qui, sans lui, perdrait une bonne partie de ses attraits.

Disons plutôt « fausse honte » ou « spot hu-

. main ». Je ne crois pas du tout à cette théorie que la Danse se soit étiolée au Moyen Age, au souffle dessé-

chant de la chasteté chrétienne. Ce n’est là qu’une de ces légendes anticléricales, dont la critique fait désor-

mais justice. Rien ne nous prouve qu'au x et qu'au

xiv° siècles on n'ait pas délicieusement dansé. Il suf-

fit de regarder les figures féminines, sculptées aux ébrasements des porches gothiques, celles de la Reine de Saba, dans l’art roman, ou les ivoires profanes des

mêmes époques, pour constater que la souplesse des mouvements, que la troublante délicatesse des attitudes, que le goût des formes charmeuses, que le sens de la séduction ne s'étaient aucunement perdus dans ces âges de foi vive. Notre éducation mondaine, pétrie de préjugés et le « cant » britannique, triomphant dans les classes dirigeantes du xix° siècle, me parais-

sent de plus terribles ennemis de la Danse que la . pudeur chrétienne. Je suis persuadé que les femmes

et que les jeunes filles évangélisées par saint François

d'Assise devaient être bien moins gênées dans leur mi-

mique et leurs Joyeuses « caroles », que les jeunes personnes formées aux bonnes manières sous la Restauration ou même sous le Second Empire.

Celles-ci, du coup, furent peu préparées à la Danse, en un temps où laisser voir un mollet vêtu d’un bas blanc semblait le dernier mot du libertinage, où ceroi-

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une impardonnable indécence. Il est certain que les

femmes de cette société et que les hommes, également soumis à toutes les exigences d'un code plastique

rigoureux, étaient peu faits pour s'abandonner a

l'émancipation lyrique du geste.

On s’est joliment rattrapé depuis.

N'empêche qu'un fond de gêne, de malaise, de pruderie se transmet, par atavisme, chez les jeunes gens et les jeunes filles du monde, surtout en France. Ils” n'hésiteront pas, à la plage, au golf, au tennis, au théâtre, à montrer un laisser-aller parfois assez choquant dans Le costume et dans les allures. Mais, quand il s’agit de faire un geste un peu ample, un peu expressif, en dansant, d'exécuter un « sautillé » un peu lancé, de mimer simplement l’offrande d’une rose, ils rougissent, hésitent et semblent soudain frappés d’ataxie locomotrice.

Oserai-je le dire ? Cette gaucherie, cette fausse honte ne me déplaisent pas; on peut les vaincre par le travail et par un sentiment élevé de l’art, tandis quil n’est pas facile de brider le défaut contraire : l'impudicité. |

N’appuyons pas sur celui-ci. Un secret instinct esthétique autant que moral devrait guider là-dessus le danseur et la danseuse et leur faire éviter ces manières choquantes, ces expressions équivoques et aussi certaines audaces vestimentaires qui, loin d’accroître la beauté de leurs créations, la détériorent plu-

Photo Bulloz.

nse de ballet organise l’apothéose de E. DEGAS : DANSEUSE, PASTEL. me, sa lévitation chimérique “parmi les FRANCE, XIX+ SIÈCLE. (MUSÉE DU diaphanes. (P. 108.) XIIT LUXEMBOURG.

RE

Photo Neurdein.

Les dieux eux-mêmes ont été plus d’une CIVA TANDAVA DANSANT SURY fois représentés dansant ou accomplissant CORPS DU DÉMON TRIPOURASS(

des actes rituels. (P. 123.) XIV RA. ART INDIEN. (MUSEE GUIMI

LES MALADIES DE ia DANSE l A agde

tôt. Mais ou le public perverti aime les façons

équivoques, les allusions grivoises et les étoffes trans-

a parentes. Il fera mine d'être choqué par une nudité

franche et pure. Les danseuses des théâtres subventionnés conservent encore, fâcheuse hypocrisie, leur affreux maillot rose, et ce corset rigide, qui cuirasse leur torse. Mais il acceptera qu'une femme osseuse ou épaissie, exhibe, sous un voile indiscret, tantde choses qu'il serait si sage de cacher!

Il y a, depuis quelques années, une intolérable affectation d’affranchissement, qui nous condamne à voir des grimaces érotiques assez déplaisantes et des académies bien imparfaites. Au Music-Hall, du moins, les modèles sont jolis et l'on n'y va pas par quatre chemins. Mais quand une danseuse est vieille ou laide et qu'elle prétend au grand art, ah ! par Diane! comme je vous invoque d’un cœur chaste, pudeur de nos aïeules ! | | ;

Pour en finir avec les maladies de la Danse, laissezmoi vous les montrer toutes abattues sur une même figure symbolique, celle de Salomé.

Les Livres saints avaient voulu caractériser, dans l’anecdote de cette jouvencelle, les dangers de la saltation libidineuse; mais, dans la brièveté de leur récit, ils n’avaient ni calomnié la luxure, ni diffamé la Danse. Il appartenait à notre époque d'atteindre ce double but.

Le Moyen Age commença la besogne. Au portail de

la cathédrale de Rouen, Salomé fut er ne den ii

sant sur les mains, et la Dansarelle de Chavanac (dans la Corrèze) en fait une charmante mais ridicule damoiselle, qui a revêtu les atours les plus « up to date » de son temps, pour porter le chef du décollé. Voici déjà la fille d'Hérodiade transformée en « chiropodiste », puis en « snobinette » du xv° siècle... La Renaissance continue cette métamorphose carnavalesque, avec Metzys, avec Ghirlandajo, avec Luini, avec del Sarto. De nos jours Paul Baudry case le méchant petit « rat » au fover de l'Académie de Musique. Henri Regnault la transforme en bon gros modèle d’atelier et Gustave Moreau s’acharne sur elle, en tant et plus d’aquarelles

et de peintures à l'huile, dont les perversités purement

littéraires faisaient divaguer Huysmans.

La Danse, dès lors, s’empara d'elle plus que jamais. Professionnelles ou non, toutes les femmes voulurent

être Salomé, au moins un soir. Le jour où, dans une

fantaisie violemment ironique, Oscar Wilde vengea enfin la pauvre saltatrice de toutes ces niaiseries, en

stigmatisant pour tout de bon les extravagances du

Désir, on put croire qu’on la laisserait tranquille,

dans le lieu, où, pour sa peine; elle danse sans doute

éternellement... Mais les musiciens, qui sont, au fond,

des gens candides, même quand leur « écriture » est.

très compliquée, prirent au sérieux la boutade de Wilde et la transformèrent en ballets et en opéras

terriblement graves. Depuis c’est un défilé recrudescent et ininterrompu de Salomé, redondantes ou

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