LE ROI RENÉ ET SA COUR DE MUSIQUE
pirant pratiquement des facilités offertes, par leur tessiture et leurs facultés de résonance, à l'heureuse distribution de la polyphonie.
Et il est vrai que Beethoven, que Mendelssohn, que Schumann, que Wagner lui-même n'eurent jamais d'autre idéal; la haute tenue de la sonorité générale, le souci de son homogénéité primèrent toujours, chez eux, les recherches du coloris orchestral.
Gluck le premier, — les.essais de Monteverdi ou de Rameau en la matière, restent, quoi qu’on dise, assez primitifs et plutôt produits par des hasards techniques bravement affrontés que par une virtuosité de touche, inférieure, il faut en convenir, à leurs inspirations, — Gluck le premier a, dans ses drames lyriques, obtenu quelques effets musicaux où le timbre Joue le grand rôle. Mais ce n'était encore qu'en choisissant un peu plus audacieusement que ses prédécesseurs la sonorité qui lui paraissait évocatrice de certains états d'âme, en l'utilisant de façon uniforme, pour tout un passage d’accompagnement ou pour quelque ritournelle instrumentale.
Je me souviens avoir entendu, 1l y a déjà fort longtemps, aux concerts Lamoureux, un court poème symphonique de Sibélius : /e Cygne de Tuonela, dont le principal mérite — il a rendu pour moi le morceau inoubliable — tenait dans l’évocation puissante du grand oiseau de deuil nageant sur des ondes funèbres, par le seul fait que la mélodie en était confiée au cor anglais.
LÉ AT ET RON NN Er A ES Nul STE Mie EP 1e
Nous verrons tout à l'heure le même instrument, dans le premier nocturne de Debussy, peindre, avec non moins de justesse, de grands nuages blancs qui se poursuivent au clair de lune; ce qui nous prouve, une fois de plus, l’absolue liberté du génie créateur dans l'emploi de la matière expressive.”
De telles appropriations, d’ailleurs, ne prouvent guère plus que le choix heureux d'un ton de robe ou de manteau, pourtel outelpersonnage, dans un tableau d'histoire. Nul n’attribue à M. Ingres des dons brillants de coloriste ; or, sous l'empire d’une volonté du même ordre, il a su choisir admirablement la couleur des tuniques, l’une orange, l’autre verte, pour en vêtir, dans l'A pothéose d' Homère, l'Iiade et l'Odyssée.
Chez Berlioz, les préoccupations de coloris orchestral se rapprochent nettement de celles qui hantent les modernes, mais l’alchimie instrumentale demeure, chez ce fougueux romantique, soumise à l’emportement de ses passions et à l'intensité des violentes images qu'il transportait dans sa musique. Par là, s’il fut un grand coloriste, il ne le fut que par souci de s'affirmer plus érudit, plus dramatique, plus ardent que ses contemporains.
L’instrumentation, dans son deuxième sens, dans le sens étroit de sonorités originales, recherchées, imprévues, de combinaisons de timbre suggestives et excitantes, est une invention toute moderne. Le souci de la couleur pour la couleur, absorbant toutes les facultés du musicien, au point de lui faire oublier les plus