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lumentets’éteignentdansl'ombre avecunehallucinante précision. Quel beau « tour de physique » orchestral !
Enfin, chez certains musiciens nettement dramatiques, tels que Massenet, on trouve peu de ces effets picturaux. Dans leurs œuvres, |” «imitation » est surtout d'ordre psychologique, et nous n’aurons à nous en occuper qu'un peu plus tard. L’admirable Paradis d'Indra dans /e Roi de Lahore vaut bien davantage par l'ordre, le luxe, le calme et la volupté tactile, que par la couleur proprement dite. Et le célèbre « Clair de Lune » de Werther n’est qu'un clair de lune de théâtre. Il se marie adroitement aux rayons bleus des projecteurs, mais ne nous apporte pas « indolemment la senteur des tubéreuses sauvages ».
Combien la phrase immortelle du duo de Faust : « Laisse-moi, laisse-moi contempler ton visage... » flotte plus justement dans la fraîcheur laiteuse du ton de /a majeur! Et comme les battements tranquilles du quatuor et les frêles contrechants, que filent sans fièvre les archets des solistes, enveloppent l’ardente caresse vocale d’une sérénité autrement amicale !... Si nous pouvions oublier un instant l'heure silencieuse où palpitent si fort deux cœurs amoureux, trois degrés conjoints des basses conduisant l'orchestre de l’accord de tonique au ton relatif mineur, et un très court passage en so/ mineur, amené d'un seul coup par l'accord de septième de sensible, suffiraient à noyer de nouveau l’extase des chanteurs « dans l’améthyste et l’azur des clartés phœbéennes ».
[Il est étrange que nous arrivions presque au bout de ce chapitre, consacré à l’imitation par le son, n'ayant analysé que limitation des mouvements chorégraphiques, des attitudes humaines et, pour ainsi dire, de l’imprégnation atmosphérique, obtenue par certaines combinaisons musicales, et n'ayant rien dit encore de limitation des sons naturels eux-mêmes du vent, de la mer, des oiseäux ou des cascades, par les sons organisés de l’art.
C'est la seule à laquelle eût songé un esthéticien comme Taine, pour déclarer, du reste, en homme qui n y comprenait pas grand'chose, que les compositeurs de génie ont fait très peu de place à limitation dans leurs œuvres. qu'elle est à peu près insignifiante en musiqueet que, par conséquent, celle-ci n'est pas un art d'imitation... Et c’est probablement parce que dans l'imitation directe des bruits de la nature, la comparaison entre le modèle et sa copie est trop facile et, le plus souvent, trop désavantageuse à la musique artificielle. Avec l'univers de notes comprises sur la dyade indéfinie du grave et de l’aigu, entre les sons tellement bas que seuls les loups affamés les entendent, et les sons tellement aigus qu'ils cessent de nous être perceptibles, l'ouragan peut dire de si formidables choses et le ruisseau qui jase dans la prairie chuchoter de telles confidences, — adorable féerie sonore des gerbes qui s’éparpillent; langoureuses pédales des sources lointaines s’épanchant sans fin dans la nuit! — que notre musique, réduite aux douze degrés de sa
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gamme chromatique, multipliés par sept ou huit oclaves tout au plus, est bien empêchée de les suivre, dans leurs formidables complexités ou dans leurs rondes microscopiques.
Qui sait si un homme comme Hugo n’a finalement aimé la musique notée que d’un amour assez hautain et distrait, pour avoir trop longtemps écouté, près de Gilliatt, les effrayantes symphonies que hurle la tempête dans ses trompes, pour s'être trop grisé, avec les amoureux de ses romans, de la chanson printanière qui s’exale du nid, de la ruche et de la corolle?
Quelle musique humaine pourrait peindre fidèlement les'bruits menus et chargés d’une infinité de nuances, que dénombre avec tant de souplesse la Ro sie verlainienne?
C et ons les fHÉsOns ne ls Parmi l’étreinte des brises, C’est vers les ramures grises Le chœur des petites voix.
0 le frêle et frais murmure !
Cela gazouille et susurre, Cela ressemble au cri doux Que l'herbe agitée expire ; Tu dirais, sous l’eau qui vire, Le roulis sourd des cailloux.
Les plus habiles musiciens, les maîtres qui ont voulu se mesurer avec les seizièmes de ton et les rythmes émiettés du pauvre Lélian, lui sont demeurés nettement inférieurs. Notre échelle mélodique ne se prête pas à de si libres raffinements.
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Pourtant, objecterez-vous, l’ouverture du Vaisseau Fantôme, le prologue de la Walkyrie, les Murmures de la Forêt, voilà des imitations jusles, justes et vraiment belles, voilà des pages orchestrales nées directement du fracas des flots en furie, du souffle de l’aquilon nocturne, ou de l'hymne myriaphone qui palpite dans l'ombre sacrée des grands bois. Il est vrai, mais c’est seulement par un prodige de simplification et d’altération systématiques que le génie humain peut, avec son tout petit clavier, imiter l'infini bourdonnement des orgues universelles. Parfois même, mais c’est alors par la musique la plus pure qui soit, — la partie lente de la Symphonie en ut mineur, de Saint-Saëns, nous donne une idée de cette majesté souveraine, — parfois même il parvient à nous apporter un écho de
la symphonie des sphères, que nos oreilles ne perce-
vront jamais...
Revenons à l’imitation des sons naturels, des bruits familiers de la campagne, par une combinaison dè notes chiffrable et déchiffrable. L’orage de la Symphonie pastorale est le chef-d'œuvre incontesté du genre. Or. sa grande, son incomparable beauté vient précisément de ce que l’imitation n’y est pas un calquage de méléore mais une traduction très libre encore que fidèle, une « stylisation » accomplie du fracas de la foudre, des sifflements de la rafale et peut-être plus encore une extraordinaire évocation des phénomènes non sonores qui l’accompagnent : pluie, éclairs, saturation électrique de l'atmosphère. Les « bruits »
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