‹ Qu'est-ce que la musique?Chapitre 28 sur 48 · FRA PAL · texte numérisé non relu

FRA PAL

RUE JUPES ea

CRUE PNEETES |

CA À Fi Us

af ts NALPATA DAT D AE

È Dé ) RN Le Gaui : à à MAL TAN a NON TE RMS % k PEER AURA HS (ne Paul * ÿ Da Wrf es ue JE 1UT LE i el

est La vibration même de la musique (?\, est à même d'atteindre ce qu'il y a de plus général et partant de plus vague dans la nature : sa force intérieure... Mon rêve ne se laisse pas saisir, ne comporte aucune allégorie ; poème musical, il se passe de libretto. » Et c’est aussi pourquoi Hegel disait : « la musique serait le langage métaphysique par excellence, si on pouvait arriver à penser en sons aussi aisément quen mots ».

C'est ce qui arrive effectivement de temps à autre à quelques musiciens-nés, et la pensée de ces thaumaturges mélodiques, pour si bien agencée qu'elle soit, n’a rien, mais absolument rien du positivisme architectonique d’un Michel-Ange, d’un Gabriel, ni même d’un Pierre de Montereau.

J'ouvre un carton dans lequel sont réunis un certain nombre d'échantillons de papier de tenture, aux tons éblouissants; je feuillette un volume consacré aux féeries exclusivement ornementales de l’art arabe; Je consulte un recueil où sont reproduites des porcelaines chinoises. C’est bien là : couleurs, lignes, fleurs de rêve ou de cauchemar, quelque chose dé fort analogue à de la musique : des thèmes à découvert et des rythmes enchevêtrés, des motifs en canon, toute une polyphonie linéaire, orchestrée de couleurs ardentes ou suaves, riches ou délicates, graves ou turbulentes. Et le plaisir esthétique, causé par la vue de ces inventions visuelles, est rigoureusement analogue au plaisir que peut causer l'audition d’une étude de flûte, d'un

nd ei dès -

scherzo de sonate ou de quatuor, d’un choral d'orgue

ou d'une fugue de clavecin.

Cependant, pour peu que nousréfléchissions quelques minutes aux émotions que nous avons éprouvées, dans le courant de notre vie, devant les chefs-d’œuvre ornementaux et devant les chefs-d'œuvre de la musique la plus pure, la plus abstraite, la moins pitloresque, la moins théâtrale qui soit, si nous sommes vraiment sensiblesauxunsetauxautres, nousreconnaissonsbien vite que ces derniers apportent et déposent dans nos âmes

quelque chose de plus troublant, de plus durable, de

plus largement humain que ne saurait le faire la griserie des belles formes et des belles couleurs. Ah! sans doute, s'ils’agit, non de simple combinaison décorative, mais de sculpture ou de peinture, un rétable gothique, un gisant du xiv° siècle, une madone siennoise ou florentine, une eau-forte de Rembrandt, un coucher de soleil de Claude Lorrain peuvent nous émouvoir autant que n'importe quelle musique ; mais c’est qu’à la féerie strictement visuelle, au plaisir d’art qu’ils nous procurent, s'ajoute une émotion cérébrale, une évocation précise des paysages que nous connaissons, des passions qui nous ont agités, tandis que la musique, même la plus dénuée de préoccupation littéraire ou d'apparence pathétique, peut mettre en branle toute notre sensibilité, nous faire frissonner comme d’un sursaut d’orgueil ou d’une fièvre d'amour, nous arracher des pleurs de tristesse ou de Joie!

Quelle est donc la différence entre les effets que ces

Page 1