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et en faveur de laquelle 1l convient de lutter chaque fois à qu'elle se trouve menacée par des sophismes, des ma- jh rottes ou des préjugés dangereux.
Un soir, c'était peu de tempsaprès que l’on eut donné, pour la première fois, à Paris, /e Aossignol de Stra-
- vinsky, un ardent amateur de musique moderne, à qui, je déclarais ne point partager entièrement son culte | pour le jeune maître russe, me dit avec indignation : (3 « Vous avouerez, cependant, que Stravinskyet beaucoup | de novateurs contemporains, Maurice Ravel, par HER exemple, instrumentent infiniment mieux que les classiques? — Si vous voulez. — Comment, si je veux! Voyons, Monsieur, Beethoven ne savait pas orchestrer ; Wagner encore moins! »
Si par « orchestrer » l’on entend se préoccuper avant tout des accouplements singuliers de timbres, du dosage méticuleux etraffiné des bois entreeuxetaveclescuivres,
‘ de la division des altos en quatre parties et des violons en seize, du subtil renversement des tessitures, du pré- t cieux amalgame des sons bouchés, ou des insidieuses as. pincées de triangle, de harpe ou de cymbales frôlées, parmi le tapotement pianissimo de la grosse caisse et les roulements dés timbales avec les bagueltes à éponges, évidemment ni Haydn, n1 Mozart, ni Beethoven, ni pe Mendelssohn, ni Wagner ne surent orchestrer. Berlioz lui-même soupçonnait à peine ces coupables et insignifiantes délices. 2
IL est également probable que Nicolas Poussin ne se AR doutait pas de ce qu'est l’art du coloris, sil’on entend fs "0
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par là, comme le fait M. Léon Bakst, l'habileté à fausser systématiquement tous les tons de la nature, à opposer des roses fades à des cobalts en fureur, des pourpres redondants à des orangés tapageurs, à exciter des verts amoindris par le voisinage de bleus impubères et sournois.
Oserez-vous dire pour cela que M. Bakst est un meilleur peintre que Poussin, et Stravinsky, un meilleur musicien que Beethoven? à moins d'attribuer aux mots « peinture » et « musique » des sens volontairement et criminellement restreints; à moins de prétendre que l’art a pour mission, non de traduire nos émotions dans un langage qui doit se faire oublier, s’il veut toucher nos cœurs et d'immortaliser les grands sentiments qui élèvent, idéalisent, transfigurent l’âme humaine, mais de chatouiller agréablement les sens par quelques raffinements de nuances ou par des sonorités aujourd'hui de bon ton et qui paraîtront demain, selon les fluctuations de la mode, insuffisantes ou excessives, sottement timorées ou franchement extravagantes.
La vérité, c’est que le mot « instrumentation » peut s'entendre dans deux acceptions différentes.
Dans un sens large, qui fut celui de tous les grands symphonistes, c’est la répartition des mélodies ou des notes constitutives des différents accords entre un certain nombre d'instruments, en tenant compte moins des possibilités pittoresques propres à chacun d'eux, que de leur caractère expressif et de leur parfaite convenance aux thèmes qu'on leur confie, et surtout en s'ins-
La Nature nous présente constamment des modeles de liberté polyphonique absolue. (Chap. IIL.)