LEZ AE
s’'imprégnassent assez heureusement de brouillard, de salpêtre et de clair de lune, pour que l’on crût à de la musique nouvelle ? tant l'écriture musicale, lorsque parut cette œuvre, s'était radicalement isolée du monde d'images, de senteurs et de météores, où nage éparse la symphonie parfaite et totale des molécules et des sphères!
Ce n’est qu'après nous être convaincus, par ces considérations, que le prototype de toute polyphonie se trouve dans l'univers, dans le grand Tout, et non dans les traités d'harmonie, que nous pouvons Jeter un coup d'œil, rapide mais clairvoyant, sur les deux grandes formes du mélange des sons : le contrepoint et l'harmonte.
Depuis quelques années, des rivalités d'écoles ont donné à ces deux formes principales des agrégats sonores des noms empruntés à l'aspect des partitions de l’un et l’autre style, et qui les caractérisent elairement : l'écriture horizontale et l'écriture verticale.
Thèmes indépendants les uns des autres se poursuivant en phrases, dont le point de départ, le « démarrage », n'est pas synchronique mais « décalé », et dont, par conséquent, les césures ne coïncident pas; voilà l'écriture horizontale. Ce n’est pas la rencontre des notes qui joue, dans cette sorte de musique : contrepoint, fugue ou canon, le rôle prépondérant, bien qu'elle y soit strictement calculée et semble régir l’organisation des parties ; c’est le développement propre
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de chacun des thèmes et leurs mouvements réciproques, avec l'existence indépendante qu'ils conservent dans l’ensemble.
Quand, au contraire, groupées synchroniquement, sur des valeurs le plus souvent identiques; quand, soumises aux mêmes retours fréquents et réguliers des accents rythmiques, les notes de l’œuvre amènent la cadence simultanée de toutes les parties, et que chaque son, produit par chacune de ces parties, ne vaut principalement ni par rapport à celui qui le précède, ni par rapport à celui qui le suit, mais en fonction des notes concomitantes, simultanées, on dit que l'écriture est verticale. Sur la partition, les notes des accords apparaissent, en effet, dans ce cas, sous la forme de lignes rigides, de petits points bien échelonnés les uns au-dessous des autres, depuis les parties les plus hautes jusqu'aux plus graves.
La composition n’est plus alors contrapuntique, mais harmonique. Ce n'est pas le dessin de chaque partie qui compte principalement dans l'impression reçue, encore que les règles du genre semblent prévoir rigoureusement leur marche, mais bien les accords formés par les sons qui coïncident et dont le musicien, cette fois, tire presque uniquement ses effets.
Mais quels sont les rapports de la monodie et! de la polyphonie, ou plus simplement de la mélodie et de l'harmonie? A ce sujet tout un livre fut jadis consacré par Saint-Saëns, qui bataïllait en faveur de l'harmonie, en un temps où le public ne croyait pas préférer les