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| Nat Ne 1) pt al AR Ÿ sl os or RU 98 di UE Qusr.on QUE LA DANSE EN
miers | insent et que les derniers sont simplement des eu acrobates un peu moins vigoureux. ait à Ce qui a sans doute favorisé cette ADN bu exploi- ‘4 tée depuis quelque temps par les fervents du muscle ù et de La culture physique, c’est que le danseur, comme l’athlète et comme l’équilibriste, a besoin d'adresse et que ceux-ci, comme lui, atteignent souvent, on pour-. rait dire toujours, à la grâce, lorsqu'ils sont vraiment habiles. A Qu'est-ce donc que l'adresse et qu'est-ce que lagrâce? de Si paradoxale que puisse paraître une telle opinion, je crois fermement que l’adresse, même l'adresse de l’équilibriste ou du boxeur, n’est pas une qualité physique, mais une qualité d'esprit et que la grâce n'est … que le rayonnement de l’adresse. | : à Sans doute certains corps humains, naturellement plus vifs, plus lestes, plus flexibles que d’autres, se … prêtent mieux à toutes les réactions musculaires qui
permettent l’enchaînement logique des gestes et les variations rapides d’attitudes, mais c’est le cerveau qui gouverne cet enchaînement et ces variations ; c’est lui seul qui, en concevant nettement ce qu'il veut, en discernant comment il prétend l'obtenir, en adressant (voici le mot « adresse » qui reparaît dans le sens d’ « indication » exacte...) en adressant nettement ses injonciions à chacun de nos membres, obtient d'eux la direction, l'amplitude et l'intensité propices à l’économie la plus juste des mouvements, à leur équi- | libre parfait. ia
LE DANSEUR HAE At | Depuis Acluuee années, ne VOYONS- -nous pas un pugià liste illustre vaincre, dans toutes les rencontres, des adversaires notoirement plus robustes que lui, par une adresse dont lui-même et tous les connaisseurs affir-
ment constamment l’origine purement psychique ?
Je me souviens avoir lu jadis, je ne sais où, une chronique dans laquelle son auteur, après avoir raillé les danseuses de l'Opéra, parce que l’une d'elles avait parlé du « génie » de la Danse ou de l'intelligence créa-
. : trice de quelque chorégraphe, concluait en disant
« Nous ne comparerons tout de même pas le travail intellectuel d’une danseuse avec celui d’un mathématicien! » Ce journaliste évidemment ne connaissait rien à la Danse, car l’ « étoile » qui nous charme par ses évolutions, ses pirouettes et ses entrechats, par l'expression de sa physionomie, par ses gestes élégants, mesurés ou pathétiques, gouverne tout ce mécanisme par sa pensée, exactement comme l’algébriste conduit, par la sienne, les rangs pressés de ses équations. Rémy de Gourmont, critiquant l'idée de faire entendre, le soir, aux ouvriers des villes de la musique classique, disait plus justement quelque chose comme ceci: « Rien de mieux que de jouer de belles œuvres à des terrassiers; malheureusement ils arriveront l'esprit fatigué à ces auditions, car c’est avec le même cerveau qu'on exécute des travaux de terrassement et que l’on écoute les quatuors de Beethoven. »
L'adresse du danseur, comme celle de l’équilibriste | et, du reste, comme celle du littérateur, du peintre ou
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sp Loin : ov EST- CE Que à LA DANSE |
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du musicien, “ont surtout à une faculté pu mysté- AU rieuse, dérivant d'un phénomène qui se rencontre à la
base de notre vie morale, comme à celle de la vie élé mentaire et que la biologie s ’efforce assez vainement LU
d’élucider : la faculté d'imitation. On a essayé d’expliquer par un phénomène de résonnance ces imitations
mystérieuses, quirégissent l'équilibre des corps vivants et dont les vaccines sont une des applications les plus
frappantes et Les plus admirables. On a cherché maintes
interprétations lamarckiennes ou darwinistes de ce troublant problème : le mimétisme, l'imitation temporaire ou permanente, par un être vivant, du milieu
dans lequel il lutte pour la vie, du fond sur lequel on le place. On a tenté de réduire à ses plus simples éléments cet autre phénomène d'imitation, non moins
prodigieux, grâce auquel tous les hommes apprennent |
ou plutôt s’apprennent à parler. À vrai dire, dans tous
ces ordres d'idées, à peu près semblables, on en est. réduit à des hypothèses et à la constatation d'effets,
dont les causes profondes demeurent ignorées. L'adresse du danseur tient également, presque tout
entière, à une faculté d'imitation identique. On est adroit, on commande facilement à ses muscles, parce : que l’on imite bien les mouvements des autres danseurs plus entraînés. Cette aptitude innée à copier instinctivement les gestes et Les attitudes des autres hommes est évidemment la caractéristique même de tout tem-.
pérament « artiste ». Le caricaturiste Sem, l’un des
esthéticiens les plus pénétrants que je sache, a montré,
de LE DANSEUR ai
ns ue articles, comment : son Habileté à saisir la : ressemblance de ses contemporains tient à sa faculté de les imiter rigoureusement, au point de résorber momentanément sa personnalité dans la leur, de se confondre en eux. Cette sorte d'identification de l’ar- tiste créateur avec le sujet qu’il exprime peut aller plus loin encore ; et je suis persuadé que le paysagiste japonais ou chinois qui, sur son aquarelle, synthétise la neige, la pluie ou les fleurs de pêcher, s’absorbe pen- | dant quelques instants dans ces météores ou dans cette vision printanière, au point de se sentir lui-même neïiger, pleuvoir ou fleurir.
Sans aller aussi loin tout de suite, l'enfant naturel- __ lement prédisposé à la Danse présente, dès ses pre- 4 miers essais, une extraordinaire facilité à organiser ses mouvements et ses poses, selon le modèle qu’on lui offre: et cela sans le secours d'aucun miroir, sans aucun contrôle visuel. [la le sens des attitudes segmen- | taires comme un vrai petit singe. Plus tard, s’il exerce cette faculté naturelle, qui se retrouve chez tous les enfants, mais à des degrés très divers, que la coquetterie édulcore et fausse généralement chez les petites filles, que la brusquerie des manières et les exercices LE de gymnastique dessèchent et figent chez les petits
garçons, il imitera non seulement les danseurs et les mimes habiles de sôn temps, mais instinctivement ‘l aussi, ef presque sans s’en apercevoir, les chefs-d'œuvre ne de la statuaire et de la peinture et, plus tard, par un mimétisme miraculeux, il saura, s’il est besoin, dan-
pu QU'EST-E QUE LA DANSE
ser non lement les affres du remords ou les enivre- ét
ments de l'amour, mais les violences de l'orage et les agitations de la mer, la mélancolie de l'automne ou la fraîcheur du renouveau.
S'il a cette adresse et cette She il aura for- x cément la grâce,
La plupart des gens on persuadés que la grâce est « quelque chose » de poétique, de plastique, de vaguement érotique aussi, un « Je ne sais quoi » mi-élégant, mi-câlin, ajouté aux mouvements naturels moteurs ou expressifs des êtres humains, pour orner ces mouvements, pour plaire davantage. Et l'on court après elle au moyen de formules toutes faites, variables d’un : temps et d'un pays à l’autre, puisque ce « quelque chose » n’est que l'accent plastique à la mode et, par là même, se rattache forcément : à ces artifices du langage none dont nous avons constaté, dans le précédent chapitre, l’étonnante versatilité. On zézaie ou l’on grasseye, on minaude ou l’on se rudoie du geste, selon le goût régnant et l’on croit, par la manière de lever le petit doigt, en offrant une tasse de thé, ou de secouer, du bout de l’ongle, la cendre de sa cigarette, avoir fait preuve d'une grâce infinie. On a seulement sacrilié, avec une pointe de ridicule, au « snobisme » de l’heure ; car la grâce est à la fois moins et beaucoup plus que tous ces artifices « de chic ». Elle est la manifestation, l'épanouissement de notre dextérité, marquant, par la justesse et l’aisance apparente de nos mouvements, à ceux qui nous regardent, que nous
rec visait à l'expression d’une beauté fraits individuels, accidentels ou passa- STATUETTE DE TANAGRA. GRÈCE,
| fondaient en des types d’une vérité IV® SIÈCLE. (MUSÉE DU LOUVRE.) Ts il
Le besoin d’extérioriser ses sentiments inspire sans cesse au danseur des attitudes et des gestes qui sont, chezlui, comme lesfleurs éphémères mais parfumées du mouvement.
Photo Giraudon.
BACCHANTE, STATUEN GRECQUE DU IVe SIË (BIBLIOTHÈQUE NA!
NALE.) |
un | LED DANSEUR | CA au ui Ur 33 FU avons su bio proportionner nos étroits aires en durée et en intensité, aux diverses Non que L ‘A nous préteudions accomplir. 4170 ER Je n’ai vu, de ma vie, homme plus gracieux que cer- tain joueur A init qui s’exhibait däns un musichall de Paris, il y a quelques années. Il ne faisait pas un geste inutile, n'avait pas une contraction nerveuse, . pas un sourcillement qui ne concourussent à la réussite de ses merveilleux tours d'adresse. Il était l’élégance, la souplesse, j'allais dire la musicalité même. Vraiment, celui-ci, je serais presque tenté de dire qu’il dansait, tant son allure élastique et les inflexions de tout son être offraient quelque chose de rythmique et de chantant. S'il se fül préoccupé de nous charmer systématiquement, il n’eût jamais atteint à une telle mesure, à une telle discrétion, à une distinction pareille.
Un champion de billard peut être un lourdaud, dans la vie courante; penché sur le drap vert, il devient la grâce même, par le prestige de la lourde ba-
. guette magique qu'il tient à la main, qui transmet à la substance inerte des billes la volonté lucide de son | cerveau et, par choc en retour, avertit celui-ci des | résistances et des imperceptibles réactions des petites | sphères d'ivoire.
- La vraie grâce est sérieuse, noble; elle convient aussi bien aux hommes qu'aux femmes; à la fois douce et grave, pudique et voluptueuse, elle atteint sa plus haute portée dans le soave austero de l’école toscane. Si quelque divinité devait la symboliser un jour,
DE ee qu EST-CE QUE : LA DANSE
il faudrait lui donner pour devise : Mens agitat molem: | a car, partout où apparaît la grâce, elle proclame le par fait équilibre du moral et du physique. comme dans “ ce Jeu, dont nous parlions à l'instant, l « effet »révèle presque miraculeusement l'empire souverain de l'es-. prit sur le corps, d’où naît une exquise sensation
d'harmonie, d'intelligence et de sécurité.
Ainsi la pensée nous apparaît toujours, en fin de compte, gouvernant, de son invisible poste de commandement, toutes les manifestations vitales de
l'homme; non seulement celles, presque purement psychiques, qui lui permettent de calculer la gran-
deur, la distance et le cours des astres, mais encore celles, presque uniquement physiques, qui l’incitent à manifester par des bonds ou par des prosternements,
son allégresse devant le soleil de mai, ou son recueil-.
lement sous la nuit pleine d'étoiles.
Cette pensée, cette logique, cette flamme spirituelle, nous allons la voir, au long de ce livre, embellissant, perfectionnant, symétrisant, synthétisant, harmoni-
sant, sublimisant sans relâche les mouvements corpo-
rels de l’homme, pour en faire le canevas d’un art éminemment subtil et idéal.
Mais toutes ces qualités réunies chez un danseur :
force, souplesse, adresse, faculté d'imitation (et, au
fur et à mesure que nous avancerons dans notre étude, nous constaterons combien l’on est porté, dans chaque
sorte de danse, à abuser de l’une ou de l’autre d’entre :
elles), puissance expressive, précision dans la mesure