‹ Qu'est-ce que la musique?Chapitre 25 sur 48 · BU M · texte numérisé non relu

BU M

À qui sait le rythme, les rythmes des œuvres musicales causent des ébranlements plus distincts et, partant, plus sensibles. À qui étudia les neumes, le chant grégorien touche plus profondément le cœur et exalte davantage l’affectibilité religieuse. À qui, enfin, entendit ou joua beaucoup de sonates de Haydn ou de Mozart, les quatuors de Schubert ou de Mendelssohn, les groupes mélodiques de chaque thème, et le délicat agencement des modulations harmoniques ménagent des réactions plus intenses et des joies plus complètes, parce que plus conscientes.

Par là, nous voyons tout de suite que la musique la plus pure, en intéressant aussi l’entendement de l'auditeur, additionne fatalement à ses propriétés esthétiques des vertus intellectuelles, qui, tout en les fortifiant, adultèrent néanmoins les principes strictement musicaux de son activité.

Ces signes d’ailleurs, comme les signes de tous les langages humains, perdent, avec les années, de leur force expressive. Quand, dans le roman de M®e de La Fayette, M" de Chartres veut mettre en garde M** de Clèves contre le péril qu'elle courrait en contractant, avec quelque amoureux, une liaison coupable, elle lui fait observer simplement « Le danger des engagements ». Quelle mère, à notre époque, ne se croirait contrainte, et ne le serait peut-être, d'employer, pour sauvegarder la vertu de sa fille, des termes d'une autre énergie et d'une autre crudité? |

Ilen va de même, en musique, pour les rythmes,

Lotto. à, à

pour les groupes mélodiques, pour les accords, pour les modulations. C’est la loi de la vie. Heureusement d’ailleurs, les signes sonores qui, à un moment donné, paraissent faibles, plats, décolorés, peuvent, à un autre moment, par le seul jeu des hasards historiques et de l’évolution, reprendre toute leur force. De son temps, Beethoven a paru compliqué, obscur, extravagant. Weber, après le finale de la Septième Symphonie, le juge mûr pour les Petites-Maisons. Il est devenu, tour à tour, le grand musicien, le surhomme, le colosse et le dieu; puis, naguère, le « vieux sourd ». Il reste Beethoven tout de même, et le redeviendra sûrement.

Multa renascentur quæ jam cecidere, cadentque Quæ nunc sunt in honore, vocabula, si volet usus...

Comment les signes sonores naissent-ils dans le cerveau du compositeur? nous l'avons vu : par l’inspiration. Comment s'organisent-ils en œuvre de musique pure, en sonates, en quatuors, en symphonies? grâce à une habileté technique soumise à des conditions essentielles que nous effleurerons plus tard. Mais, en dehors du souffle d’en haut et des recettes impératives ou prohibitives, qui gonflent les traités didactiques, il y a le don particulier d’arrangement, le tour de main inné, la sûreté dans le maniement des thèmes et des tonalités, des accords et des modulations. C'est là quelque chose de tout à fait à part, qui s'affirme, chez le musicien-né, dès son plus jeune âge, etse nomme le « sentiment musical ».

OC à

Il peut être faible chez des hommes qui, pourtant, posséderont parfois, souvent même puissamment, l’étincelle créatrice; chez un Revyer, un Berlioz, un Gluck. Mais ceux-ci, en dépit de leur génie, ne sauraient édifier de la musique pure. Vous figurez-vous un Concerto de Revyer, une Sonate de Berlioz ou un Quatuor de Gluck?... C’est que, sans le sentiment de la musique, — phénomène qui n'a rien à voir avec la musique de sentiment : songez à Saint-Saëns et vous mesurerez l’abime qui existe entre les deux! — sans le

sentiment musical, 1l n'y a pas d'architecture sonore

possible, et sans architecture sonore, pas de musique pure.

L'architecture! voilà le mot que prononcent elfectivement, à tout propos, les défenseurs de la création musicale « en soi », de la création musicale selon des règles infaillibles, souveraines, absolues, ou tout au moins selon les exigences sensorielles d’une oreille méfiante et susceptible. |

C'est le mot cher à tous ceux qui admirent moins la musique elle-même que la « musicalité », que la faculté de grouper les sons pour le seul prestige de leurs contrastes et de leurs reflets. Gluck manquait de musicalité; Berlioz aussi; ce ne furent pas des musiciens! C'est tout juste si Beethoven ne perdit pas la sienne en même temps que l'ouïe, et il n est pas tout à fait certain que la Messe en ré et que la Neuvième Symphonie soient des œuvres vraiment musicales!!!

La comparaison avec l’architecture est, en tout cas,

be ben. et à os LB Cr

Comme le compositeur de musique pure,

le décorateur dispose librement de ses

signes..., les combine en vue dela variété, ART MUSULMAN, XVe SIÈCLE. tout en leur conservant partout le même PLATEAU DEUCUIVRE; style, par souci de l'unité. (Chap. VI.) VII INCRUSTÉ D'ARGENT.

Victor Hugo n'a sans doute aimé la musique notée que d'un amour assez hautain, pour avoir trop longtemps écouté les effrayantes symphonies que hurle la tempête dans ses trompes. (Chap. VIL.)

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