‹ Qu'est-ce que la musique?Chapitre 8 sur 48 · LA MONODIE VOCALE · texte numérisé non relu

LA MONODIE VOCALE

heureusement, se rit de ces catégories, et, respectueux : vis-à-vis de chacune d'elles, tant qu'il y trouve des ÿ facilités d'expression, en use sans s’y asservir. c L'essentiel, pour que la série de sons successifs soit vraiment une mélodie, c’est que le musicien maintienne à la fois, dans sa phrase sonore, l'unité de mouvementen employant des rythmes de même earac-.

À tère, dérivés étroitement les uns des autres, et l'unité à v de couleur, provenant d’un parti pris tonal précis et 708 Le constant. Et son inspiration, ce facteur subconscient . de la création musicale sur lequel nous aurons lon- ï guement à revenir, veille naturellement à l’observation “À

de cette parfaite homogénéité de facture.

Encore convient-il de n’attacher à ce postulat qu’une

valeur toute relative et de ne pas le transformer en +4 critérium de beauté, car ce ne sont pas nos moyens 6 techniques d'analyse qui nous permettent de juger de de

l'unité ou de l’hétérogénéité d’un concept artistique. à

On insiste généralement assez peu dans les Conser- .

vatoires sur la nécessité de l'unité rythmique; néan- “

moins, on y croit obscurément. a

Je suppose que vous preniez, dans le Aéve de ‘1

j, M. Alfred Bruneau, la délicieuse page que chante à à Angélique au premier acte : « Je voudrais, je voudrais NA. être reine; je voudrais épouser un prince au riant ) visage ! », et que vous inscriviez, sur une feuille de Ù à carnet, sans aucune inflexion mélodique, le rythme ae

| isolé, le rythme nu de la ligne vocale. Théoriquement, 00 à première vue, il vous semblera probablement chao- É

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tique. Chantez ce passage avec ses harmonies, vous verrez combien il est naturel, simple et paisiblement évocateur des naïves aspirations de la Jeune fille.

Quel est, d’autre part, même aujourd'hui, où presque tous les musiciens se croient libérés des partis pris scolaires, quel est le théoricien qui ne considère encore comme essentiel pour toute mélodie, même assez développée, a fortiori composée d’une seule phrase, de finir dans le ton où elle a commencé?

* Qui oserait pourtant refuser le caractère de parfaite unité à l’admirable déploration d'Orphée : « Ah! la flamme qui me dévore! », au second acte du chefd'œuvre de Gluck, mélodie très brève et qui, commencée en /a mineur, tourne en w{ mineur vers le milieu de son cours si logique et s’achève dans ce nouveau ton?

Si la beauté profonde d’une monodie ne tient ni à des lois rythmiques sûrement définissables ni à l’orthodoxie harmonique ou même tonale du musicien, encore une fois, dans quelles conditions « une série de sons successifs » produit-elle une mélodie véritable, une belle mélodie? Il n’y faut sans doute que le génie du créateur, mais il faut nécessairement ce génie. Aussi tâcherons-nous plus loin de surprendre l'inspiration, cet étrange épiphénomène de la création géniale, dans son activité mystérieuse, infiniment plus difficile à saisir que le mécanisme du savoir et du talent, du souvenir et de l'habitude, sur lequel semble s'être portée presque uniquement, jusqu'à ce jour, l’atlention des esthéticiens de la musique, activité autrement impor-

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tante aussi que l'élaboration mécanique des vieilles formules rigoureusement enregistrées ou que la coulée d'une matière sonore à peu près impersonnelle au sein de moules, creusés dans la mémoire musicale du compositeur à coups d'auditions machinales et réitérées.

Mais s’il est impossible de formuler des lois mélodiques certaines et si notre appréciation personnelle demeure, pour chacun de nous, l'arbitre souverain de toute beauté sonore, peut-on du moins classer les monodies, les répartir en genres et en espèces nettement définis, suivant certains caractères faciles à reconnaître ?

Plus loin nous tenterons, il est vrai, pour les besoins de nos investigations et dans un intérêt de méthode, un classement de la musique elle-même, par catégories essentielles, en musique pure, musique d’imitation et musique de sentiment, selon son agrément purement auditif, sa valeur descriptive ou sa puissance d'émotion. Les mélodies isolées pourraient à la rigueur se classer de même, mais les classements de cette sorte, basés sur le caractère profond des phénomènes, admissibles en théorie, deviennent pratiquement irréalisables. Tenter un corpus thematum historique est relativement facile. Prétendre établir un corpus thematum raisonné et pour ainsi dire esthétique serait une entreprise vouée d'avance à un échec certain.

Il suffit, pour s'en rendre compte, de penser qu'un même groupe de notes peut comporter, en soi, une

valeur expressive indéfinissable mais réelle, d'ordre

véritablement artistique, et, utilisé comme leitmotiv, nous toucher, au contraire, d'une facon purement intellectuelle, comme rappel d’une situation antérieure ou d’une idée précédemment éclose dans notre esprit. Quand, à la fin de la deuxième scène, au troisième acte de Lohengrin, le héros, qui vient de tuer Frédéric, s’écrie : « Ah! le bonheur pour nous n’est plus! », l'orchestre reprend la phrase, en m2 majeur, qu'Elsa chantait au début de la même scène : « O douce flamme, à charme qui m'attire! » Or, cette mélodie ne touche plus cette fois notre sensibilité musicale par le caractère de passion tendre qui nous ravissait alors; il devient, pour notre entendement, le signe PESRQUE matériel d'un malheur irréparable.

Toutefois, nous en tenant à la seule construction extérieure des phrases musicales, 1l y a un intérêt pratique à les répartir, non point d'après leur valeur expressive et leur qualité d'émotion, mais d’après leur

organisation technique, selon la liberté plus ou moins

grande de leur forme, leur degré d'équilibre et la rigueur de leur symétrie.

J'ai proposé jadis cette sorte de classement dans un livre sur Gluck'. L'expérience m'ayant confirmé, depuis, que ce classement est commode et capable d'éviter de vaines querelles entre théoriciens, je demande la permission de le citer textuellement :

4. Du même auteur : Gluck. Laurens, éditeur, 6 rue de Tournon. Collection des Musiciens Célèbres.

F 4 LA MONODIE VOCALE ET INSTRUMENTALE | 34 « Il est possible pour mieux s'entendre, disais-je dans ce livre, de classer les différentes mélodies + d'après leur forme, sinon d’après leur valeur intrinsèque, et de les ramener à quelques « types » prin- | PTS cipaux, suivant la manière dont y entrent en Jeu les 414 | divers éléments des sensations sonores et principale- à 1 ment la hauteur et le rythme. On pourrait utilement ” considérer, de la sorte, trois types mélodiques prin- de cipaux. | ‘4 Le passage d’A/ceste, où les esprits infernaux appel- " lent, sur le même /a continuellement répété, la jeune femme qui va mourir, constitue l'exemple le plus élé- an. mentaire que l'on puisse trouver du Récitatif ou : Mélodie du premier type. À ce degré absolu de simpli- 4 cité, on le nomme le plus souvent « psalmodie ». Il | ï existe, bien entendu, des récitatifs plus compliqués, ” mais qui tous se caractérisent par la répétition fré- 5 quente de plusieurs syllabes sur une même note, par 2 une absence complète de symétrie rythmique et géné- à ralement aussi par un faible, écart entre les notes de extrêmes du chant. Les récitatifs constituent, par con- tb fe séquent, des mélodies très voisines de la simple décla- 14 mation et à peine organisées. A Dans les Mélodies du deuxième type, ou Mélodies | à proprement dites, les éléments sonores entrent plus 1 largement en Jeu: les notes y sont plus variées et plus +4 étendues sur l'échelle des hauteurs, et les rythmes, 4 quoique libres encore, plus particularisés et soumis à “4 une certaine unité d'allure. Mais les uns et les autres, 418

re hat ES vus ?

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