‹ Qu'est-ce que la musique?Chapitre 27 sur 48 · AS · texte numérisé non relu

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proportions, de symétrie et d'équilibre pour l'esprit, d'équilibre pour ainsi dire moral, tout de bienséance et d'honnêteté. Comme le décorateur, le symphoniste use également de la couleur, toujours en vue de la variété et de l’unité; non point, ainsi que le portraitiste, le paysagiste ou le peintre d'histoire, en se conformant aux données de quelque modèle naturel, ni comme le compositeur d’opéras pour évoquer le bruit du vent ou de la pluie, les splendeurs du couchant, les murmures de la forêt, le clair de lune ou le fracas des flots, mais pour des effets entièrement fantaisistes, pour plaire à l'imagination, la surprendre et l'exciter, pour ouvrir à l’esprit les portes d'un palais féerique, pour orner librement la vie, par tout un jeu de vibrations extraordinaires et charmantes.

Cette liberté souveraine, ce pouvoir presque miraculeux d'organiser des idéaux, sans avoir ancun compte à rendre à la raison, sont si bien caractéristiques de la musique pure que les ministres des arts, soumis comme la littérature et la poésie à des nécessités intellectuelles — une proposition est l'énoncé d’un jugement, dit la grammaire, — ou comme la peinture et la sculpture à des considérations objectives, se réclament d'elle, quandiis prétendent s'émanciper du réel. « Par une prescience singulière, écrivait Brunetière, Taine avait dit déjà : avant cinquante ans la poésie se dissoudra dans la musique. » Et Gauguin prédisait, dans une lettre, la part musicale que prendrait désormais la couleur, dans la peinture moderne; «la couleur, qui

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